lundi 18 novembre 2019

Les ex-mineurs réunionnais victimes de migration forcée réclament des comptes à l'Etat

Les ex-mineurs réunionnais victimes d'une migration forcée vers l'Hexagone orchestrée par l’État entre 1962 et 1984 ont réclamé jeudi que le gouvernement mette enfin en place les mesures préconisées il y a plus d'un an et demi par un rapport d'experts. 

r_unionAu total, 2.015 jeunes Réunionnais ont été déplacés dans l'Hexagone entre 1962 et 1984, pour résoudre les problèmes de démographie galopante et de grande pauvreté que connaissait alors La Réunion. Certains n'ont jamais remis les pieds dans leur île, ni revu leur famille. On les a appelés les "Enfants de la Creuse", parce qu'ils ont notamment été accueillis dans ce département rural, mais au total ils ont été envoyés dans 83 départements.
En avril 2018, une commission d'experts, présidée par le sociologue Philippe Vitale avait rendu un rapport sur cet événement méconnu de l'histoire de France, préconisant notamment la mise en place de cellules psychologiques, des aides pour leur permettre de retrouver leur racines et leur familles, mais aussi l'instauration de lieux mémoriels à La Réunion et en métropole, la création d'une date de commémoration ou encore l'intégration de cet épisode dans les manuels scolaires et les travaux de recherche.
"Depuis la remise du rapport en avril 2018 et ses préconisations, très peu de choses ont été faites, ou seulement des mesurettes, comme les billets d'avions" pour se rendre à La Réunion, a dénoncé lors d'une conférence de presse Me Elisabeth Rabesandratana, l'avocate de la Fédération des enfants déracinées d'Outre-mer (FEDD), qui regroupe plusieurs associations d'ex-mineurs réunionnais.    
Aujourd'hui, "ils veulent que les préconisations soient mises en oeuvre", a-t-elle insisté, et notamment que leurs recherches pour retrouver leurs familles et comprendre comment l'Etat a pu organiser ces "transplantations" puissent "aller jusqu'au bout". Mais "aujourd'hui, la lourdeur administrative fait qu'on n'avance pas", a déploré l'avocate.
"Il faut des moyens", a expliqué Me Rabesandratana, réclamant la mise en place d'un "centre de ressources" pour "l'assistance et l'accompagnement juridique, administratif et psychologique des victimes et de leurs familles".
Insistant sur l'idée d'une "réparation", elle a expliqué qu'elle devrait passer "à un moment donné" par "des excuses" de l'Etat.     
S'il n'est pas prévu de plainte collective contre l'Etat -plusieurs actions en justice ont déjà été menées par d'ex-mineurs, déboutés à cause des délais de prescriptions-, elle a expliqué qu'il pourrait y avoir des plaintes individuelles contre l'aide sociale à l'enfance ou des départements, notamment pour des "faux et usages de faux", car certaines victimes se sont vu créer de nouveaux états-civils pour effacer leur précédente identité.(selon AFP)

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mardi 29 octobre 2019

Initiative citoyenne : "Elztalbahn jetzt"

Une association de citoyens, de militants politiques locaux et d'élus

elzachInitiative citoyenne "Elztalbahn maintenant" : il s'agit d'une association de citoyens, de militants politiques locaux et d'élus (conseils locaux, conseils locaux et conseils de district à Emmendingen) de toutes les communautés des districts d'Elz et de Simonswäldertals. 

L'initiative a été lancée en 2017 après avoir appris que le développement du chemin de fer de la vallée de l'Elz et son électrification pourraient être compromis par un grand nombre d'objections à la planification. En plus des actions politiques, elle a également organisé plusieurs événements publics, tels qu'une grande manifestation "Pro Elztalbahn" le 21 juillet 2018 à Elzach. 

Ce n'est pas demain la veille où les villois rejoindront dans le dynamisme militant leurs jumelés d'Elzach.

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lundi 28 octobre 2019

Chili: la crise sociale perdure

L'ONU envoie une mission d'enquête

chili

Des dizaines de milliers de personnes ont une nouvelle fois manifesté jeudi contre les inégalités sociales au Chili où l'ONU a décidé d'envoyer une mission pour enquêter sur de présumées violations des droits humains.

Face à la multiplication des allégations sur le sujet, dans un pays dont plusieurs régions et la capitale Santiago restent placées sous état d'urgence, la Haut-Commissaire aux droits de l'Homme des Nations unies Michelle Bachelet, qui a été à deux reprises présidente du Chili, a annoncé l'envoi d'enquêteurs. 
"Les parlementaires et le gouvernement (chiliens) ont tous exprimé le désir d'une mission des droits de l'Homme de l'ONU", a-t-elle ajouté dans un tweet. 
Près d'une semaine après le début de la fronde sociale, quelque 20.000 militaires et policiers restaient déployés dans le pays. Mercredi, le gouvernement avait annoncé le rappel de réservistes de l'armée pour des tâches administratives.
Pour tenter d'apaiser la situation, le président conservateur Sebastian Pinera a entrouvert jeudi la porte à une levée prochaine des mesures d'exception. "Nous travaillons à un plan de normalisation de la vie de notre pays (...) pour pouvoir cesser le recours au couvre-feu et, nous l'espérons, lever l'état d'urgence", a-t-il déclaré.
Le couvre-feu, reconduit jeudi pour la sixième nuit consécutive, avait d'ores et déjà été réduit la veille à six heures, de 22H00 à 04H00 (01H00-07H00 GMT), contre dix heures les nuits précédentes. 
Le gouvernement a également annoncé une diminution des incidents violents au cours des dernières 24 heures pendant lesquelles aucun décès n'a été rapporté. Le nombre d'arrestations, 735, était aussi en baisse 
Mais des affrontements avec les forces de l'ordre et des pillages avaient toujours lieu dans plusieurs villes du pays et en divers endroits de la capitale, en particulier dans la périphérie.
 

"Je vais continuer"

 
Déterminés à maintenir la pression sur le gouvernement, des dizaines de milliers de personnes ont répondu pour la deuxième journée consécutive à l'appel à la grève générale lancé par des organisations syndicales et une vingtaine d'autres mouvements. 
"Les problèmes n'ont jamais été résolus au fil du temps, avec tous les partis politiques c'est la même chose (...) Je suis ici depuis trois jours et je vais continuer à manifester", a déclaré à l'AFP Pamela Rosas, 26 ans, dans le centre de la capitale.
Mercredi, les Chiliens avaient été plus de 400.000 à manifester, selon les autorités.
Les protestataires réclament le retrait des rues des militaires déployés pour la première fois depuis la fin de la dictature du général Augusto Pinochet (1973-1990), ainsi que des réponses à la pire crise sociale traversée par le Chili en trente ans.
Depuis le début des troubles, le 18 octobre, dix-huit personnes sont mortes, dont cinq tuées par des tirs des forces de l'ordre, selon des chiffres officiels. L'Institut national des droits humains (INDH) a recensé 584 personnes blessées, dont 245 par armes à feu.
Devant la presse, le ministre de la Défense, Alberto Espina, a déclaré jeudi que l'armée agissait pour protéger les droits humains des Chiliens, non pour les violer. 
Outre la mission onusienne annoncée par Mme Bachelet, le président Pinera a invité sa prédecesseure et José Miguel Vivanco, le directeur de la division Amériques de l'ONG Human Rights Watch, à se rendre au Chili.
Le père de Mme Bachelet, arrêté et torturé après s'être opposé au coup d'Etat de Pinochet, est mort en prison en 1974. Elle-même a également été torturée avant de partir en exil.
 

Sommet de l'Apec maintenu

 
Parallèlement aux mobilisations, de nombreux habitants de Santiago ont tenté de reprendre leurs activités. Environ 6.000 autobus ont été déployés pour faire face à la paralysie du métro, où seules trois lignes fonctionnaient jeudi. Certains supermarchés ont rouvert quelques heures et la plupart des écoles publiques ont accueilli leurs élèves. 
La crise sociale a été déclenchée par l'annonce d'une hausse du prix du ticket de métro dans la capitale, mais n'est pas retombée après l'annonce de la suspension de cette mesure.
Le mouvement, hétérogène et sans dirigeants identifiables, s'est amplifié, nourri par le ressentiment face à la situation socio-économique et aux inégalités dans ce pays de 18 millions d'habitants.
L'annonce d'une série de mesures sociales mardi par M. Pinera ne semble pas avoir eu l'effet désiré.
Malgré l'intensité de la crise, le gouvernement a confirmé la tenue du 13 au 17 novembre à Santiago du sommet du forum de Coopération économique Asie-Pacifique (Apec), où sont notamment attendus les présidents américain Donald Trump, russe Vladimir Poutine et le Chinois Xi Jinping.(selon AFP)

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mardi 15 octobre 2019

Algérie : la transition politique en suspens

Des foules importantes d'Algériens réclament toujours une transition politique radicale mais le chef d'état-major refuse de nouvelles concessions et tient à l'organisation de la présidentielle le 12 décembre. Les perspectives sont incertaines pour 2020.

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Le régime algérien s'accroche. Les manifestations hebdomadaires de millions d'Algériens ont abouti à la chute d'Abdelaziz Bouteflika en avril, mais pas encore à celle du « système ».

C'est ainsi qu'on désigne l'enchevêtrement opaque de clans affairistes politico-militaires qui tiennent le pouvoir depuis la fin de la guerre civile en 2002, voire l'indépendance en 1962. Le chef d'Etat-major de l'armée, Ahmed Gaïd Salah, qui assume le pouvoir de facto depuis la chute de "Boutef", refuse d'entendre les revendications actuelles du mouvement de contestation, le « hirak » (soulèvement). Ce dernier a obtenu un premier report de la présidentielle anticipée, initialement prévue le 4 juillet mais repoussée au 12 décembre faute de candidats.

Demande de transition radicale

Une partie importante du peuple algérien réclame une transition radicale, avec notamment la démission des dirigeants de premier plan, mais ce qui reste du régime joue d'une peur du vide. Et force est de reconnaître qu'un consensus peine à émerger sur un mécanisme de transition au sein du « hirak » au sujet des hommes et des femmes devant la piloter.

L'armée réprime les manifestations depuis quelques semaines, à rebours de sa stratégie du printemps et procède à des arrestations d'hommes d'affaires, de cadres de l'ère Bouteflika et de militants démocratiques. L'impasse politique semble totale avec la perspective fin 2019 d'une élection présidentielle que le pouvoir veut organiser à tout prix, contre l'avis de l'opposition qui n'a pas présenté de candidats et de la rue qui promet de faire capoter le scrutin.

Les perspectives pour l'Algérie en 2020 sont d'autant plus délicates que la situation économique s'avère tendue, avec une croissance anémiée et une chute des réserves de la banque centrale. Les deux tiers des entreprises du BTP ont suspendu leurs activités dans l'attente d'un éclaircissement de la situation politique. (Yves Bourdillon, "Les Echos")

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dimanche 8 septembre 2019

Haïti : manifestations contre la pénurie de carburants

En Haïti, la pression monte face au pouvoir. Déjà très en colère contre le président Jovenel Moïse suite à une enquête pour corruption, les Haïtiens ont manifesté à Port-au-Prince contre des pénuries de pétrole qui laissent des stations d'essence à sec.

haitiLes rues de Port-au-Prince noires de la fumée des pneus enflammés par les manifestants. Les Haïtiens sont en colère face aux pompes à essence désespérément à sec. La pénurie paralyse les activités journalières et économiques.
"Nous ne pouvons pas vivre sans carburants. Le gouvernement doit prendre ses responsabilités, et corriger la situation", réclame Eddy Charles, habitant de Port-au-Prince.

Le chef de l’État mis en cause

Sans essence, les taxis, par exemple, ne roulent plus. Leurs chauffeurs sans revenus, accusent le chef de l'État. Certains, comme Belance Muez, exigent qu’il se retire et "laisse le pouvoir à un autre homme capable de tenir la barre du pays". Toutefois, le président Moïse refuse de démissionner. Le litre d’essence à 3 euros au marché noir.

La croissance en 2019 devrait stagner à 1,5% comme l'an dernier. Mais l'inflation annuelle atteint 17%. Au marché noir, le litre d'essence avoisine les 3 euros, dans un pays où le salaire mensuel moyen est en dessous de 60 euros.

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haiti_penurie_nx_frame_74_1159747Des pneus enflammés jonchent les rues de Port-au-Prince

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lundi 5 août 2019

Guadeloupe : grève du personnel hospitalier

En soutien, des milliers de personnes dans la rue

guadeloupePlusieurs milliers de personnes ont défilé jeudi dans les rues de Pointe-à-Pitre, au départ du CHU, a constaté un journaliste de l’AFP, répondant  à un appel à la mobilisation générale lancé par une dizaine d’organisations syndicales pour soutenir le personnel en grève.

Victime d’un incendie majeur le 28 novembre 2017, le CHU de Guadeloupe fonctionne depuis de façon perturbée. Plusieurs services ont été délocalisés dans des locaux transitoires inadaptés, selon le personnel. Un mouvement de grève générale a débuté au CHU de Guadeloupe le 23 juillet, et même depuis le 10 juillet aux urgences et à la maternité, pour dénoncer le manque de moyens humains et matériels, ainsi que la vétusté et l’exiguïté des locaux. 

En conséquence, la majorité des services fonctionne en service minimum. 

Jeudi, le cortège est parti du CHU en direction du centre-ville de Pointe-à-Pitre et s’est ensuite rendu devant la sous-préfecture. La radio RCI a annoncé que 6.000 personnes avaient défilé d'après le décompte des syndicats. Le comptage des forces de l'ordre faisait état de 2.500 manifestants. 

En plus de l’Union des travailleurs de la santé (UTS) – une branche de l’Union générale des travailleurs guadeloupéens (UGTG) – et de la CGTG, qui sont mobilisés à l’hôpital, onze organisations syndicales avaient invité leurs membres à manifester. 

En soutien, un appel à la mobilisation avait aussi été lancé devant le centre hospitalier de Basse-Terre ce jeudi. 

Les différentes négociations entre la direction du CHU et les autorités sanitaires n'ont pas permis de parvenir à un accord jusqu'ici. Mercredi, le dialogue s'est même tendu après des menaces du directeur, Gérard Cotellon, d'assigner en justice les organisations syndicales qui bloqueraient l'entrée du site à partir de jeudi avec une astreinte quotidienne de 5.000 euros. 

Selon un sondage Qualistat réalisé en juillet 2019, 82 % de la population guadeloupéenne estime que ce mouvement social est justifié et 15% des sondés le juge injustifié. 

Les négociations doivent reprendre vendredi matin. Mercredi, M. Cotellon a annoncé qu'une aide de 20 millions d'euros accordée par l'État, initialement remboursable, ne sera finalement pas à rembourser. De même, l'assurance de 40 millions d'euros débloquée après l'incendie de 2017, initialement déductible des aides gouvernementales, ne sera pas déduite. 

Le CHU fait actuellement face à de grosses difficultés budgétaires, avec notamment une dette fournisseur de près de 49 millions d'euros.

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dimanche 28 juillet 2019

Australie: des journalistes de France 2 interpellés

Ils couvraient une manif contre une mine de charbon

australie

Une équipe de télévision française qui filmait une manifestation contre une mine de charbon géante a été interpellée lundi en Australie et inculpée pour intrusion sur une voie ferrée, a annoncé la police australienne. 

Le projet Carmichael de mine de charbon près de la grande barrière de corail est conduit par le conglomérat indien Adani et pèse plus de 20 milliards de dollars australiens (12 milliards d'euros).  

Il est depuis son origine plombé par des problèmes judiciaires et réglementaires, ainsi que par l'activisme d'organisations dénonçant sans relâche son impact environnemental.  

Le journaliste Hugo Clément, parti du site français Konbini pour la chaîne publique France 2, pour qui il va réaliser des documentaires sur l'environnement, et trois membres de son équipe de tournage figurent parmi sept personnes interpellées lors de la manifestation organisée dans l'Etat du Queensland (nord-est), à Abbot Point, d'où doit être exporté le charbon. Le groupe a été inculpé d'intrusion sur une voie ferrée, selon la police. 

"On était juste en train de filmer l'action de ces gens et on ne sait pas pourquoi, la police a décidé de nous arrêter", a déclaré Hugo Clément à la chaîne publique ABC. "On ne faisait pas partie de l'action, on n'est pas des militants, juste des journalistes". 

D'après ABC, le journaliste a été libéré sous caution avec l'interdiction de se rendre dans un rayon de 20 kilomètres autour du site de la mine. Les journalistes devront comparaître devant un tribunal à Bowen le 3 septembre. 

Le mois dernier, le gouvernement du Queensland avait levé le dernier obstacle environnemental à la construction de la mine, qui doit produire 27 millions de tonnes de charbon par an.  

Les écologistes font valoir que le charbon produit contribuera au réchauffement climatique global qui dégrade la Grande barrière. La matière première devra en outre transiter par le port proche d'Abbot Point. 

La Grande barrière de corail, classée au Patrimoine mondial, est déjà menacée par les ruissellements agricoles et le développement et la prolifération des acanthasters, étoiles de mer dévoreuses de coraux. 

Elle vient de subir plusieurs graves épisodes consécutifs de blanchissement imputés au réchauffement climatique. 

Les partisans du projet font valoir qu'il créera des centaines d'emplois. (selon AFP)

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mercredi 24 juillet 2019

La CPI acquitte Laurent Gbagbo

Le jugement contredit la propagande occidentale

CPI

L’acquittement de Laurent Gbagbo, l’ancien président ivoirien, constitue une gifle pour les Occidentaux, qui avaient militairement contribué à son éviction du pouvoir. Rappelons-nous, c'est le président Sarkozy qui avait ordonné la destruction de l'aviation ivoirienne.

L’événement est passé assez inaperçu. Il est pourtant d’une grande importance, et constitue un lourd désaveu du camp occidental : la Cour pénale internationale (CPI) a acquitté l’ancien chef d’Etat ivoirien, Laurent Gbagbo, ainsi qu’un de ses proches. Les deux hommes étaient accusés de « crimes contre l’humanité ».

Le verdict était connu depuis plusieurs mois, mais le 16 juillet, les juges ont publié le détail de leur jugement motivé. Celui-ci sonne comme un désaveu cinglant de ceux qui avaient militairement soutenu le rival de M. Gbagbo à l’élection présidentielle de décembre 2010.

Bref retour en arrière : à l’issue du second tour de ce scrutin, le Conseil constitutionnel de la Côte d’Ivoire avait déclaré le président sortant réélu. Mais, sur fond d’histoire mouvementée et de conflits exacerbés dans les années précédentes, son adversaire s’est également proclamé élu, s’appuyant sur les décomptes d’une Commission électorale indépendante.

La « communauté internationale » accuse alors le président sortant de fraudes. L’Union européenne menace le pays de sanctions si Laurent Gbagbo ne quitte pas ses fonctions. La tension croît et dégénère en conflit armé en février 2011. C’est également le moment où les Occidentaux – France et Royaume-Uni, soutenus par les Etats-Unis – interviennent militairement en Libye pour « protéger » le peuple de ce pays en cachant à peine leur objectif : se débarrasser du colonel Kadhafi. A Paris, Londres, Bruxelles et Washington, l’air du temps est à la canonnière.

En Côte d’Ivoire, la préférence occidentale va de soi. D’un côté, Laurent Gbagbo, longtemps membre de l’Internationale socialiste, est de plus en plus mal vu par les dirigeants du « monde libre » qui le qualifient de « nationaliste ». En clair, ils le soupçonnent de vouloir préserver les richesses nationales, et donc de ne pas faire preuve d’assez de compréhension pour les intérêts des firmes européennes, françaises en particulier (la Côte d’Ivoire a longtemps été une colonie française).

De l’autre, Alassane Ouattara, une économiste formé notamment à l’université américaine de Pennsylvanie, et qui entra en 1968 au Fonds monétaire international (FMI). En novembre 1984, il prend la direction du département Afrique de cette institution. Accessoirement, il épouse une riche femme d’affaires peu après : la cérémonie a lieu à Paris, avec, parmi les amis, Martin Bouygues, un des plus puissants oligarques français (bâtiment et télécommunications).

C’est donc peu dire que M. Ouattara fait figure de candidat des Occidentaux. En mars 2011 donc, les combats s’intensifient entre les deux camps. Discrètement soutenues par le détachement de l’ONU, les forces pro-Ouattara, qui ne lésinent pas sur les exactions, pénètrent dans la capitale administrative, Yamoussoukro.

Et le 11 avril, elles assiègent puis font prisonnier Laurent Gbagbo et ses proches. Sous couvert de l’ONU, les troupes françaises leur prêtent une aide discrète mais décisive, selon de nombreux témoignages.

Le président sortant – qui continue à proclamer sa légitimité – est alors transféré à prison internationale de La Haye dans l’attente du procès que prépare la CPI. C’est donc le résultat de celui-ci, huit ans plus tard, qui vient d’être rendu public.

Première déconvenue pour les Occidentaux, le président de la Chambre, l’Italien Cuno Tarfusser, affirme qu’un procès n’est pas fait « pour juger l’Histoire d’un pays », et qu’il n’a nullement le droit de « prendre position sur la responsabilité morale ou politique » des accusés.

Par ailleurs, l’accusation formulée par le procureur, selon laquelle ceux-ci auraient mis en œuvre une stratégie visant massivement les civils favorables à M. Ouattara, repose, selon deux des trois juges, sur « des bases incertaines et douteuses, inspirées par un récit manichéen et simpliste ». Dans les mille pages d’attendus, on peut lire que « rien ne permet de penser que Laurent Gbagbo aurait refusé de se retirer parce que son plan était de rester au pouvoir à tout prix ». Ce qui était précisément la thèse autour de laquelle s’est organisée l’intense propagande déployée à l’époque par les médias dominants, en France en particulier.

Au contraire, notent les juges, les forces loyalistes étaient confrontées à « une guérilla urbaine », et étaient en position défensive. Le texte du jugement souligne en outre la non-neutralité des forces onusiennes (dont le mandat n’était pourtant pas de prendre parti), et évoque même la présence de tanks français tirant sur les soldats restés fidèles au président.

Enfin, une révélation s’avère particulièrement gênante pour ceux qui rêvaient de mettre en scène une justice internationale sanctionnant de manière impartiale un auteur de crimes contre l’humanité (crimes dont la réalité a été finalement démentie). Selon les juges, le procureur a pris « de premiers contacts avec certains témoins »... avant même d’avoir été légalement autorisé à enquêter. Une entorse plutôt problématique pour tous ceux qui – à commencer par l’Union européenne – ne cessent de se draper dans l’« Etat de droit ».

On ne peut que se réjouir que des juristes professionnels et intègres aient refusé de jouer le rôle que les dirigeants américains et européens voulaient leur attribuer. Mais si Laurent Gbagbo a été libéré de prison, il reste en résidence surveillée à Bruxelles, au cas où le procureur ferait appel. Surtout, il y a une énorme disproportion entre les tombereaux de propagande occidentale déversés en 2011, justifiant une intervention militaire à peine déguisée, et la discrétion médiatique quant au démenti qui a été finalement apporté à celle-ci.

La CPI avait été créée en 2002 pour légitimer le « droit d’ingérence », concept dont le but réel est de subordonner la souveraineté des Etats au bon vouloir de ladite « communauté internationale », c’est-à-dire des élites mondialisées.

Au-delà de l’honnêteté de quelques juges, qu’il faut saluer, il faut aussi et surtout remarquer que le monde qui s’esquissait « unipolaire » au tout début du siècle, a, depuis lors, quelque peu changé... (Selon Pierre Levy, rédacteur en chef du mensuel "Ruptures").

  • A noter que samedi dernier, des ressortissants ivoiriens ont manifesté pacifiquement en bicyclette dans les rues de Paris pour exiger le retour de Gbagbo à Abidjan. Dans la capitale ivoirienne, plus de 100.000 personnes ont manifesté dans le quartier populaire de Yopougon. La presse française n'a évidemment parlé que des débordements des supporters algériens après la victoire de leur équipe nationale à la CAN, c'est plus facile à justifier.

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mercredi 19 juin 2019

Radio France : grève massive contre les suppressions de postes

Une grève lancée par l'intersyndicale de Radio France était massivement suivie mardi sur les antennes du groupe public, perturbant fortement leurs programmes, une mobilisation qui vise à contester un nouveau plan d'économies avec environ 300 suppressions de postes. 

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Dans un communiqué, le SNJ de Radio France a assuré que "plus des trois quarts des salariés ont cessé le travail aujourd'hui", estimant qu'ils avaient ainsi "massivement fait entendre leurs inquiétudes et leur rejet du projet stratégique présenté par la direction". 

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Selon le syndicat, qui avait appelé à une grève de 24 heures ce mardi aux côtés de la CFDT, la CGT, FO, Sud et l'Unsa, il n'y a eu "aucune émission matinale sur France Inter où près de 90% des journalistes ont cessé le travail", tandis que la matinale de franceinfo a été "très perturbée", de même que celles des 44 stations locales de France Bleu. 

Les autres activités du groupe étaient également affectés, avec "85% de choristes en grèves" et des services administratifs "fortement mobilisés", selon le SNJ. 
"En raison d'un appel à la grève (...) nous ne sommes pas en mesure de diffuser l'intégralité de nos programmes habituels. Nous vous prions de nous en excuser", annonçait une voix suave sur les antennes de Radio France qui diffusaient de la musique à la place des programmes. 
"Dangereux et destructeur"
Plusieurs centaines de personnes étaient réunies à la mi-journée dans la Maison ronde pour une assemblée générale. 

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Les salariés protestent contre le plan de 60 millions d'euros d'économies (d'ici à 2022) annoncé début juin par la présidente du groupe Sibyle Veil, suivant les recommandations de la Cour des comptes.  Le plan vise à anticiper la baisse de la contribution de l'Etat (moins 20 millions d'euros sur quatre ans) et la hausse des charges de personnel et prévoit d'investir davantage dans le numérique. 

Le plan "Radio France" 2022 prévoit une réorganisation des rythmes de travail, pour éviter le recours aux CDD. Il prévoit de supprimer 270 postes si les salariés acceptent de faire une croix sur des semaines de congés, ou 390 postes s'il n'y a pas d'accord avec les syndicats. 
Les syndicats demandent "le retrait de ce plan dangereux et destructeur" ainsi qu'un "effectif et des moyens nécessaires pour remplir nos missions de service public", alors que les radios publiques affichent d'excellentes audiences et que le groupe a retrouvé l'équilibre financier. 
Jeudi 13 juin, une réunion de "méthode" a échoué, les syndicats quittant la réunion. Avant de commencer à négocier, ils demandent des objectifs chiffrés, des budgets précis. 
Les syndicats s'appuient aussi sur le rapport d'un cabinet indépendant qui, mandaté par le comité social de Radio France, a qualifié les économies de "surdimensionnées": selon le cabinet Tandem, la hausse des charges de personnel sur les prochaines années a été surévaluée de 8,7 millions d'euros. Radio France pourrait ainsi s'épargner 118 suppressions de postes. (selon AFP)

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mercredi 8 mai 2019

La diaspora algérienne

Depuis février dernier, les Algériens de France se mobilisent par milliers tous les dimanches, à Paris et dans d’autres villes, en signe de solidarité avec les millions de manifestants qui battent le pavé en Algérie.

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Sur le pavé parisien, chaque dimanche, es mêmes slogans retentissent: « Pouvoir assassin », « FLN dégage», « FLN au musée »,  « Le peuple veut la chute du régime »,« Un seul héros, le peuple »,«Mangeurs de cachir*, laissez-nous »…

Vers l’avènement d’une IIème République

En France, la diaspora algérienne s’organise pour être en phase avec le mouvement populaire qui rejette le système imposé en 1962 et les personnalités qui l’ont servi. C’est le cas de Nadia Bey, journaliste, qui m’a invité à une « Conférence-débat-propositions » le 25 avril dernier, à Saint-Denis.

Pour commencer, il a évidemment été question de démocratie, de pluralisme et de liberté de la presse. Les femmes, très nombreuses, ont réclamé l’abrogation du code de la famille, inspiré par la charia. Ces revendications, défendues passionnément des deux côtés de la Méditerranée, seront du ressort du Parlement de la IIème République algérienne dont l’avènement est souhaité par tous.

En attendant, le système perdure. L’heure est à la mobilisation et au combat. La création d’une ou de plusieurs fédérations représentatives de la diaspora est à l’ordre du jour. L’interdiction faite aux bi-nationaux(article 51 de la Constitution),  d’accéder à de hautes responsabilités en Algérie est perçue comme une offense à leur patriotisme et les empêche de revenir dans leur pays pour contribuer à son développement.

Lutter contre la corruption

Intervenant à mon tour en fin de soirée, j’indiquais qu’en Suisse, où une loi permet de bloquer à titre préventif les avoirs des « potentats », un avocat d’origine algérienne avait entamé des démarches pour que soient gelés les comptes du clan Bouteflika afin que l’argent ne puisse être transféré vers des destinations sans traçabilité.

Parmi les propositions destinées à aider le peuple algérien à lutter contre la corruption qui gangrène le pays, j’ai proposé que la diaspora algérienne interpelle les parlementaires français pour qu’ils votent une loi permettant, comme en Suisse, de mettre préventivement sous séquestre les avoirs et les biens de dirigeants corrompus.

Je me suis aussi demandé comment des sommes considérables d’argent sale sont déposées sans problème dans des banques françaises, alors qu’un simple citoyen doit justifier l’origine d’un transfert dépassant 10 000 euros.

J’ajoutais : « Qui dit corruption dit corrupteurs ». Je me suis alors interrogé tout haut, en me demandant si des surfacturations effectuées par certaines entreprises ou si des rétro-commissions n’aboutissaient dans les caisses de partis politiques français.

Gaïd Salah n’est pas « Monsieur mains propres »

Le 30 avril dernier, à Constantine, le général Ahmed Gaïd Salah, chefd’État-major de l’ANP et vice-ministre de la Défense, qui dirige de facto l’Algérie a déclaré avoir en sa possession « des dossiers lourds de corruption … dévoilant des faits de spoliation des fonds publics avec des chiffres et des montants faramineux ». Ces derniers temps, il a ordonné l’incarcération de généraux et d’oligarques corrompus. D’autres arrestations sont annoncées. Mais, pour la rue algérienne, Gaïd Salah n’est pas pour autant  « Monsieur mains propres ». Dans un câble datant de 2007 révélé par Wikileaks, Robert Ford, ambassadeur américain à Alger, le présentait comme «peut-être le fonctionnaire le plus corrompu de l’armée ». Ahmed Gaïd Salah devrait se retirer pendant qu’il en est encore temps.

* NB : Le sandwich au cachir, saucisson halal à base de bœuf ou de volaille, appelé aussi « chitta », est devenu le symbole des corrompus depuis que le FLN en a offert avec quelques dinars, pour attirer la population dans ses meetings.

(Gilles Munier, journaliste)

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