jeudi 27 avril 2017

Un journaliste de RFI condamné à 10 ans de prison au Cameroun

Pour avoir fait son travail

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Le correspondant de RFI au Cameroun, Ahmed Abba, a été condamné à 10 ans de prison ferme pour "non-dénonciation d'actes de terrorisme et blanchiment d'actes de terrorisme" par le tribunal militaire de Yaoundé.

Le journaliste est condamné à "10 ans de prison ferme avec mandat d'arrêt à l'audience (...) et à verser 55.726.325 francs CFA" (environ 85.000 euros), a déclaré le président du tribunal, précisant qu'il pourrait faire cinq ans de prison supplémentaires en cas de non-paiement de l'amende.

"Ahmed Abba est déclaré non coupable d'apologie du terrorisme, coupable des faits de non-dénonciation d'actes de terrorisme, et blanchiment d'actes de terrorisme", a-t-il dit.

Le verdict a été annoncé lundi à 17H30 GMT après avoir été reporté de quatre jours à la suite du dernier procès du correspondant de RFI en langue haoussa. Le commissaire du gouvernement (procureur) avait requis la perpétuité.

Les avocats du journaliste, qui clame son innocence, ont décidé de faire appel dès mardi matin.

"RFI est consternée par le verdict du tribunal militaire de Yaoundé", a indiqué dans un communiqué la radio très écoutée en Afrique, ajoutant qu'"aucune preuve n'a été apportée au dossier" et que "cette condamnation est celle d'un journaliste qui n'a fait qu'exercer son métier".

Cette condamnation après un "procès injuste" est "un travestissement de la justice", estime pour sa part dans un communiqué l'organisation de défense des droits de l'Homme Amnesty International.

Correspondant de Radio France Internationale (RFI) dans le nord du Cameroun, qui est la cible des attentats de Boko Haram, Ahmed Abba avait été arrêté fin juillet 2015 à Maroua, dans l'extrême-nord du pays.

Le journaliste de RFI, qui risquait même la peine de mort début avril, est soupçonné par les autorités camerounaises d'avoir collaboré avec le groupe extrémiste Boko Haram et de ne pas avoir partagé les informations qu'il détenait.

Il a d'abord été incarcéré par les services de renseignements camerounais pendant trois mois et affirme avoir subi des actes de torture. Ahmed Abba a finalement été transféré à la prison de Yaoundé où il est détenu depuis 636 jours.(lu dans "Oeil d'Afrique")

* RFI : Radio France International.

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jeudi 20 avril 2017

Franc CFA : quel avenir ?

"Le Franc malgré son nom est la monnaie des Africains" (Michel Sapin)

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Le ministre français de l’Economie Michel Sapin a refusé vendredi d’évoquer le débat sur le Franc CFA en Afrique, se retranchant derrière la souveraineté des Africains sur le sujet lors d’une réunion des ministres des Finances de la zone franc à Abidjan.

"Ce n’est pas un sujet que j’aborde car c’est un sujet qui appartient aux Africains. Le Franc malgré son nom est la monnaie des Africains, ce n’est plus la monnaie de la France, il a disparu en Europe. Sur toutes ces questions-là, c’est aux Africains de se prononcer et ce n’est pas à nous de le faire à leur place", a affirmé le ministre.

"Il y a un rôle institutionnel bien connu: nous sommes un élément de garantie de la monnaie mais, pour le reste, le rôle est avant tout d’écouter, de faciliter et d’appuyer lorsqu’il le faut", a-t-il précisé.
"La France est là en amie pour soutenir, aider des pays qui sont puissants, ont beaucoup d’avenir, mais qui doivent faire face à un certain nombre de difficultés", a-t-il ajouté alors que de nombreux pays de la zone CFA ont actuellement des problèmes budgétaires touchés par un ralentissement de l’activité et une baisse de certaines matières premières.
Le "CFA", utilisé par 15 pays francophones d’Afrique de l’ouest et du centre (155 millions d’habitants), est lié à l’euro par un système de parité fixe. Pour garantir cette parité, les Etats africains doivent déposer 50% de leurs réserves de change auprès du Trésor français.
La zone Franc comprend 14 pays d’Afrique subsaharienne (Bénin, Burkina Faso, Côte d’Ivoire, Guinée Bissau, Mali, Niger, Sénégal, Togo, Cameroun, Congo, Gabon, Guinée Équatoriale, Centrafrique et Tchad). Le quinzième membre est l’archipel des Comores.
Ce lien fort avec l’euro est considéré par beaucoup comme un gage de stabilité. Mais certains économistes, responsables africains et militants accusent le CFA de freiner le développement de l’Afrique et considèrent que ce lien avec l’ancienne puissance coloniale est une perte de souveraineté, les pays étant tributaires de la zone euro.
Paris s’est dit ouvert, à la mi-mars dernier, "à toutes les propositions" que les 15 pays de la zone franc pourraient formuler lors de la réunion d’Abidjan où il sera aussi question des programmes du FMI et l’accès des pays à des emprunts.
pgf/jlb

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lundi 17 avril 2017

La naturalisation de 28 tirailleurs fait polémique en Afrique

Suite à la naturalisation le 15 avril par François Hollande de 27 tirailleurs sénégalais, l’association internationale "Mémoires & Partages" basée à Dakar et à Bordeaux, tient à regretter une mesure politicienne qui ne soulagera qu’une infime partie des requérants. 

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François Hollande avait profité de la visite officielle du chef de l’Etat sénégalais, Macky Sall, le 20 décembre dernier pour annoncer son intention de faciliter l’octroi de la nationalité française aux tirailleurs sénégalais, ces soldats d’Afrique subsaharienne qui ont combattu dans les rangs de l’armée française. « J’ai demandé qu’il y ait des instructions très claires qui soient données pour qu’il y ait toutes les facilités pour leur permettre d’accéder à la nationalité française… C’est eux qui formeront cette demande mais on compte bien marquer la reconnaissance. Il n’y a pas plus belle reconnaissance que de pouvoir accueillir ces anciens combattants dans la nationalité française », a déclaré le chef de l’Etat à l’issue d’un entretien à Paris avec le Président sénégalais Macky Sall, en visite d’Etat à Paris.

"Mémoires & Partages" (M &P) qui avait fait partie des initiateurs d'une pétition en faveur d'une telle mesure, avait aussitôt réagi en décidant d’assister les tirailleurs sénégalais concernés par cette annonce par l’installation d’un guichet dans ses services à Bordeaux pour répertorier, préparer et accompagner les dossiers de demande de naturalisation des tirailleurs sénégalais.

Karfa Sira Diallo, son directeur, qui avait prévenu « des incertitudes qui pèsent sur une annonce aux périmètres et conditions floues », constate « une précipitation certaine dans l’annonce de cette cérémonie de naturalisation par l’Elysée…Et cela n’augure rien de bon pour les nombreux demandeurs qui continuent de se manifester ».

Et Karfa Diallo d’apporter d’autres éléments « Sans qu’il n’y ait eu aucune coordination avec les services du ministère de l’intérieur qui sont restés sourds à nos demandes, malgré la transmission d’une vingtaine de dossiers, l’Etat français annonce que 27 tirailleurs, tirés on ne sait par quel sort, ont bénéficié de cette décision présidentielle avant que François Hollande ne quitte définitivement ses fonctions. Il y a de quoi douter sur la continuité d’une telle mesure dans le climat de xénophobie ambiant qui règne en France ».

Invité par l’Elysée à cette cérémonie, le directeur de Mémoires & Partages qui est en Afrique occidentale pour un plaidoyer déclarant la traite des noirs et l’esclavage crimes contre l’humanité, dénonce « les nombreuses trahisons d’une classe politique française qui, du droit de vote des immigrés aux tirailleurs continue de lâcher en rase campagne les descendants d’immigrés ».

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samedi 15 avril 2017

Cameroun : des milliers de faux centres de santé découverts

Le Cameroun, pendant des décennies, a bien joué avec la santé des Camerounais soit, par ignorance ou tout simplement, par mauvaise foi. Récemment, des milliers de centres de santé ont été déclarés faux, parce qu’opérant dans l’illégalité totale.

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Des milliers de faux centres de santé, précisément plus de 2000 centres, viennent d’être pris la main dans le sac par le Ministère de la Santé Publique camerounais, qui a reproché à ces centres d’opérer dans l’illégalité totale. Le Ministre André Mama Fouda, de la Santé publique, les invite hâtivement à «régulariser leur situation administrative dans un délai de 90 jours ». Il précise dans son communiqué ceci: « Sur 3 343 formations sanitaires privées, laïques et confessionnelles exerçant au Cameroun, 1 055 disposent d’au moins un arrêté, 2 288 fonctionnent dans l’illégalité et 75 autres sont identifiées sans région d’implantation », a t-il dit.

Ce qui irrite l’envoyé de l’Etat , est que dans ces centres illégaux de santé, tout le personnel soignant n’est pas qualifié, c’est-à-dire même formé dans les règles de l’art aux métiers de la Médecine. On y trouve des apprenants sur place qui se prennent parfois faussement pour des médecins reconnus et confirmer. Pour le Ministère, c’est un risque majeur que prennent malheureusement les propriétaires de ces centres de santé qui eux-mêmes, pour la plupart, n’ont jamais mis les pieds dans un Amphi de Médecine ou dans une école d’Infirmerie…

Face à ce danger et à la vie des Camerounais ainsi exposée au quotidien, le Gouvernement par le truchement du Ministère de la santé a lancé cet ultimatum de 90 jours aux centres de santé concernés pour rejoindre la République dans les normes instituées et en vigueur. Les accusés tentent en vain de se défendre en brandissant le chômage trop élevé comme étant la cause de leurs agissements gauches: « Un homme qui a été formé pour une profession doit exercer le métier pour lequel il a été formé. En outre, on doit faciliter la procédure pour l’obtention d’agréement et des autorisations nécessaires à l’ouverture ou la création des Centres de Santé », fait savoir Kamtchueng Gérard promoteur d’un centre de santé à Mvog-Ada, un quartier populaire de Yaoundé.

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Et pendant ce temps, le président camerounais Paul Biya se soigne en Europe : à Baden-Baden, en Allemagne, il peut soigner son diabète dans sa clinique privée, et à Genève, en Suisse, son hôtel particulier lui permet d'être proche de ses comptes en banque. Et dans son pays, son peuple ne saurait imaginer les soins qui lui sont prodigués, même dans les rêves les plus fous.

cliniqueBaden-Baden : au fond, la clinique privée si chère au président camerounais Paul Biya

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vendredi 7 avril 2017

Un astrologue du Bénin vous écrit

Cela flaire l'arnaque à des kilomètres ! 

ASTROLOGIE

Voici le message reçu, le 25 février 2017, par un correspondant du Réseau anti-arnaques : "Je suis Dr Lopes Zinsou Emile, petit-fils d’un ancien roi du Bénin, voyant astrologue. Je suis là pour tous vos problèmes comme le cancer, la recherche de maître, le spiritisme, la guérison de toutes sortes de maladies et surtout le cancer de la prostate, la protection de votre maison. Vous avez du mal à trouver du travail, vous ne prospérez pas dans vos affaires, dans votre foyer, et vos soucis.

Vous avez la solution : spécialiste des cas les plus urgents, même les plus désespérés, grâce aux anges. Vous qui avez des conflits familiaux, des problèmes de foyer avec votre femme, votre mari et au travail avec votre employeur, des problèmes sentimentaux, des faiblesses sexuelles, de retour immédiat et définitif de l’être aimé, des soucis avec la justice. Vous avez été envouté, contre anti-balle, le pouvoir pour votre protection, la chance aux jeux et les moyens de financement, et avoir de la promotion dans vos entreprises.
 
Mon adresse mail : zinsou.feticheur@gmail.com Consultation rapide."
Chacun aura pu noter le charabia parfois peu compréhensible de cet astrologue (et encore, le Réseau anti-arnaques a corrigé les principales fautes d’orthographe et rétabli la ponctuation) : du reste, la formulation "anti-balle" restera un mystère.
De toute évidence, cet astrologue souffre de faiblesses textuelles.
(Publié le 23 mars 2017 dans "Réseau anti-arnaques")

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jeudi 6 avril 2017

Egypte : découverte de vestiges d’une pyramide de 3700 ans

En bon état de conservation ! 

pyramide

Le ministère égyptien des Antiquités, a annoncé, ce lundi 3 avril 2017, que des vestiges d’une pyramide vieille de 3 700 ans ont été trouvés « en bon état de conservation » près du Caire. La petite pyramide, datant de la XIIIe dynastie (1802-1640 avant J.-C.), a été retrouvée dans la nécropole du site archéologique de Dahchour, au sud du Caire.

Le texte souligne que les archéologues égyptiens ont ainsi découvert « un corridor conduisant à l’intérieur de la pyramide, prolongé par une rampe, et l’entrée d’une pièce ». « L’équipe va poursuivre les fouilles sur le site pour mettre au jour le reste » du vestige. Les archéologues ont notamment retrouvé un petit bloc en albâtre noirci, affichant des inscriptions en hiéroglyphes. Ils ont aussi retrouvé un linteau de granit et des blocs de pierre qui permettent d’en savoir plus sur « l’architecture interne de la pyramide ».

La trouvaille a été effectuée près de la pyramide rhomboïdale de Dahchour. Cette dernière a été construite par le pharaon Snéfrou, fondateur de la IVe dynastie (environ 2600 avant J.C.) et père du pharaon Khéops, qui a lui-même donné son nom à l’une des plus célèbres pyramides égyptiennes, sur le plateau de Gizeh.

Les fouilles en sont encore à leurs débuts et la taille exacte de la pyramide n’a pas pu encore être établie.

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lundi 20 mars 2017

Médicaments de rue en Afrique

Le règne de Roxy-Adjamé

En Afrique, pas de sécurité sociale, pas de remboursement des soins. Alors on se soigne quand on peut, au moindre coût, ou on ne se soigne pas.

medicament_de_rue_1Roxy, le marché de médicaments de rue d’Abidjan ne désemplit pas. La plus grande pharmacie de rue d’Abidjan est ce lieu où depuis plusieurs années le trafic et la vente de médicaments de rue se lègue comme un héritage de mère en fille. En ces lieux, le secret du ravitaillement en médicaments est bien gardé d’une vendeuse à l’autre. En effet, 80% des petites mains qui rapportent chaque année des millions de francs CFA aux réseaux de trafiquants sont des femmes. Après plusieurs minutes d’échange, une jeune dame qui affirme se prénommer Fatou accepte de parler.

« Tout le monde sait que nous sommes ici. Même vos collègues blancs viennent souvent avec leurs caméras pour nous poser des questions. Ils nous demandent où on trouve nos médicaments, qui nous donne les médicaments ou bien si on va les acheter à la pharmacie… » indique-t-elle.

Fatou semble être une des doyennes des lieux. Elle propose des médicaments depuis plus de 15 ans ! Elle a commencé son activité dans les rues du quartier marchant d’Adjamé avec sa mère avant même l’adolescence. Avec son expérience dans le domaine de la vente de médicament de rue, Fatou ne fait aucune difficulté pour nous révéler l’origine des molécules vendues sur le marché sous une chaleur écrasante, avec la poussière qui recouvre les boites de médicaments et la proximité d’une décharge qui attire les mouches et autres rongeurs.

« Les médicaments que nous proposons sur le marché viennent principalement du Ghana, du Nigeria, de la Guinée et certains produits viennent de la Côte d’Ivoire. Maintenant il y a des médicaments chinois : ce qu’on utilise pour les massages, pour éclaircir la peau (dépigmentation) ou grossir les seins et les fesses… », affirme la vendeuse.

Chine, Ghana, Guinée, Nigeria et Côte d’Ivoire, les révélations de Fatou nous font prendre conscience de l’existence d’un lucratif business organisé à l’échelle ouest-africaine voire mondiale par des mains obscures. A voir les médicaments disposés dans les bassines à même le sol, plusieurs d’entre eux vendus sont effectivement des produits qui sont loin d’être autorisés par les services sanitaires Ivoiriens. Mais au fond, cela n’inquiète en rien certains Ivoiriens qui préfèrent se ravitailler auprès de ces doctoresses du bitume qui sans jamais avoir mis les pieds dans une faculté de médecine indiquent aux patients la posologie des médicaments qu’elles proposent. Pour les acheteurs qui ne se laissent pas décourager par les conditions de conservation des médicaments, les arguments ne manquent également pour défendre le choix de Roxy.

« Vous savez, c’est la situation économique du pays qui nous pousse à venir vers ces vendeuses. Nous sommes conscients qu’il y a des dangers liés à l’automédication : c’est bien comme ça qu’on appelle ce que nous faisons. Mais faute de moyens nous sommes obligés de nous ravitailler ici. En plus, il y a plusieurs produits de la pharmacie qui se retrouvent ici. Il y a seulement un problème de conservation sinon il y a de bons médicaments dans la rue », affirme Bah Edouard un client venu chercher un médicament contre le rhume.

Edouard la quarantaine passée, présente même l’activité des vendeuses de Roxy comme étant « d’utilité publique ». En effet, ce ne sont pas seulement les personnes démunies qui se ravitaillent à Roxy. Il passe en ce lieu plus d’ordonnances que dans les officines conventionnelles. Sur la cinquantaine de clients (56 ndlr) avec lesquels nous échangeons, 80% affirment connaitre les médicaments pour lesquels ils viennent à Roxy. 75% lisent avec intérêt la date de péremption des médicaments ; les 25% restant (probablement analphabètes) se confient à la sagesse et au savoir-faire des vendeuses. Leurs prescriptions ne sont pas loin d’égaler celles des pharmaciens et des médecins. Les 27 vendeuses que nous avons côtoyées ont une excellente maitrise des médicaments qu’elles vendent ! Ces acquis sont-ils le fruit de la pratique ? Les vendeuses sont-elles formées par leur circuit de ravitaillement ou des médecins ? Autant de questions pour lesquelles il va falloir creuser davantage.

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Du poison vendu à bas prix

Côté prix, la différence entre la pharmacie et la rue est plutôt tentante pour le consommateur. Une célèbre boite de vitamine vendue à 4185 f CFA en pharmacie est proposée à 2800 voire 2600 après un petit marchandage avec les vendeuses de Roxy. Le patient peut même s’offrir les ampoules buvables pour 75 ou 100 f CFA. Un autre sirop vendu en pharmacie pour les insuffisances en fer et proposé à 3200 f CFA est vendu à Roxy à 1750 f CFA et ce prix peut chuter jusqu’à 1400 CFA. En ce qui concerne les différents types de médicaments, un tour rapide dans les bassines nous permet de voir que les antalgiques arrivent en première position suivies des anti-inflammatoires, les antipaludiques et les antibiotiques. Ces médicaments se retrouvent sous toutes les formes: injectables, comprimés, solutions buvables… Pour les ARV et les anti-tuberculeux, il faut passer commande et les vendeuses garantissent la livraison de médicaments « plus bons et efficaces que ceux qui sont distribués gratuitement dans les hôpitaux ». 

En apparence les médicaments vendus à Roxy sont bons et moins chers mais pour les professionnels de la santé ces produits font plus de mal que de bien et c’est le docteur Sery qui le démontre.

« Il y a le problème de la conservation qui fait que le principe actif de ces produits n’agit plus vraiment sur le mal et au lieu de guérir la maladie, le médicament peut aggraver le mal ».

Le docteur Sery souligne également que dans la rue les médicaments ne sont pas aussi abordables qu’on le pense. Les vendeuses fixent le prix à la tête du client et font même de la surenchère en fonction du produit. Il y a aussi de véritables problèmes de santé liés à ces médicaments de rue : les organes vitaux des patients sont en danger ! Les reins, les poumons, le pancréas, le foie ou la vésicule biliaire sont des zones qui peuvent être sérieusement endommagées par ces médicaments de rue.

Au-delà, la résistance de certaines pathologies face aux antibiotiques est en grande partie liée à ces médicaments à faible action ou ces placébos vendus par des femmes qui en ignorent les dosages. C’est la raison pourquoi laquelle, les médecins invitent surtout les grands malades tels que les diabétiques, les cardiopathes et les personnes qui sont des terrains favorables au rhumatisme ou aux maladies héréditaires d’éviter l’auto-médication et de fuir les médicaments de rue.

Qui ravitaille le marché de Roxy ?

En ce qui concerne le ravitaillement des vendeuses de Roxy, une véritable omerta existe dans le milieu. Cependant, une question taraude forcément l’esprit du visiteur d’un jour qui découvre les bassines de médicaments à Roxy. Comment des médicaments officiellement autorisés peuvent-ils se retrouver dans la rue ? Des professionnels de la santé sont-ils de mèche avec la mafia du bitume ? Il n’y a pas de doute : des mains obscures font sortir des médicaments du circuit officiel pour les reverser dans le circuit officieux.

« Nous avons écho de telles pratiques vu les médicaments autorisés que ces femmes revendent, il est clair que certains docteurs ou grossistes font sortir des médicaments du circuit officiel pour alimenter le circuit officieux. Et les raisons qui l’explique sont différentes : contourner les taxes, liquider rapidement les médicaments pour se faire plus d’argent, vendre des médicaments qui ne sont plus autorisés mais qui sont restés en stocks… » explique le docteur Sery.

 Dans ce contexte de fraude et de trafic si bien organisés, la lutte contre les médicaments de rue devient difficile. Le consommateur se posera sans doute la question suivante : si de bons médicaments se retrouvent sur le marché à même le sol avec la bénédiction de certains grossistes et docteurs, pourquoi donc s’approvisionner dans les officines conventionnelles ? A cette question, certains ivoiriens ont déjà leur élément de réponse. Grâce aux campagnes de sensibilisation du Ministère de la santé publique sur les dangers des médicaments de rue, de nombreux ivoiriens ont décidé de tourner le dos aux médicaments de rue.

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« Je choisis la pharmacie parce que je veux protéger ma vie et celle de mes proches », affirme Beugré Richard un père de famille croisé dans une pharmacie des II Plateaux.

Pourtant Beugré Richard ne condamne pas ses concitoyens qui se ravitaillent dans la rue. Il estime que c’est faute de moyens que l’Ivoirien se rabat sur les médicaments de rue. Il interpelle les autorités pour que le prix des médicaments soit revu à la baisse pour soulager les populations appauvries par 10 ans de crise. Il indique que l’option des médicaments génériques est une bonne idée pour freiner le trafic des médicaments de rue. Cependant, il faut sensibiliser les ivoiriens sur la présence de ces médicaments génériques et surtout penser à afficher leurs listes dans les pharmacies.

Omerta totale sur le trafic

Le trafic de faux médicaments est aujourd’hui considéré par les experts internationaux comme une activité plus lucrative que certains secteurs clés du crime organisé. En ce qui concerne le financement et la rentabilité des faux médicaments, l’IRACM (Institut de recherche contre les médicaments contrefaits) indique que pour 1.000 $ US investis, le trafic d’héroïne rapporte environ 20.000 $ US tandis que la même somme investie dans le trafic de faux médicaments peut rapporter entre 200.000 et 450.000 $ US, soit 20 à 45 fois plus rentable que le trafic de drogue !

Ces montants représentent à l’échelle mondiale plusieurs milliards de $ US puisque 123 pays sont directement touchés par les médicaments de la rue. La preuve avec l’opération Pangea VII menée par Interpol en mai 2014 et qui a permis la saisie de faux médicaments pour une valeur totale de 22 millions d’euros ! L’opération a conduit à la fermeture de plus de 10.000 sites Internet servant d’interface à la vente des faux médicaments. Le fléau est réel mais le caractère du produit au cœur de ce trafic (le médicament ndlr) fait que l’appareil répressif des Etats affectés peine à entrer en action. Un laisser-faire qui pousse les vendeuses sur les marchés à considérer leur activité comme à la limite légale.

In fine, les commerçantes de Roxy estiment qu’elles font plus de bien que de mal. Dans cette mafia où elles sont les petites mains, rien ne semble les inquiéter. Elles affirment jouir de la protection d’hommes politiques influents aussi bien dans la commune d’Adjamé qu’à l’échelle nationale. Quant aux unités anti-drogue et de lutte contre les stupéfiants, les 27 vendeuses que nous avons côtoyées indiquent « verser de l’argent pour leur silence ». Cette pratique de corruption est quasi quotidienne !

Nous quittons les pharmacies et leurs climatisations apaisantes pour la chaleur étouffante du marché de Roxy. La peur d’être délogée un matin avec les faux médicaments qui tapissent les bassines n’habite plus vraiment les vendeuses. Nous essayons tout de même de savoir qui sont les têtes pensantes du réseau de ravitaillement des pharmacies de rue. Nos tentatives pour avoir un nom ou un numéro téléphone se sont heurtées à une véritable omerta partagé par toutes les vendeuses.

« Nous avons des sœurs qui livrent sur le marché, elles disent recevoir les médicaments de certaines personnes…c’est une chaîne mais je ne peux pas vous dire qui sont ces hommes » explique Biba une autre vendeuse.

« C’est notre secret » renchérit d’un air amusé Fatou ! Un secret très bien gardé mais que nous allons percer en partie alors que nous quittions le marché la nuit tombée. Une fourgonnette appartenant à un important distributeur de produits pharmaceutiques stationne à Roxy, livre sous nos yeux des cartons et repart. Demain tous ces médicaments inonderont Abidjan car Roxy approvisionne en faux médicaments la quasi-totalité de la capitale économique ivoirienne. (selon "eburnietoday.com", enquête de Suy Kahofi).

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mardi 14 mars 2017

Bientôt, Osterputz !

Né dans le Val de Villé il y a un quart de siècle et exporté en Afrique !

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Le printemps c'est dans une semaine, Pâques au mois d'avril. Tous les villages s'organisent pour le nettoyage de printemps. Même à Villé, cinq sportifs ont commencé la remise en état du club-house inondé cet hiver, du fait du gel. Espérons qu'ils seront plus nombreux au Osterputz communal. En Afrique, le nettoyage a commencé aussi ! et même l'armée y participe. On préfère d'ailleurs voir des militaires nettoyer avec des gants et des sacs poubelles, qu'avec des kalachnikoff. La photo : parvenue d'Abidjan en Côte d'Ivoire, où la guerre civile a duré 10 ans (jusqu'en 2011). 

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vendredi 24 février 2017

Une délégation du FN reçue par un ministre de la République Démocratique Congolaise

C’est le journal télévisé de la Radio Télévision Nationale Congolaise (RTNC) qui a présenté cette rencontre. Une délégation du Front National (FN) a été reçue par le ministre congolais, Lambert Mende. Mais qui sont ces personnes qui font campagne pour le parti de Marine Le Pen dans les capitales africaines? 

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« Une délégation du Front National, parti cher à Marine Le Pen a été reçue par le ministre Lambert Mende. Au menu, la politique actuelle de ce parti en pleine course à la présidentielle française. » annonce la journaliste de la télévision nationale. A l’image, quatre hommes font leur entrée dans le bureau du ministre. Accueilli par le chef des lieux, sourires aux lèvres, les visiteurs du jours sont heureux de leur opération. 

A l’issue de l’entretien, la parole est donnée à l’avocat Frédéric Joachim. « Il était question d’assurer par la communication, une meilleure souveraineté de votre pays,  et d’armer suffisamment votre pays contre les forces obscures, mondialistes qui tendent à essayer de le partager, en le divisant à la fois contre lui-même et en le présentant de façon erroné dans les médias mondiaux et les institutions internationales. » explique le juriste. Pour ces ambassadeurs du FN, la France risque de connaître également « une partition par manque de souveraineté. » Rien que ça. 

Sur les questions internationales, le Front National, loin des obligations d’Etat a toujours eu un discours de vérité. Oui, la République Démocratique du Congo fait l’objet depuis plusieurs décennies de tentatives de balkanisation.  Oui, l’image de la RDC à l’international n’est pas au beau fixe. Oui, le Congo vit une crise institutionnelle sans précédent. Oui, l’Afrique « économique » pèche dans son développement tant son poumon [RDC] ne réussit pas à se stabiliser et à donner des gages de sécurité aux investisseurs internationaux. Mais est-ce qu'un parti politique victime d’un plafond de verre dans son propre pays peut aider un Congo  malade? 
Avocat de Jean-Marie Le Pen 

Ces visiteurs du jour n’ont rien d’une représentation politique. Contacté par Œil d’Afrique, le service de communication du Front National s’est étonné de cette information. « Aucune délégation du Front est en mission au Congo. Monsieur Frédéric Joachim est l’avocat de Jean-Marie Le Pen [fondateur du parti], mais celui-ci n’est plus membre du parti. » explique notre interlocuteur.  

Un autre personnage sulfureux était également convié. Lorrain de Saint-Affrique, ancien conseiller en communication de Jean-Marie Le Pen, il apporte son soutien à Nicolas Sarkozy en 2012 lors de l’élection présidentielle. Une trahison qui l’a brouillé avec le fondateur du FN. 

Contacté par le quotidien Œil d’Afrique, Lambert Mende s’interroge : « Avons-nous été floués? » Puis il  explique tout de même les raison de la visite. « Je m’intéresse comme tout le monde à la politique française mais, je ne suis pas un expert du Front National. Je voulais savoir ce que ces gens voulaient me dire. Il n’y a rien de spécial à cela. Ils ont rencontré d’autres autorités au Maroc avant d’arriver ici. » dit le ministre congolais. 

Le journaliste d'Oeil d'Afrique s'interroge aussi : "Alors que le débat présidentiel en France donnera encore une large place aux questions liées à l’immigration, les porteurs de mallettes sont déjà en mission sous couvert de causes « nobles » afin d’aider l’Afrique à sortir de la crise énergétique, de la mauvaise gestion et pourquoi pas du terrorisme.  Cette visite devrait attirer l’attention des autres capitales qui ont pour l’heure échapper à ceux qui témoignent leur amour aux africains uniquement tous les cinq ans.

Mais au fait qu'est venue chercher cette délégation ? L'argent que le père prêtera à sa fille ? Après le Sarkoton en Côte d'Ivoire, verra-t-on les congolais de Kinshasa invités à participer au Lepenneton ? Décidément, même au FN l'argent n'a ni odeur ni ... couleur. Dommage que le journaliste n'ait pu voir ce qu'il y avait dans les mallettes citées.

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jeudi 23 février 2017

Quand les Vandales déferlaient sur l'Europe et l'Afrique du Nord

Le peuple des Vandales d’origine scandinave et installé un temps en Germanie orientale va, dans le cadre des « invasions barbares », conquérir successivement la Gaule puis la Galice et la Bétique. Attirés par les richesses de l’Afrique romaine, ses membres décident de traverser les Colonnes d’Hercules (plus tard renommées détroit de Gibraltar) en 429 et de commencer une épopée nord-africaine de presque un siècle.

vandales

Genséric, roi des Vandales et des Alains, débarque en Mauritanie Tingitane avec environ 80 000 des siens dont 20 000 guerriers. Il est bien décidé à tirer profit des querelles internes aux Romains, l’ambitieux général Boniface étant en rébellion. Le roi germanique conquiert ainsi rapidement la Mauritanie et s’avance en Numidie en enrôlant de nombreux locaux, las de la présence romaine et des troubles dans la région.

Un Empire romain d’Occident à bout de souffle

Après le dur siège d’Hippone (Annaba) au cours duquel un Augustin très malade perd la vie et la prise de la ville en 430, le Vandales poursuivent leur progression. Ils s’en prennent particulièrement aux notables et au catholicisme. Ils défendent l’arianisme et imposent leurs méthodes brutales aux populations sous leur domination si celles-ci ne payent pas l’impôt : violences, pillages, meurtres en série, torture...

Face à cette avancée inéluctable, les Romains négocient en 435 et obtiennent par le Traité d’Hippone la vassalisation des Vandales au titre de « fédérés » en échange d’une bonne partie de la Numidie et de la Mauritanie sitifienne. En réalité Genséric ne compte pas se soumettre sagement et s’attaque à la Proconsulaire en prenant la célèbre Carthage et en menaçant directement l’Italie.

Un second traité est signé en 442 et renforce la position de conquérants. L’Empire romain d’Occident est alors en pleine décomposition et subit les assauts vandales jusqu’à Rome qui est mise à sac en 455. L’Imperium Romanum occidental n’est plus qu’un château de cartes qui s’effondre définitivement en 476.

Des relations difficiles avec les autochtones

En raison de leur infériorité numérique et malgré leur rudesse, les Vandales ne parviennent pas à contrôler efficacement les territoires conquis à l’exception des villes. De plus les nouveaux maîtres ne se mélangent pas assez aux locaux qui sont encouragés dans leurs visées indépendantistes par la mort du puissant Genséric en 477.

A partir de là, le royaume vandale d’Afrique décline et le nouveau roi Hunéric exacerbe les conflits politiques et religieux, la division de la noblesse et les velléités de Maures insoumis. Ces derniers parviennent progressivement à se constituer des principautés dégagées de l’emprise vandale. Grignoté, ce royaume africain traverse une crise profonde lorsque l’Empire romain d’Orient -l’Empire byzantin- décide de lui porter le coup de grâce.

Une défaite rapide et totale

L’armée byzantine avec à sa tête le général Bélisaire lance une intervention en 533 contre ce qui reste de l’emprise germanique. Cette conquête est fulgurante et en 534 les Vandales survivants doivent se réfugier dans des villages berbères (notamment en Kabylie) ou sont capturés et déportés vers Byzance.

Or, même si les Vandales sont rapidement défaits sur la côte, les Maures indépendantistes conservent leurs positions dans l’arrière-pays. Après un petit siècle d’occupation vandale on ne retrouve plus vraiment de traces du passage de ce peuple, si ce n’est la réputation –quelque peu exagérée- de soldats particulièrement féroces et sanguinaires.

Leur empreinte est un peu plus conséquente en Tunisie actuelle, lieu de leur véritable sédentarisation, où l’on a retrouvé des épitaphes et funéraires à noms germaniques. Du côté algérien des tablettes de bois avec des actes de propriétés -dites tablettes d’Albertini- ont été retrouvées en 1928. Nul autre vestige. Les pères du "vandalisme" en auraient-ils été eux-mêmes victimes ?

Posté par jl boehler à 00:38 - - Commentaires [1] - Permalien [#]
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