lundi 9 septembre 2019

Inondations en Afrique

Niamey désemparée face à la montée des eaux

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"Rien à faire: il est temps de vider les lieux!", juge Mamoudou Barkiré, un retraité en béquilles, impuissant devant l'avancée inexorable des eaux vers sa maison de terre dans le quartier Kirkissoye de Niamey.

Maisons effondrées, rizières et jardins envahis par les eaux... Plusieurs quartiers de la capitale nigérienne sont dévastés par les inondations provoquées par la crue exceptionnelle du fleuve Niger qui affectent l'ensemble du pays depuis juin.
Ces deux derniers jours, Mamoudou Barkiré a vainement tenté de combattre le fleuve en construisant des digues d'argile, en empilant des sacs de sable. La plupart de ses voisins ont déjà déserté les lieux depuis longtemps.
"Ma maigre pension de retraite me suffit à peine pour nourrir ma famille et voilà que je risque de perdre ma maison dans ces inondations", se lamente le vieil homme à la barbe blanche bien taillée et vêtu d'un djellaba. Des vieux matelas, des chaises, des vêtements, quelque vaisselle attendent dans un coin sec de la cour l'arrivée d'une charrette qui les transportera "vers un lieu plus sûr".
"Kirkissoye est subitement devenu un véritable marécage et la nuit c'est une cité fantôme", décrit Saouda Abdoulaye, une sinistrée de ce quartier, l'un plus touchés, reconnaissant avoir sous-estimé "les mises en garde des autorités".
Quelques enfants barbotent dans les eaux boueuses des ruelles. Des femmes téméraires font le ménage dans des cours de maisons aux murs déchirés et gorgées d'eau.
Une équipe de pompiers sillonne les zones affectées pour recenser les victimes et évaluer les dégâts. Ces crues sont provoquées par "les abondantes pluies" qui s'abattent sur le Niger et le Burkina Faso et par la rupture d'un barrage au Mali, a expliqué le gouverneur de Niamey, Assane Issaka Karanta.
Dès avant les inondations, il avait invité les habitants exposés "à ranger leurs bagages, à faire des réserves d'eau potable et de nourriture".
Mercredi, il a annoncé le "maintien" de "l'alerte rouge" lancée en début de semaine, au moment où les eaux ont atteint une hauteur de "638 centimètres", un seuil "jamais vu en plus de 50 ans".

Nuit blanche

La quasi-totalité du million et demi d'habitants de Niamey vivent sur les rives du fleuve et certains ont même construit leur maison dans son lit. Pour le moment "le pire est évité": les digues qui protègent la capitale sur une dizaine de km "tiennent bon", assure le maire de Niamey, Mouctar Mamoudou.
Par prudence, il a demandé aux résidents des zones inondées de gagner les sites gouvernementaux "aménagés".
Pourtant certains sont bien décidés à y rester pour défier les eaux.
"Dans tous les cas, on ne dort plus, si les eaux montent encore, on avisera", tranche Ali, membre d'une "brigade" qui "veille" sur les rivages où il vient de passer sa deuxième nuit blanche. 
"Nous avons creusé des canaux pour évacuer les eaux de la maison et nous avons dressé des remparts de sacs de sable pour protéger les murs qui risquent de tomber", explique un étudiant d'une vingtaine d'années résident à Saga, autre quartier touché.
Selon le ministre nigérien chargé de l'Action humanitaire, Lawan Magadji, les fortes pluies ont fait depuis juin 42 morts et 70.000 sinistrés, dont plus de 2.000 à Niamey.
Un paradoxe dans ce pays pauvre désertique et régulièrement confronté à des crises alimentaires en raison de la sécheresse. Même la très désertique région d'Agadez (nord) n'est pas épargnée: les intempéries y ont fait trois morts et 17.000 sinistrés, selon son gouverneur Sadou Soloké.
Seuls 25.000 sinistrés ont pu être assistés, a noté le ministre Magadji qui invite les humanitaires "à accroître leur aide".
Alors que la météorologie prévoit de nouvelles fortes précipitations jusqu'à la "mi-octobre", l'Organisation mondiale de la santé (OMS) craint "une épidémie de choléra". Cette maladie avait fait 73 morts en 2018 principalement dans la région de Maradi (sud-est), actuellement la plus touchée par les inondations.
En 2018, les fortes pluies avaient causé la mort de 52 personnes, fait plus de 200.000 sinistrés et détruit 170.000 maisons, selon l'ONU.
En 2012 elles avaient tué une centaine de personnes et fait quelque 500.000 sinistrés, provoquant des dégâts estimés à environ 148 millions d'euros, selon un bilan officiel. (selon AFP)

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jeudi 22 août 2019

Orange : des remous en Afrique

Grève des employés au Niger

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Les employés d'Orange au Niger ont entamé mardi une grève de deux jours pour obtenir des négociations salariales et débattre de l'avenir de la filiale nigérienne de l'entreprise française, en quête d'un repreneur, a indiqué à l'AFP une source syndicale.

"Nous avons lancé ce (mardi) matin une grève de deux jours qui est largement suivie sur l'ensemble du territoire", a affirmé Ali Hachimou, un délégué du personnel d'Orange Niger.

Les communications sur le réseau Orange "ne sont pas encore paralysées" mais "si nous n'avons pas satisfaction, nous reconduirons la grève", a-t-il prévenu.

Selon M. Hachimou, le mouvement est suivi par 388 des quelque 530 salariés d'Orange Niger.

Les grévistes réclament "la reprise des négociations" sur "la révision d'un accord salarial", entamées avant la fermeture, en novembre 2018, de la société par le fisc nigérien pour "non-paiement d'impôt", a expliqué M. Hachimou.

Ces négociations n'ont pas pu reprendre après la réouverture de la société en raison d'"un règlement préventif" de la direction suspendant pour cinq mois "toute action sur les finances de l'entreprise", a-t-il expliqué.

Lancée en 2008, Orange Niger compte 2,4 millions de clients pour plus de 52.000 emplois directs et indirects au Niger, selon sa direction.

Les protestataires veulent également que leurs emplois soient préservés dans le cadre d'un éventuel contrat entre Orange et un nouveau repreneur.

"Orange Niger a décidé de vendre des actifs (...) nous avons appris que 120 emplois seulement seraient maintenus par le nouveau repreneur après deux ans" de gestion, a ajouté Ali Hachimou.

En novembre 2018, le fisc nigérien avait fermé pendant 40 jours les locaux d'Orange Niger à Niamey pour "non-paiement d'impôt".

La filiale nigérienne d'Orange avait qualifié de "contestable" cette fermeture consécutive à un redressement fiscal de 22 milliards de francs CFA (33 millions d'euros) qui représentait "près de 50% (de son) chiffre d'affaires".

Orange Niger avait prévenu que "la continuité de l'entreprise" était "gravement menacée par ces décisions unilatérales et disproportionnées".

Le Niger compte quatre compagnies de télécoms qui se partagent les 7,7 millions d'abonnés aux services de téléphonie mobile, pour une population de 20 millions d'habitants. (selon AFP du 20/08/2019)

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mercredi 31 juillet 2019

Des étudiants strasbourgeois au Togo

Construction d'un éco-village solidaire

togoSept étudiants strasbourgeois de l’INSA ont joint, cette année, un projet de solidarité internationale dans le village de Wonougba au Sud du Togo. Ils sont rentrés la semaine dernière de leur périple d’un mois visant à construire des bâtiments à moindre coût s’inspirant de techniques écologiques locales. 

A environ 1h30 de la capitale, Lomé, se trouve le village de Wonougba, touché par la pauvreté et la malnutrition. L’association togolaise SOS Vol lutte pour faire face aux difficultés sociales, sanitaires, éducatives et environnementales dans la région. Porteuse de projets humanitaires depuis une dizaine d’années, elle vient en aide à ses habitants en mobilisant des actions de solidarité internationale. L’objectif est la création d’infrastructures qui abriteront des activités solidaires : centre de restauration pour les personnes âgées et l’école, dortoirs… Mais aussi de mettre en place une activité agro-pastorale durable pour permettre au village d’être complètement autonome. Deux groupes d’étudiants français dont les Strasbourgeois de GoTogo, sont en charge de mener ce projet à bien.

Diverses compétences à mobiliser

De mi-juin à mi-juillet, Go Togo, le groupe d’étudiants strasbourgeois porté par l’association SOSVol, a œuvré à la construction d’écomaison de la solidarité pour les populations défavorisées du village de Wonougba. En amont, ils ont travaillé sur les plans et techniques de construction durable. 

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Forts de la diversité de leurs compétences, les ingénieurs en étude ont arrêté leur choix sur une technique largement utilisée en Afrique : la voute nubienne. Murs et plafonds sont faits de terre crue, un matériau écologique qu’il est facile de se procurer dans la région. Pour le financement, ils ont mis en place une cagnotte leur permettant de récolter 91 % de leur objectif. 

La saison des pluies s’éternisant, les Strasbourgeois ainsi que les bénévoles du chantier ont dû faire face à de lourdes précipitations ne permettant pas le séchage optimal du matériau - très fragile à cette étape. Ils se sont alors adaptés faisant évoluer leur projet en créant une charpente de bois - coupé à proximité -, en montant des murs de briques de terre crue puis en couvrant de taule, seul matériau disponible dans ce court laps de temps. Au cours du mois passé sur place, le dortoir et la salle polyvalente sont sortis de terre. 

Ces lieux seront des espaces d’échange, de sensibilisation et de formation à la production locale : apprendre à élever et cultiver de manière à respecter l’environnement et devenir autonome. Le projet s’inscrit dans l’objectif de lutte contre la malnutrition par la création d’une économie sociale et solidaire pérenne.

Le projet a déjà un an

L’aventure solidaire débute en 2018 avec un groupe d’étudiants bordelais qui est à l’origine de We are ready (WART). En partenariat avec l’association Solid’Earth et sur l’initiative de SOSVOL. Le groupe est en charge de la construction d’une cantine collaborative alimentée par l’agriculture et l’élevage, pour les personnes âgées n’ayant plus la force de travailler aux champs et les enfants de l’école. 

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Cette année avant leur second départ pour Wonougba, et dans le but de se financer, We are ready Togo proposait au parrainage... Des poules ! De fin mai à fin juin, WART a défriché la partie du terrain réservée au poulailler, à la machette. Ils ont débuté la construction du poulailler et de la cantine avec l’aide des bénévoles de SOSVol, de maçons et de menuisiers locaux et grâce à l’expertise d'un agronome. Ils ont aussi travaillé à la mise en place du forage pour l’alimentation en eau du village. 

Selon Adèle, étudiante en Architecture et Génie Civil à l’INSA de Strasbourg, "c’est un projet sur le long terme, le budget est morcelé, cela prendra entre 3 et 5 ans". La suite l'année prochaine... (selon ID - L'info durable)

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lundi 1 juillet 2019

Le trafic d'armes dans la corne de l'Afrique

Le commerce des armes illégales dans la Corne de l’Afrique reste une activité très lucrative et étroitement liée aux groupes terroristes transnationaux, au trafic de drogue et au conflit dans le Yémen voisin. Ce commerce régional  d’armes se focalise sur la Somalie et ses régions semi-autonomes, où la demande d’armes reste immuable malgré divers embargos et autres sanctions.

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Djibouti est devenue au cours des dernières années une plaque tournante de plus en plus importante pour le transport d’armes à des groupes armés dans la région. Il est de plus en plus évident que Djibouti agit comme un lieu de transit stratégique pour les armes provenant du territoire contrôlé par les Houthies au Yémen, qu'il expédie ensuite dans la région d'Awdal, dans le nord de la Somalie, par le biais de son participation au mission de maintien de la paix AMISOM.

Djibouti joue un rôle de plus en plus important dans le trafic d’armes dans la région alors que le gouvernement du pays cherche de nouveaux investissements étrangers dans son important secteur portuaire et ses industries connexes. De nombreuses sociétés djiboutiennes investies dans le secteur maritime en plein essor ont été impliquées dans le commerce illégal d’armes, ce qui a entraîné la réticence des investisseurs étrangers voulant participer à l’économie de Djibouti. La prolifération des armes à Djibouti suscite également des inquiétudes quant aux activités criminelles armées et au risque accru d'attaques terroristes dans un lieu fréquenté par des militaires étrangers.

Cependant, aucun des partenaires internationaux de Djibouti n’est disposé à signaler de tels risques, craignant la perte potentielle de leurs contrats sur des bases militaires stratégiques dans le pays. Une source locale a décrit le commerce des armes dans le golfe d'Aden comme un «chaos politique dans lequel la plupart des pays occidentaux ne veulent pas patauger». Malgré des preuves montrant des hauts responsables djiboutiens impliqués dans le commerce des armes, aucun effort n'a été consenti pour imposer des sanctions punitives á ces individus.

Le rôle de Djibouti dans le trafic d'armes régional va encore s'étendre, l'Érythrée et l'Éthiopie cherchant à s'entendre sur une paix durable qui aura des répercussions considérables sur la chaîne d'approvisionnement du commerce des armes dans la Corne de l'Afrique. Des groupes armés en Éthiopie, en Somalie et dans le Soudan, ainsi qu’al-Shabaab, comptent depuis longtemps sur l’Érythrée pour se procurer des armes. À mesure que l’Érythrée cherche à se rapprocher de l’Éthiopie et à revenir au sein de la communauté internationale, son rôle de plaque tournante du trafic d’armes sera considérablement réduit.

Djibouti, qui préfère une Somalie faible et une Érythrée isolée, va probablement combler le fossé et tirer parti de ses réseaux de trafic d'armes existants pour continuer à fournir des armes illégales aux groupes armés de la Corne de l'Afrique alors que l'Érythrée se retire potentiellement du commerce. Depuis qu’il a pris le contrôle du terminal portuaire de Doraleh, le gouvernement djiboutien semble se préparer à augmenter ses expéditions par le biais du principal port du pays. Cependant, la plupart des envois d'armes illégales par Djibouti continueront d'être effectués par des boutres plus petits via les communautés de pêcheurs de la côte sud-est et via le projet de port de Garacad.

La réticence des puissances occidentales et autres à agir contre les activités croissantes de trafic d'armes de Djibouti constitue une menace existentielle pour la sécurité de la Corne de l'Afrique et compromet les efforts actuels qui visent à mettre fin aux conflits de longue date dans la région. (selon Afrique-media)

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lundi 20 mai 2019

Mali: l'opération Barkhane s'implante dans la région du Gourma

Au Mali, l'opération Barkhane annonce un déploiement dans la durée, dans la région du Gourma afin de lutter contre les groupes terroristes. A Gossi, à environ 150 kilomètres de Gao, une base avancée est en train de sortir de terre sur un ancien site de l'ONU et des Forces armées maliennes (FAMA).

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Dans un nuage de poussière ocre, les tractopelles de Barkhane sont en action pour terminer l'aménagement de la base de Gossi. Située à un carrefour économique, sur la route nationale 16, elle ne dispose pas encore de plateforme pour les hélicoptères, ni même d’eau courante, mais elle pourra dans un avenir proche accueillir quelques centaines de soldats et servir de point de relais à Barkhane dans la région du Gourma, où les forces françaises comptent lancer régulièrement des opérations non loin de la frontière avec le Burkina Faso.

« La base opérationnelle avancée tactique (BOAT) de Gossi, c'est un quadrilatère de 200 sur 300 mètres environ qui sera agrandi, car pour l’heure c’est une base en cours de construction, principalement sur la partie vie. Gossi doit devenir une base avancée permanente pour disposer d'une position qui sera une sorte de base d'assaut pour partir dans le Gourma, explique ainsi le capitaine François, commandant du site. Quand Barkhane est arrivée ici, il restait le mur d'enceinte, et un réseau électrique et d'assainissement à peu près en état. Il y avait aussi quelques zones bétonnées sur le camp, ce qui a permis de commencer à s'installer ».

Des katibas terroristes encore actives

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Dans la région du Gourma, plusieurs katibas terroristes sont encore actives. Gossi est située à 5 kilomètres de la base. La ville est considérée comme un carrefour de ravitaillement des groupes terroristes (GAT). Elle est située sur un axe vital : la route de Bamako.

Barkhane affiche sa présence dans Gossi depuis le début de l'année. Sur l’axe commerçant à l’entrée de la ville, le lieutenant Gauthier et ses hommes patrouillent en casque lourd et gilet pare-balles. « Depuis que Barkhane est à Gossi, la population a plus de facilité à circuler, car la RN16 est devenue beaucoup plus sûre, notamment grâce aux forces partenaires qui escortent les convois depuis l'ouest du Mali jusqu'à l'est. Le trafic reprend, on voit de plus en plus de bus sur le bord de la route et les gens reprennent un peu confiance pour circuler. C'est une bonne chose », se félicite le lieutenant Gauthier.

Carrefour économique

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À Gossi, Barkhane estime que la population est favorable à la force française, mais les habitants parlent parfois avec une certaine réticence. Vêtue d'un boubou coloré, une femme s'avance vers les militaires et s'adresse à eux dans un français hésitant. « Tout va bien »,dit-elle. « Lorsque Barkhane est là, la sécurité est là (...) On fait ce qu'on veut à présent, avant on avait dû s'en aller jusqu'à Bamako, depuis que Barkhane est revenue, nous sommes revenus ici. »

Plus loin sur le marché, dans son échoppe vide, Amil Alassane Maiga, cordonnier de métier, se désespère : à cause de l'insécurité, les clients ont déserté. « Rien ne marche. Même ceux qui ont les moyens ont peur de se déplacer à cause de l'insécurité, déplore-t-il. Si vous avez de l'argent avec vous, en cours de route, on vous braque et on vous le prend. Moi, je voudrais partir d’ici. »

En s'installant durablement à Gossi et dans la région, les militaires français et leurs partenaires maliens espèrent désormais reprendre le terrain longtemps laissé aux jihadistes et aux coupeurs de routes. (selon RFI)

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dimanche 19 mai 2019

Ghana : le fléau de la prostitution des enfants et des adolescentes

Des dizaines de milliers de mineures se prostituent au Ghana. Parmi elles, des enfants de moins de 10 ans. Sans que les autorités n’interviennent alors que la loi ghanéenne réprime ce genre de crime.

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« La plus jeune prostituée que j’ai vue avait 9 ans », a confié à une journaliste de la RTBF (radio-télévision belge) une responsable de l’association ghanéenne Women of Dignity Alliance. Le phénomène semble très répandu dans un pays qui jouit pourtant « d’une démocratie solide et d’une stabilité politique enviable » en Afrique de l’Ouest. Mais un pays où, selon l’ONU citée par Jeune Afrique, « la forte croissance économique des dernières années n’a entraîné aucune réduction significative du nombre de pauvres (24 % de la population), tandis que celui des millionnaires en dollars n’a cessé de croître ».

Selon une enquête très fouillée de l’hebdomadaire Der Spiegel, on compterait plus de 100 000 enfants qui vendent leurs corps dans les grandes villes du pays. Leurs clients ? « Généralement des hommes âgés entre 40 et 50 ans », dixit la RTBF. La situation du Ghana attire investisseurs (notamment chinois) et touristes (notamment européens), dont certains viennent notoirement pour le sexe.

Les prostituées ont souvent rompu avec leurs familles. Des familles où l’on compte de nombreux enfants (pour une population de quelque 28 millions d’habitants). « Rien ne changera si les gens continuent à avoir 15 enfants. Les parents sont contents quand l’un d’eux disparaît. Cela signifie pour eux une bouche de moins à nourrir », a expliqué au Spiegel un volontaire de l’ONG Defence for Children International (DCI).

Entre 4 et 7 euros la passe

Si elles disparaissent du foyer parental, les mineures réapparaissent ensuite dans les rues d’Accra, la capitale, ou dans d’autres grands centres urbains du pays. Là, elles sont « prises en charge » par des souteneurs qui les prostituent. Des réseaux qui, grâce à leurs complices, contrôlent tous les faits et gestes de ces enfants et leur soutirent leurs gains : entre quatre et sept euros la passe, jusqu’à cinq fois par nuit.

Les adolescentes « préfèrent les clients étrangers » qui payent davantage et « ont tendance à moins (les) frapper », constate le Spiegel. Car la violence est leur quotidien.

Apparemment, leur sort ne semble guère émouvoir les autorités. Pourtant, sur le papier, la loi ghanéenne punit d’une peine d’environ 15 ans de prison « le fait d’avoir une relation tarifée avec une mineure », rappelle l’association Women of Dignity Alliance. « Mais cette loi est finalement très peu appliquée car il faut que la police soit témoin de l’échange d’argent. » Peut-être aussi parce que la situation profite à bien du monde dont « des agents de police corrompus » (Der Spiegel)…

Et l’avenir de ces enfants dans tout ça ? A DCI, on tente de les remettre sur les bancs de l’école. Avec très peu de succès. Même si l’on observe quelques (très) rares cas qui s’en sortent. « Quand je serai grande », a expliqué une petite de 13 ans au Spiegel, « j’aimerais être infirmière », ou coiffeuse, « ou avoir une famille »… Mais peut-on vraiment voir si loin quand à cet âge on doit se prostituer pour survivre, loin de sa famille…

  • source : Franceinfo Afrique

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mardi 14 mai 2019

De la Chine au bassin du Congo, la mafia du bois

L’ONG  britannique « Environmental Investigation Agency  INC »vient de mettre à jour une filière « criminelle »  du commerce  international du bois en Afrique centrale dont un groupe chinois, Dejia Group, est le maitre d’oeuvre. 

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Il en est du bois précieux tel l’Okoumé, comme de l’héroïne.  Son commerce – illicite- peut rapporter énormément d’argent. Des millions de $ selon l’ONG  britannique « Environmental Investigation Agency  INC» (sic !) qui vient de rendre public un rapport de 80 pages qui es tle fruit d’une *enquête de quatre longues années

Cette ONG spécialisée dans la dénonciation des « crimes environnementaux »  présente la particularité, afin  de remplir sa mission,  de recourir aux « undercover investigations » soit d’utiliser des « infiltrés » sur le même modèle donc, que les services spécialisés dans la lutte contre les narcos -trafiquants. 

Ses récentes investigations mettent en cause de hautes personnalités gabonaises et congolaises, mais aussi le groupe chinois Dejia Group, un des leaders mondial  du secteur forestier. 

Le bois américain contaminé

Rien de vraiment nouveau sous le soleil, estimeront certains. Pourtant l’enquête d’EIA ne se limite pas à ce constat. Elle tend a démonter que, du  bassin du  Congo, en passant par l’empire du Milieu, c’est aujourd’hui une bonne partie de la filière bois des Etats unis qui aujourd’hui est contaminée avec un bois ou ses dérivés, coupés ou exporté illégalement, ceci suite à la mise en place  d’une vaste entreprise de corruption des responsables gabonais ou congolais ;

Bref un bois présentant tous les divers labels exigés par la réglementation internationale mais pourtant pourri de la tête aux pieds :

Il semble que même sous le règne du très climato sceptique Donald Trump – et à l’aune des relations sino –américaines- cela ne fasse pas rire les Yankee dont les « Bricorama » locaux proposent désormais aux consommateurs américains, attelés à se construire une petite maison dans la prairie, toute les déclinaisons d’un bois 100 %  « made in  corruption ». 

1,5 million d’hectares

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Cible principale de l’ONG  le groupe Dejia, contrôlé par le magnat chinois Xu Gong De,  qui gère au bas mot  1, 5 millions d’hectares de forêts tropicales au Gabon et au Congo. (La chine est le principal importateur de bois du bassin du Congo, ce pour une valeur estimée à 800 millions de $. Aucune loi n’y régit l’importation de bois illégal).  C’est l’un des groupes forestiers les plus influents d’Afrique. M. Xu est présent dans la région et tout spécialement  au Gabon depuis le début la fin des années 80 où il a été « attiré à l’époque par son proche parent, » Jean Ping le chef de cabinet alors d’Omar Bongo devenu depuis l’opposant principal d’Ali Bongo (1). 

Ainsi les enquêteurs « sous couverts » d’EIA,  reprochent t-ils   à son groupe, entre autres délits et crimes,  d’avoir manipulé en 2016  le processus d’attribution de la concession forestière de Lebama au Congo (140 000 hectares), mais aussi la surexploitation illégale  d’espèces réglementées (15 000 arbres pour une seule filiale congolaise), et encore l’exportation d’agrumes  pour 80 millions de $ du Congo au-dessus du quota légal. (Entre 2013 et 2016). 

Enfin et pour faire bonne mesure,  la soustraction au titre de l’impôt au Gabon au Congo pour plusieurs millions de $. (3 à  7 millions de $ par an selon l’estimation plancher d’EIA)

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Autant de délits, qui bien que mis à jour localement,  sont restés impunis « à cause des pots de vin (versés par Dejia) régulièrement à des fonctionnaires de tous niveaux et aux décideurs, y compris certains ministres » précise l’ONG.

Le ministère des mallettes 

Mister XU et son groupe entretiennent aussi les meilleures relations avec les dirigeants du Congo-Brazza : Denis Sassou N’Guesso et son inamovible  ministre de l’économie forestière Henri Djombo, (19 ans titulaire du poste). Mr Djombo a ainsi occupé ou occupe d’éminentes fonctions internationales : président de l’Organisation africaine du bois,  Président la Commission des Forêts d’Afrique Centrale, président du Bureau du conseil international de coordination du Programme sur l’homme et la biosphère de l’UNESCO. 

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Mr Djombo s’avère donc être l’une des plus éminente figure de la préservation de la forêt du bassin du Congo, deuxième massif forestier du monde après celui de l’Amazonie.  

Une sommité dont l’ EIA rapporte devenue  « l’un des proches alliés de la famille» XU et qu’ « en échange de ses services», une « mallette pleine d’argent liquide (lui) était fréquemment remise ». 

Selon les détails rapportés par les taupes d’EIA,  une « mallette » ne saurait contenir moins de 157 000 $.

Henri Djombo, vieux crocodile du Parti congolais du Travail (PCT),  ne serait donc  pas « de bois » et la « fréquence » évoquée  explique  comment en 2016, une filiale du groupe chinois, la Sicofor, a remporté haut la main, l’appel d’offre de « la dernière zone forestière disponible» en République du Congo. 

L’erreur d’Henri Djombo (recyclé depuis comme Ministre d’ Etat à l’Agriculture) est d’avoir été insuffisamment partageux. Nombre des informations ayant alimentées les investigations d’EIA « viennent tout droit de son ministère» assure à Mondafrique une source proche du dossier. 

« L’infâme association » 

Quoi qu’il en soit, le groupe chinois fort des services ainsi rendus pèse 36 % de tout le bois exporté du Gabon et du Congo Brazzaville vers les Etats-Unis et 40 % de l’Okoumé , (une essence particulièrement protégé ) utilisée par les consommateurs américains. Ceci à partir de filiales off shore basées à Hong Kong : «  Le groupe Djeia a pu introduire environ 25 millions de $ de produits de source illégale aux Etats Unis au cours des dix dernières années » estime EIA. 

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Certes  nombre des clients Yankee de Djeia ne découvrent ni  l’eau humide ni le caractère illégal de ces importations : Ainsi, Jim Green, patron d’Evergreen, premier importateur US d’Okoumé, n’abuse t-il pas lui de la langue de bois : «  Tout le monde réclame un pot de vin ; toute la machine doit être graissée pour que les choses marchent bien. Je m’en fiche, je le comprends, c’est comme ca que ca fonctionne. Je le fais ». 

« Business is business » certes, mais cette relation commerciale n’en est pas moins qualifiée d’ « infâme association » par EIA qui relève que ,de fait, c’est l’ensemble la chaîne d’approvisionnement en bois des Etats Unis qui est contaminée. Des millions de consommateurs américains participent, malgré eux, par leurs achats d’un bois certifié « vert » à la pérennisation d’un vaste système de corruption, d’exploitation illégale de la forêt et d’évasion fiscale massive.

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Ce soutient indirect à la « mafia chinoise du bois » irrite d’autant plus l’administration US que Washington est en pleine guerre commerciale avec Pékin. La publication du rapport  intervient alors même que Brazzaville est depuis des mois en pleine renégociation de sa dette avec le FMI, soit près de 10 milliards de $ et dont les chinois détienne au bas mot  30 %. Et  les USA sont aussi les premiers contributeurs financiers du  FMI… 

Dans ce contexte explique à Mondafriqueun opposant congolais qui a suivi de près et participé à l’enquête d’EIA, « cette affaire de bois toxique est explosive. Au delà des considérations environnementales et réglementaires, renflouer Brazzaville, revient pour les américains à financer les fraudes fiscales  des entreprises chinoises au détriment de l’Etat congolais »

Autrement dit Washington devrait ainsi subventionner les exportation frauduleuses chinoises sur son propre territoire. 

Et d’en déduire que  « ne va pas passer comme une lettre à la poste !

(1) Jean Ping est le neveu de Mister XU,  magnat du groupe Dejia, et «principal contributeur de sa dernière campagne présidentielle » selon des confidences recueillies par l’ONG. 

A Libreville on promet de  « recouper », à Brazzaville on reste de marbre.   

Dans un communiqué alambiqué en date du 29 mars 2019,  le ministre Gabonais des Forets et de l’Environnement, Guy-Bertrand Mapangou, indique  s’interroger  « sur les véritables objectifs poursuivis par les auteurs de cette enquête à charge et au caractère inquisitoire, alors que la règle en la matière impose l’impartialité qui suppose le respect des principes tels que la présomption d’innocence, le contradictoire, etc. » (sic).

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Mais c’est pour préciser ensuite  que : «  le Gouvernement gabonais rejette ces accusations et la tentative maladroite des auteurs de l’enquête menée, visant à discréditer le Gabon à partir d’actes isolés qu’aurait commis un opérateur privé ». 

Et d’expliquer que les autorités ont ouvert  leur propre enquête « afin de mieux recouper ces allégations et se réserve le droit de poursuivre les auteurs de tous ces actes répréhensibles, dès que la lumière sera faite ».

Du pain sur la planche pour le ministre déjà mobilisé par l’opération anti-corruption baptisée  « Mamba » et initiée peu avant les révélations d’EIA avec pour objet d’éradiquer « la mafia »,  selon les propres termes du ministre, qui gangrénerait son administration.  

Les tentatives de Mondafrique d’obtenir une réaction de la SICOFOR  à Pointe Noire et de M. Henri Djombo (auteur d’un ouvrage joliment titré «  les bénévoles »)  sont restées infructueuses. (Une enquête d’Eric Laffitte, journaliste à "Mondafrique")

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mardi 9 avril 2019

Accidents de la route au Cameroun

La surcharge, l'une des principales causes

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S’il y a une pratique qui a pris droit de cité dans le paysage du transport en commun au Cameroun, c’est bien celle de la « surcharge ». La surcharge est la pratique qui consiste à mettre une personne de plus au niveau du siège passager à côté du chauffeur. De ce fait au lieu d’une personne vous en trouverez deux. La pratique s’étend même sur les « bendskins (moto taxis)» où on retrouve trois voire quatre personnes sur une moto.

A l’intérieur, 11 adultes et un bébé. Sans compter les bagages à l’arrière et sur le toit. « C’est tout à fait normal pour nous qui desservons ces lignes. Je porte trois personnes devant et je partage mon siège avec l’une d’elle. C’est ce qu’on appelle « petit chauffeur ». Comme la voiture est large à l’arrière, je fais asseoir quatre personnes adultes. Et elles portent les autres clients. C’est comme cela que nous nous débrouillons. Les voyageurs et nous n’avons pas le choix : les routes qui vont chez eux sont mauvaises et rares sont les voitures qui les desservent », explique tranquillement le chauffeur.«

C’est devenu une habitude. Il est quasiment impossible de se déplacer, assis seul sur le siège avant. Même si vous proposez une forte somme, les taximen vous « bâchent ». Si vous insistez, le chauffeur vous demande de descendre de sa voiture et d’aller acheter la vôtre », déclare Patrick Nlend, élève et habitué des taxis. La situation n’est guère reluisante du côté des motos taxis.

Cela se voit pourtant qu’il est mal installé et doit faire une gymnastique inappropriée entre les jambes de ses clients pour passer les vitesses. La surcharge, cause de nombreux accidents de la circulation sur nos routes, est l’activité la mieux partagée des automobilistes. Dans le transport urbain ou interurbain. Un tour dans les artères de nos villes et campagnes, et chacun peut constater que la pratique est bien incrustée. 

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Les transporteurs clandestins, appelés clandos opèrent dans des régions données de chaque ville comme les quartiers; il leur est interdit de circuler dans les routes à grandes circulations, même si certaines dérives sont souvent constatées. Mais plus que de simples clandestins, il s’agit en fait de débrouillards qui essayent de lutter contre le chômage en se lançant dans le transport en commun. On distingue aussi les Bendskin, qui sont des conducteurs de motos dits motos-taxis, qui ont l’art de ne pas respecter les lois prescrites et qui conduisent dangereusement. À l’origine de nombreux accidents notamment dans la ville de Douala, un pavillon a même été baptisé à l’hôpital Laquintinie de Douala « Pavillon Bendskin ». Ces derniers sont pourchassés depuis de nombreuses années, an qu’ils respectent les règles, soit l’obtention d’un permis de conduire approprié et des papiers de véhicules, pour qu’ils exercent dans les domaines qui leur sont réservés.

Le Cameroun compte près de 230 000 km de routes principales, dont 4 300 bitumées et bien aménagées, quoique le trac  y soit souvent perturbé à cause des gros porteurs ainsi que les péages intempestifs.

Le financement de l’entretien des routes est assuré par le fond routier, créé en août 1998 et placé sous la tutelle du ministère des nances. Une part importante (environ 1/3) du budget d’investissement de l’État revient au réseau routier, qui devrait bénécier en outre d’une enveloppe de 5,6 milliards d’euros que l’Union européenne a décidé, dans le cadre du dixième Fonds européen (2008-2013), d’aecter aux grands axes routiers africains. Le développement des échanges au sein du continent, l’intégration régionale, le désenclavement des territoires condamnés à l’autarcie, l’accès à de nouveaux marchés, notamment à l’exportation, sont autant d’objectifs communs au Cameroun et au reste de l’Afrique.

L’effacement de la dette devrait permettre de concentrer des enveloppes budgétaires massives sur le réseau routier. Le programme sectoriel 2006-2015 dénit un réseau prioritaire de 23 000 km et prévoit le bitumage de 200 km de routes par an. Avec la France, les C2D (Contrats de Désendettement et de Développement) seront en partie consacrés au nancement des travaux. Les transports au Cameroun ont un rôle important dans la question du développement du pays, qui nécessite une infrastructure adéquate an de faire face à la croissance démographique, au déplacement des populations vers les villes, ainsi qu’aux nouvelles exigences économiques.

Emmanuel Batamag - Afrik.com

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lundi 25 février 2019

Sierra Leone : heurts mortels chez les Bolloré

Une vingtaine d’ONG alertent sur de graves violences survenues fin janvier / début février autour des plantations de palmiers à huile détenues par la société luxembourgeoise Socfin, dont le milliardaire français Vincent Bolloré est l’un des principaux actionnaires. Deux hommes ont été tués et des milliers d’habitants déplacés.

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Deux morts, des villageois battus par les forces de l’ordre et des milliers d’autres fuyant leurs domiciles dans le chefferie de Sahn Malen, dans le sud-est de la Sierra Leone : ces événements d’une extrême gravité se sont déroulés le lundi 21 janvier dans les villages riverains d’une plantation de palmiers à huile exploitée par SAC, une filiale de la multinationale luxembourgeoise Socfin dont les deux principaux actionnaires sont l’homme d’affaires belge Hubert Fabri (50,2% du capital) et le groupe français Bolloré (38,7%), contrôlé par le milliardaire Vincent Bolloré. Outre l’huile de palme, un marché en pleine expansion, Socfin est également spécialisée dans la culture de l’hévéa dont est extrait le caoutchouc naturel.

Selon une vingtaine d’organisations de la société civile, la répression à Sahn Malen est intervenue après le déclenchement d’une grève pour protester contre les mauvaises conditions de travail et les faibles rémunérations des employés de SAC. Ce mouvement s’inscrit dans un conflit plus large sur l’occupation des terres, soit plus de 18 000 hectares, dont Maloa, une association de défense des riverains, juge qu’elles ont été accaparées par la multinationale. «Avant, nous avions de quoi cultiver et nous pouvions nourrir nos familles, ça allait plutôt bien. Maintenant, nos villages sont dans la plantation, Socfin a pris nos terres, nous ne pouvons plus cultiver, nous n’avons plus de nourriture. Nous dépendons entièrement de Socfin pour le travail», témoignait en octobre dernier une représentante des riverains, invitée au Luxembourg par un collectif d’ONG (lire ci-dessous). L’élection du président Julius Maada Bio, en mars 2018, leur avait pourtant fait espérer une résolution du conflit foncier.

En ce qui concerne les événements de ces derniers jours, la grève aurait démarré le lundi 16 janvier et entraîné l’intervention du représentant de l’État sierra-léonais dans la région, le Resident Minister South, qui a demandé aux employés de reprendre le travail.

Habitants molestés et villages désertés

Lundi 21 janvier, des policiers et militaires ont débarqué dans plusieurs villages, certains se déplaçant dans un véhicule 4×4 de Socfin en compagnie de deux employés de la société, selon un communiqué diffusé par des ONG locales et européennes. Un journaliste de la BBC, qui s’est rendu sur place les jours suivants, a décrit des villages désertés par leurs habitants qui ont fui dans les forêts et villages voisins. Il a rapporté les témoignages de villageois frappés par les forces de l’ordre ayant également tenté de leur extorquer de l’argent. Quinze personnes ont été arrêtées, dont un député indépendant, Shiaka Sama, qui a néanmoins été libérés mardi, tandis que les autres restaient emprisonnés.

Selon une délégation de défenseurs des droits humains qui s’est également rendue sur place, quelque 2 500 personnes sont réfugiées dans des localités voisines. Dans un compte rendu de leur mission portant sur les violences survenues entre le 16 et le 25 janvier, ils affirment que «des membres présumés de la sécurité d’État» sont intervenues pour «protéger» la SAC.

Dix-sept ONG, dont Amnesty International et FIAN Belgique, ont en outre exprimé par communiqué leur préoccupation quant à l’usage «excessif» de la force par la police et l’armée à Sahn Malen. Un collectif d’organisations civiles luxembourgeoises a également réagi à ces événements.

Pour leur part, les autorités sierra-léonaises mettent ces violences sur le compte de rivalités politiques locales mais surtout sur celui de l’interdiction des rites initiatiques pratiqués par la société secrète traditionnelle Poro pour préparer filles et garçons à entrer dans l’âge adulte.

Cette dernière explication est également avancée par Socfin dans un communiqué diffusé uniquement au Sierra Leone lundi, faisant état de «gangs de jeunes» qui auraient attaqué des locaux de Socfin et les forces de l’ordre, dont un membre aurait été blessé. Joint plusieurs fois hier par divers canaux, Socfin n’a pas donné suite aux questions sur ces événements et les accusations précises formulées à son égard.

(Fabien Grasser)

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vendredi 25 janvier 2019

Vers un incident diplomatique franco-italien ?

L’Italie accuse la France d’appauvrir l’Afrique avec le franc CFA.

FCFA

Luigi Di Maio, vice-président du Conseil italien a accusé la France d’appauvrir l’Afrique, notamment en maintenant la colonisation à travers le franc CFA, et d’être ainsi à l’origine du drame des migrants en Méditerranée. Une leçon qui n’est pas apprécié du tout côté français mais qui pourrait relancer le débat sur la monnaie africaine.

La France a convoqué L’ambassadrice d’Italie en France, Teresa Castaldo, après que le vice-Premier ministre italien ait accusé les Français d’exploiter l’Afrique et d’alimenter les migrations. Dimanche, en effet, Luigi di Maio a appellé l’Union européenne à imposer des sanctions à la France pour ses politiques en Afrique ajoutant que la France « n’a jamais cessé de coloniser des dizaines d’États africains« .

Les relations entre la France et l’Italie sont plus tendues que jamais, les deux pays transalpins procèdent de plus en plus régulièrement à des joutes verbales sur la question des migrants. M. Di Maio, dirigeant du Mouvement des cinq étoiles (M5S), a par ailleurs soutenu les manifestants « gilets jaunes » en France, les exhortant à continuer leur combat renoncer et leur offrant si besoin du soutien.

Mais le coeur des échanges actuels concerne l’Afrique et les attaques de Luigi di Maio sont assez violentes car il considère que la question des migrants est largement le fait de la politique africaine de la France  : « Si aujourd’hui il y a des gens qui partent, c’est parce que certains pays européens, la France en tête, n’ont jamais cessé de coloniser des dizaines de pays africains», explique-t-il,  en poursuivant « il y a des dizaines de pays africains où la France imprime une monnaie, le franc des colonies et avec cette monnaie elle finance la dette publique française (…) Si la France n’avait pas les colonies africaines, parce que c’est ainsi qu’il faut les appeler, elle serait la 15e puissance économique mondiale alors qu’elle est parmi les premières grâce à ce qu’elle est en train de faire en Afrique ». « L’UE devrait imposer des sanctions à la France et à tous les pays comme la France qui appauvrissent l’Afrique et obligent ce peuple à partir« , a-t-il encore déclaré.

Voilà qui ne va pas manquer de relancer le débat sur l’avenir du Franc CFA. Le 18 février 2018, Poutine avait déjà lancé un ultimatum de 6 mois à Macron, pour qu'il annulle cette monnaie.

L’ambassadrice italienne en France, Teresa Castaldo, a été convoquée lundi au ministère des Affaires étrangères à Paris. Selon des sources diplomatiques françaises citées par l’agence de presse italienne Ansa, les propos de M. Di Maio sont « hostiles et sans motif compte tenu du partenariat entre la France et l’Italie dans l’Union européenne« .

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