vendredi 27 mars 2020

Coronavirus : état d’urgence en Côte d’Ivoire

En vue de lutter plus efficacement contre le coronavirus, les autorités ivoiriennes ont décidé d’instaurer un couvre-feu qui tend vers un confinement progressif dans un contexte général marqué par la montée de la maladie dans le pays.

abidjan

Pays de 26 millions d’habitants, la Côte d’Ivoire a enregistré officiellement 25 cas de Covid-19, et aucun décès selon le dernier bilan publié dimanche. Pour mieux se protéger contre de nouvelles infections, la Côte d’Ivoire pris un certain nombre de mesures dont la fermeture de ses frontières depuis le lundi 23 mars à minuit. Tous les établissements scolaires avaient été fermés la semaine dernière et tous les événements sportifs et culturels suspendus, ainsi que les cultes religieux.

A ces mesures s’ajoute désormais un couvre-feu dans un contexte où le chef de l’Etat Alassane Ouattara a décidé d’instaurer l’Etat d’urgence. « Face à la progression de la pandémie (…), je déclare l’état d’urgence sur toute l’étendue du territoire (…), l’instauration d’un couvre-feu de 21h à 5h du matin à partir du 24 mars (…), le confinement progressif des populations par aire géographique en fonction de l’évolution de la pandémie » a-t-il précisé lors d’une allocution télévisée lundi.

Parmi les autres mesures prises, le président a annoncé la fermeture de tous les maquis et bars à partir de minuit ce lundi et la régulation des transports interurbains avec « l’interdiction des déplacements non autorisés entre Abidjan et l’intérieur du pays ». Le président Alassane Ouattara qui a également annoncé un plan de riposte national d’un montant de 95,8 milliards de francs CFA contre l’épidémie n’a pas précisé la durée de ces nouvelles mesures.

« Dans cette lutte contre la propagation du Covid-19, notre principal ennemi sera l’indiscipline et le non-respect des consignes de prévention », a souligné le président. Son appel aux ivoiriens pour « l’union sacrée » afin de vaincre la maladie semble doublé d’un appel au civisme à travers le respect scrupuleux des mesures instaurées pour le bien-être des populations.

Ebony T. Christian (dans "Eburnie today")

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vendredi 13 mars 2020

Lutte anti-terroriste au Sahel

Les Européens « mal coordonnés », selon un général américain 

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D’après le chef du commandement américain pour l’Afrique (Africom), le général Stephen Townsend, non seulement les opérations antijihadistes des Européens au Sahel ne sont ni suffisantes, mais ni assez coordonnées aussi, a-t-il souligné mardi, notant que les groupes jihadistes qui opèrent dans cette région visent davantage l’Europe que les Etats-Unis.

« Beaucoup d’aide (militaire) occidentale arrive dans cette région, de la part des Européens, des Français et des Européens avec le soutien des Etats-Unis. Je pense qu’elle est insuffisante et mal coordonnée », a déclaré le haut responsable militaire américain alors qu’il était questionné par les élus de la Chambre des représentants sur la revue de la posture américaine en Afrique actuellement menée au Pentagone.

Cette affirmation du général Townsend selon laquelle les jihadistes opérant dans cette zone étaient plus dangereux pour l’Europe que pour les Etats-Unis  intervient alors que les élus s’inquiétaient du risque pour les Etats-Unis d’un retrait militaire américain du Sahel. « Les problèmes issus de l’Afrique de l’Ouest se manifesteront en Europe avant de se manifester en Amérique », a-t-il affirmé.

Théâtre depuis 2012 d’une crise multiforme qui a fait des milliers de morts et des centaines de milliers de déplacés, le Mali reste en proie aux agissements des groupes jihadistes, aux tensions intercommunautaires, fomentées ou attisées par ces mêmes jihadistes, et aux trafics de toutes sortes ébranlant l’autorité de l’Etat, qui ne s’exerce que sur des parties du territoire. Les violences se sont propagées du nord au centre du pays et aux voisins du Mali, le Burkina Faso et le Niger.

Selon l’ONU, Depuis 2016, le nombre de victimes des violences a été multiplié par cinq au Mali, Burkina et Niger pour atteindre environ 4.000 morts en 2019.

La France, mène une opération antijihadiste forte de 4.500 hommes au Sahel.  Elle s’est montrée particulièrement inquiète du réajustement annoncé des forces militaires américaines en Afrique bénéficie d’une aide logistique de Washington. (selon AFP Sahel)

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dimanche 8 mars 2020

Coronavirus et fake news

Beaucoup de bruit pour pas grand'chose...

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Un virus parti de Chine et qui envahit le monde entier ! On croit rêver, surtout lorsqu'on voit les explications à géométrie variable d'un continent à l'autre. Larticle ci-dessous, paru en Côte d'Ivoire dans "Eburnie.today", est édifiant !

Au moment où les cas de coronavirus augmentent dans le monde entier et notamment en Afrique, une vague de fake news accompagne l’épidémie. La Côte d’Ivoire n’échappe pas à la peur du nouveau virus et à la rumeur qui se repend comme une traînée de poudre.

A ce jour, 33 des 47 pays en Afrique subsaharienne disposent d’installations, d’équipements et de réactifs de test pour détecter le coronavirus contre deux seulement au mois de janvier. C’est une avancé notable en matière de protection et de prévention de la maladie. Mais l’autre épidémie qui risque de créer plus de panique que la maladie elle-même est celle des fake news autour du coronavirus. Une infodémie scrutée par Eburnie Today sur les réseaux sociaux et notamment les audios et messages WhatsApp sans fondements scientifiques et largement relayés. Voici les quatre (4) idées reçues et/ou fausses sur la maladie qui circulent le plus.

1 – Le coronavirus (Covid-19) n’infecte par les noirs et les africains

 FAUX : le coronavirus Covid-19 n’est en rien une maladie raciste comme certains veulent le faire croire. Des messages indiquant que la mélanine de la peau des africains est l’élément qui les protège de la maladie font leur bonhomme de chemin sur les réseaux sociaux mais ne sont pas scientifiquement prouvés. La maladie touche toutes les races et tous les continents. La preuve qu’un africain et/ou un noir peut être infecté par la maladie est le cas du jeune étudiant camerounais, Kem Senoua, touché par la maladie en Chine et dont le témoignage a été relayé par plusieurs médias. Être noir et africain n’est pas une prévention contre la maladie. Seul le respect des règles de prévention édictées par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) peuvent vous protéger et non la couleur de votre peau.

 2 – « Tous les médicaments du paludisme » soignent le coronavirus

FAUX : tous les médicaments antipaludiques ne sont pas cités dans le traitement des coronavirus. Seule la chloroquine a été ouvertement indiqué comme un antipaludique efficace dans le traitement du Covid-19 chinois. La chloroquine est active in vitro contre les coronavirus selon une recherche des scientifiques chinois publiée dans la revue BioScience Trends et menée dans une dizaine d’hôpitaux chinois depuis le début de l’épidémie de Covid-2019.  « Les résultats obtenus sur une centaine de patients ont démontré que le phosphate de chloroquine était plus efficace que les autres traitements », expliquent les scientifiques dans l’étude d’origine.

 3 – Tous ceux qui ont été infectés par le coronavirus sont morts

FAUX : toutes les personnes infectées par le coronavirus n’ont pas perdu la vie. Le nombre de cas du Covid-19 dans le monde s’élevait à plus de 100 000 selon l’Université Johns Hopkins, qui consolide les données de diverses autorités sanitaires nationales et régionales à travers le monde. On note également plus de 3 400 décès, dans 85 pays et territoires, la Chine étant le pays le plus touché, de très loin avec 3 000 morts (chiffres au moment de la publication de l’article le 06 mars 2019). Des personnes infectées par le virus ont pu être soignées et ont pu regagner leurs domiciles et sont au nombre de 55 753 toujours selon l'outil de suivi en temps réel de l’Université Johns Hopkins. Par exemple en France l’un des patients guéris aurait été traité avec le remdesivir (Gilead), un antiviral jugé prometteur. « Une petite molécule capable de gagner l’ensemble des compartiments de l’organisme et dont on sait qu’elle diffuse parfaitement dans les poumons, organe cible de la maladie » a déclaré le Pr Denis Malvy, responsable de l’unité une maladies tropicales et du voyageur du CHU Pellegrin (Bordeaux).

Selon les statistiques du Centre chinois de prévention des maladies, le Covid-19 fait plus de victimes chez les personnes âgées dans la fourchette des 50 ans et plus. Mais au-delà de l’âge, les personnes les plus exposées sont celles qui souffraient déjà de maladie chroniques comme le diabète, des maladies cardio-vasculaires, des maladies respiratoires ou l’hypertension. L’Organisation mondiale de la Santé (OMS) estime le taux de mortalité de la maladie entre 3 à 4% en se basant sur le nombre de cas confirmés.

 4 – Il y a un vaccin contre le coronavirus Covid-19 mais trop cher pour les africains

FAUX : il n’y a pas encore de vaccin contre le coronavirus Covid-19. Comme les maladies virales, le traitement actuel est avant tout un traitement symptomatique (traitements qui permettent de lutter contre ses symptômes). L’urgence sanitaire que représente le Covid-19 impose à la communauté scientifique une course au vaccin. Plusieurs vaccins sont à l’essai dont un aux USA avec des essais cliniques qui débuteront en avril 2020 et un en France (Institut Pasteur) devrait être testé en septembre 2020. Le laboratoire Migal en Israël indique aussi que ses équipes travaillent depuis quatre ans sur un vaccin sur le  coronavirus de la broncite infectieuse aviaire, qui a une grande similarité génétique avec le Covid-19 humain. Cependant les experts les plus optimistes estiment qu’il faudra entre 12 et 24 mois pour qu’un vaccin efficace soit sur le marché.

 5 – Il y a eu un cas de coronavirus en Côte d’Ivoire

 FAUX : il n’y a pas eu de cas de coronavirus en Côte d’Ivoire mais un cas suspect. Il y a une différence. La femme de 34 ans arrivée de Chine présentait des symptômes de la grippe et a été isolée pour observation. Après les tests médicaux d’usage, elle a été autorisée à regagner son domicile puisqu’elle n’était pas porteuse du virus mortel. C’est le cas de rappeler qu’il ne faut pas considérer toute grippe, éternuement et forte fièvre comme une infection au coronavirus. L’idéal en cas de symptômes de la grippe ou de doute sur son état de santé est de se rendre dans un centre hospitalier. Pour se protéger contre le coronavirus, l’OMS à publier des mesures d'hygiène à respecter.(Ebony T. Christian, Anderson Diédri & Traoré Bakhary, journalistes à "Eburnie.today")

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samedi 22 février 2020

Essaims de criquets en Afrique de l’Est

Les essaims de criquets qui s’abattent sur l’Afrique de l’Est sont arrivés au Soudan du Sud, ont annoncé mardi les autorités sud-soudanaises.

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Ces essaims qui dévastent les cultures ont déjà atteint le Kenya, l’Ethiopie, l’Erythrée, Djibouti, la Somalie, l’Ouganda, le Soudan et la Tanzanie.

Ils sont arrivée au Soudan du Sud lundi par la frontière ougandaise, dans le sud du pays, a indiqué le ministre de l’Agriculture Onyoti Adigo.

« Les criquets sont comme les humains, ils envoient une avant-garde pour vérifier s’il y a de la nourriture et si le terrain est favorable à la reproduction », a précisé le ministre.

Selon le représentant en Ouganda de l’Agence des Nations unies pour l’agriculture et l’alimentation (FAO), Meshack Malo, quelque 2.000 criquets ont déjà été repérés dans le pays.

D’après leur couleur jaune foncé, il s’agirait essentiellement d’individus à la recherche de zones de ponte, a-t-il souligné.

L’arrivée de ces criquets pourrait s’avérer catastrophique pour le Soudan du Sud, où 60 % de la population est déjà menacée par la faim, en raison des effets combinés de la guerre, de la sécheresse et d’inondations.

« Nous formons des gens pour l’épandage et nous aurons aussi besoin d’insecticides et d’épandeurs. Il nous faudra aussi des véhicules, voire des avions si cela empire », a énuméré le ministre. 

La FAO estime qu’il s’agit de la « pire situation » qu’a connue la Corne de l’Afrique en un quart de siècle concernant les criquets pèlerins.

Si le phénomène d’invasion s’aggrave, dans un an ou plus, cela serait considéré comme un fléau.

Il y a eu six grandes invasions de criquets au XXe siècle, dont la dernière s’est produite en 1987-89.

(Selon Afriquinfos et Agence France-Presse)

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dimanche 16 février 2020

Djibouti envisage de lancer son propre satellite

Djibouti envisage de lancer d'ici deux ans son propre nanosatellite, a annoncé mercredi l'Agence Djiboutienne d'Information (ADI).

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Une rencontre en ce sens s'est tenue ce même mercredi au Palais de la République entre le chef de l'Etat djiboutien, Ismail Guelleh, et le professeur français Laurent Dusseau, directeur du Centre spatial de l'Université de Montpellier et directeur de la Fondation Van Allen, connue pour son apport stratégique et financier pour la recherche scientifique et spatiale en France, a précisé l'ADI.

Au cours de cette rencontre, le président djiboutien a pu visionner une vidéo sur les procédés techniques et pédagogiques nécessaires à la construction d'un satellite.

Dans une déclaration faite à la presse à l'issue de sa rencontre avec le président Guelleh, le professeur Dusseau, a loué le niveau de l'enseignement supérieur à Djibouti.

"Je suis entièrement confiant que, d'ici deux ans, Djibouti pourra se doter de son propre satellite", a-t-il dit en substance.

Le ministre djiboutien de l'Enseignement supérieur et de la Recherche, Dr Nabil Mohamed Ahmed qui a pris part à cette rencontre, a quant à lui indiqué que le pays s'attellera rapidement à développer des compétences nationales en ingénierie de fabrication de nanosatellites... avec l'aide chinoise évidemment.

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mardi 4 février 2020

Sahel : Bientôt des renforts tchèques

Le Conseil des ministres de la République Tchèque a approuvé le 27 janvier 2020 un texte augmentant le nombre de militaires tchèques au Sahel. Si cette initiative est approuvée par le Parlement, une soixantaine de soldats pourraient contribuer à l’effort anti-terroriste. Selon la télévision publique tchèque, les militaires potentiellement déployés sur place seraient des membres d’unités spéciales basées dans la ville Moravie de Prostejov. « Le projet doit maintenant être présenté au Parlement et s’il est validé nous aurons un mandat pour nous joindre à l’opération Barkhane, avec un nombre maximal de 60 personnes, jusqu’au 31 décembre 2022 », a indiqué le ministre de la Défense, Lubomír Metnar, dans un communiqué. Selon le porte-parole du ministère, le déploiement pourrait s’opérer au début du deuxième semestre. Une période d’une année est pour l’instant envisagée, mais le ministre assure que si la situation l’exige, la mission sera prolongée. Prague fait partie des rares gouvernements européens à avoir répondu favorablement à l’appel de la France pour soutenir la nouvelle force Takuba, dont le déploiement est prévu pour 2020.

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samedi 25 janvier 2020

Macron isolé avec l'ECO pro-CFA

Cinq pays anglophones et la Guinée ont affiché leur opposition au projet de réforme du franc CFA qui doit devenir dès 2020 l’ECO annoncé par Alassane Ouattara à Abidjan. Avec à leur tête le Nigeria, ils ont affiché jeudi à Abuja leur désaccord sur une réforme qui semble dictée et soutenue par Paris.

fcfaLes six pays de la Zone monétaire ouest-africaine (WAMZ) ont « noté avec préoccupation la déclaration visant à renommer unilatéralement le franc CFA en ECO d’ici à 2020 », selon un communiqué publié à l’issue de cette rencontre entre les ministres des Finances et les gouverneurs des banques centrales. La WAMZ est composée du Nigeria, du Ghana, du Liberia, de la Sierra Leone, de la Gambie ainsi que d’un pays francophone, la Guinée (Conakry), qui ne fait pas partie de la zone CFA.

Ces pays estiment que « cette action n’est pas conforme aux décisions » de la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) en vue de « l’adoption de l’ECO comme nom de la monnaie unique » de toute la région, dont l’idée est débattue depuis bientôt 30 ans et a été relancée il y a deux ans. Un sommet réunissant les chefs d’Etat de la WAMZ est prévu bientôt pour décider de la conduite à tenir, précise le communiqué final.

L’annonce surprise du passage du franc CFA à l’ECO avait été faite par le président ivoirien Alassane Ouattara lors d’une visite à Noël de son homologue français Emmanuel Macron, l’un de ses principaux alliés politiques dans la région, au lendemain d’un sommet de la CEDEAO qui avait encouragé les efforts visant à mettre en place une monnaie unique ouest-africaine d’ici à juillet. Les pays anglophones ont pu voir, derrière ce changement de nom, une simple réforme du franc CFA, bien loin des ambitions initiales de monnaie unique qui rassemblerait toute l’Afrique de l’Ouest.

Huit pays francophones d’Afrique de l’Ouest (Bénin, Burkina Faso, Côte d’Ivoire, Guinée-Bissau, Mali, Niger, Sénégal et Togo), qui utilisent le franc CFA, avaient annoncé fin décembre leur décision de remplacer leur monnaie commune par l’ECO. Une manière de rompre symboliquement les liens très controversés avec la France, ancienne puissance coloniale, qui accueille notamment la moitié de leurs réserves de changes en échange de la convertibilité du CFA avec l’Euro. (Anderson Diédri, pour "Eburnie today")

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lundi 13 janvier 2020

12 janvier 1920 : France, souviens-toi

Le naufrage de "L’Afrique"

afriqueIl y a tout juste 100 ans, par une froide nuit de janvier, le paquebot "Afrique" coulait au large de Bordeaux dans une mer déchaînée. Parmi les quelques 600 passages, 192 tirailleurs sénégalais qui rentraient chez eux après avoir servi la France durant le premier conflit mondial. Il n'y eut en tout qu'une trentaine de survivants. Une tragédie injustement oubliée.

Il faut, cent ans plus tard, honorer la mémoire des 568 personnes qui périrent et des 192 tirailleurs sénégalais qui étaient à bord de ce paquebot et espéraient rentrer chez eux après avoir mené une guerre qui n’était pas la leur.

Les faits ne sont guère connus, absents des livres d’histoire, comme gommés de la mémoire dans un pays qui, pourtant, aime se raconter.

afrique1Pour ceux qui n’en ont jamais entendu parler, résumons. L’Afrique est un paquebot mixte de la Compagnie des chargeurs réunis (CCR). Pendant toute la durée de la Première Guerre mondiale, il a assuré la liaison Bordeaux-Dakar. Décoré de la légion d’honneur le 20 janvier 1919, son capitaine est Antoine Le Dû, 43 ans, un homme aimé et expérimenté. Le 7 janvier 1920, le permis de navigation est renouvelé au paquebot après une série de réparations. A priori en état de prendre la mer, il largue les amarres deux jours plus tard, à 19 heures, et entame la descente de la Gironde depuis Bordeaux. À bord, un équipage de 135 hommes. Les blanchisseurs sont des « indigènes sujets français », tout comme les neuf « boys ».

afrique4Pour le reste des passagers, Roland Mornet avance un chiffre de 467 personnes. Le nombre de militaires blancs ayant embarqué pour rejoindre Saint-Louis du Sénégal, Brazzaville ou le Tchad est longtemps resté sujet à caution.

« La confusion est plus grande encore concernant les tirailleurs qui ne sont sénégalais que de nom, hors 34 à destination de Dakar, c’est à Conakry que doivent débarquer 72 autres, mais sont-ils tous pour autant Guinéens ? demande Mornet. Certains sont peut-être Maliens. 86 doivent être laissés au warf de Grand-Bassam devant Abidjan. Si vraisemblablement beaucoup sont ivoiriens, il peut s’y trouver des Voltaïques. Ces hommes ont combattu sur le front de Salonique et à Gallipoli, c’est la raison pour laquelle ils ont été démobilisés plus tardivement que leurs camarades ayant combattu sur le sol français, les redoutables nettoyeurs de tranchées, rescapés des tueries d’Argonne, d’Artois, de Verdun ou des Flandres… », écrit l’ancien capitaine.

Trente-quatre rescapés

afrique2Le temps est mauvais, les marins savent qu’au sortir du fleuve, ce sera pire. Le 10 janvier au matin, L’Afrique atteint la mer, déjà grosse. À 10 heures, le chef mécanicien demande au capitaine de ralentir l’allure en raison de la présence d’eau dans la chaufferie. Antoine Le Dû obtempère, tandis qu’on cherche l’origine de la fuite. Le temps forcit, les pompes fonctionnent jusqu’à ce que des résidus de combustion du charbon viennent boucher les tuyaux d’aspiration. Au soir du 10 janvier, le navire commence à donner de la bande. Vers minuit, le commandant décide de dérouter, mais virer de bord s’avère impossible par manque de vitesse.

Antoine Le Dû lance un appel au secours par télégraphie sans fil (TSF) le 11 janvier, à 7 heures du matin. Le Cèdre et La Victoire, deux remorqueurs basés à Rochefort, reçoivent l’ordre de se préparer, tandis que Le Ceylan, autre paquebot de la CCR, se déroute à 8 h 20 pour porter secours à L’Afrique.

Le paquebot, privé d’énergie électrique, dérive dans le noir. Le Ceylan, qui ne peut prendre le risque de toucher le plateau de Rochebonne, doit s’éloigner. Vers 22 heures, L’Afrique heurte le bateau-feu en acier indiquant le haut-fond. Une nouvelle voie d’eau s’ouvre dans sa coque. Peu après trois heures du matin, ce 12 janvier 1920, le navire pique de l’avant et sombre.

Le lendemain matin, le Ceylan récupère neuf membres d’équipage et treize Sénégalais sur un radeau. L’un d’eux, Mamadou N’Diaye, décédera peu après. Il n’y aura en tout que 34 rescapés.

Sacrifice imposé des soldats « indigènes »

afrique5Dans les journaux, une certaine émotion… qui s’estompe vite avec la victoire surprise de Paul Deschanel sur Georges Clemenceau à l’élection présidentielle. Bien entendu, une enquête est aussitôt diligentée auprès des survivants et des experts pour établir les causes du drame. Des demandes d’interpellation sont déposées à l’Assemblée nationale et mises à l’ordre du jour, le 18 mars 1920, débouchant sur de longs débats – en particulier sur la responsabilité de la CCR et sur celle de la société de classification Veritas.

Dans les années qui suivent, entre 1923 et 1930, la CCR sera plusieurs fois assignée en justice par les familles des passagers – définitivement déboutées en juillet 1931. Seules celles des membres d’équipage ont, vraisemblablement, été indemnisées. Le mystère entourant la première voie d’eau ne sera jamais élucidé. Pour Roland Mornet, elle serait le fait d’une épave « tueuse » non répertoriée de l’estuaire qui aurait percé la carène de L’Afrique. L’épave gît aujourd’hui par 45 mètres de fond au nord du plateau de Rochebonne. La France, ingrate, a oublié les passagers de L’Afrique et le sacrifice imposé de ses soldats « indigènes ». En mémoire du drame, la Côte d’Ivoire a émis un timbre, en 1990. Mornet a lui-même bataillé pour l’installation d’une stèle, aux Sables-d’Olonne, en mémoire des naufragés, où leur mémoire sera honorée les 11 et 12 janvier prochain. Il en existerait une autre dans le cimetière de Conakry, à la mémoire des tirailleurs.

Mémoire

Est-ce suffisant ? Non. Dans cette tragédie, le destin des tirailleurs sénégalais qui rentraient chez eux interroge un pan complexe de l’histoire de France, puissance coloniale qui s’accapara les richesses et les chairs d’un continent. Les héros africains qui disparurent en cette nuit de janvier 1920, tout comme les rares qui survécurent, ont des noms. Lai Sako, Gore N’Diaye, Birame Sassoune, Amadou Diop… et nous n’écrirons pas « etc » : nous attendons que la France, par la voix de son président peut-être, prononce officiellement leurs noms, à haute et intelligible voix. Nous avons une dette envers eux.

Interpellé en 2016 par l’association Mémoires & Partages, qui a réalisé la seule exposition sur le naufrage et lancé un « plaidoyer pour les tirailleurs naufragés », le président François Hollande avait transmis le dossier à Jean-Marc Todeschini, Secrétaire d’État chargé des anciens combattants et de la mémoire. Depuis, le silence est pesant et il n’y a plus de Secrétaire d’État chargé des anciens combattants et de la mémoire.

Le vivre-ensemble n’est pourtant possible qu’en retrouvant la mémoire de certains moments de notre passé. L’occasion se présente aujourd’hui, 100 ans plus tard. La France et les États africains ont en ce sens une obligation. Les 192 tirailleurs attendent depuis trop longtemps.

Karfa Sira Diallo, auteur, fondateur de "Mémoires & Partages" et Nicolas Michel, journaliste, romancier

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samedi 14 décembre 2019

Macron contesté, même en Afrique

Les 5 présidents des pays du Sahel sommés de clarifier leur position

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Emmanuel Macron a "convoqué" et recevra les cinq présidents des pays du Sahel le 16 décembre prochain à Pau dans le sud-ouest de la France (les inviter à l'Elysée serait leur donner trop d'importance). Ce sera l’occasion pour ces derniers de clarifier leur position sur la présence des troupes françaises dans la région et aussi sur « l’ambiguïté » qui perdure selon le président français sur les mouvements anti-français.

Emmanuel Macron a besoin de clarifications afin de décider de maintenir ou non les troupes françaises dans le Sahel. C’est ce qui ressort d’une récente intervention du président français réagissant ainsi à la montée des mouvements anti-français au Burkina Faso, au Mali et au Niger notamment.  C’est à cet effet que les cinq Etats membres du G5 Sahel (Mali, Burkina Faso, Niger, Tchad, Mauritanie) sont attendus à Pau le 16 décembre prochain. Selon les propos d’Emmanuel Macron, « Ils nous doivent la clarté et le fait qu’ils nous demandent d’être là et qu’ils l’assument. Il faut que ce soit très clair et assumé par tout le monde, et pour le moment ce n’est pas suffisamment le cas ». Et d’ajouter, « j’ai besoin de ces clarifications pour continuer à maintenir la présence française », a-t-il insisté sur un ton ferme. Le n°1 français affirme que ce sera à l’issue de cette rencontre et de ce qui y sera dit qu’il « tirera les conséquences ».  « Je ne peux ni ne veux avoir des soldats français au Sahel alors que l’ambiguïté perdure à l’égard des mouvements antifrançais », a martelé Emmanuel Macron.

Depuis 2012 et les incursions meurtrières des djihadistes dans le Nord, la France alors dirigée par François Hollande s’était engagée aux côtés des forces armées maliennes à travers la Force Barkhane. Depuis le début de cette intervention, 38 soldats français sont morts dont 13 il y a une semaine dans la région du Liptako au Mali.

Depuis quelques temps, les populations et des activistes face à la résurgence des attaques terroristes estiment, inefficace la présence des troupes françaises dans la région du Sahel et le font savoir à travers diverses manifestations. Mais, en fait d'ambiguïté, la "Françafrique à la Macron"  n'en est-elle pas une ? Et au fait, les troupes françaises sont-elles chargées de défendre les populations du Sahel ? ou les intérêts des Bolloré, Bouygues, Vinci and co ?

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barkhaneAux dernières nouvelles, Macron aurait annulé ces convocations !

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vendredi 13 décembre 2019

Au Mali, menacé par la guerre et l’oubli...

... un patrimoine historique unique

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Biton Mamary Coulibaly, qui régna sur le royaume bambara de Ségou, repose depuis le XVIIIe siècle dans un tombeau en bordure du fleuve Niger. Mais dans un Mali où les préoccupations sécuritaires relèguent la culture au second rang, sa tombe risque de « tomber dans l’oubli », avertit un de ses descendants.

Le Mali, fort d’un passé riche et de la présence de dizaines d’ethnies, coeur de plusieurs empires qui ont régné sur l’Afrique de l’Ouest, s’est construit sur son histoire. Qui ne connaît la cité de Tombouctou, grand centre intellectuel de l’islam, mythique carrefour du commerce saharien dont les mausolées consacrés à ses 333 saints musulmans ont été partiellement détruits par les jihadistes, puis reconstruits grâce à l’Unesco, qui les a classés au patrimoine mondial de l’humanité? Ou encore la grande mosquée de Djenné, symbole de l’architecture sahélo-soudanaise? Ces deux joyaux, tout comme la falaise de Bandiagara (centre), en pays dogon, et le tombeau des Askia, dans le Nord, situés en zone de conflit, sont aujourd’hui inaccessibles. « Il faut qu’on préserve cette tombe, c’est notre culture traditionnelle à tous », estime Kokè Coulibaly, chef du village de Ségou-Koro, ancienne capitale du royaume bambara animiste qui s’étendait à l’époque de son ancêtre sur une bonne partie du Mali actuel. Edifiée à côté d’une mosquée ocre, la sépulture est entourée d’un mur dont une partie s’est effondrée.

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« Il faudra que nous nous en occupions tous, pour que le monde entier s’intéresse à notre patrimoine. Sans entretien, la tombe tombera dans l’oubli », explique à l’AFP le vieil homme édenté, vêtu d’un boubou blanc et coiffé d’un bonnet brun. Havre de tranquillité bordé d’arbres, le site est visité quotidiennement par à peine une cinquantaine de Maliens dont, ce dimanche-là, quatre trentenaires de Bamako qui profitent d’une visite familiale à Ségou pour venir voir la tombe de l’ancien roi. « C’est vrai qu’il y a un panneau qui explique, mais il faudrait autre chose pour qu’on remette en perspective le royaume et que les visiteurs comprennent vraiment où ils sont », estime l’un de ces visiteurs, Adama. Dans un pays en proie depuis 2012 à des insurrections indépendantistes, salafistes et jihadistes, ainsi qu’à des violences interethniques meurtrières, la culture a été reléguée au second plan et la sensibilisation des 18 millions de Maliens à leur patrimoine est semée d’obstacles.

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Dans le centre, où les violences d’abord cantonnées au nord se sont déportées depuis 2015, l’insécurité empêche d’accéder aux villages. « Presque la moitié des cercles (départements) sont inaccessibles », regrette le chargé de la mission culturelle de Ségou, Boukounta Sissoko, qui avait l’habitude de partir en brousse au contact des populations, à moto ou en pick-up. « Il faut mettre des moyens techniques et financiers à la disposition des professionnels de la culture pour qu’ils puissent avoir accès aux détenteurs du patrimoine, qui peuvent être des chefs de village, des chefs de tribu, des griots ou même des chefs de famille, afin qu’ils puissent à leur tour sensibiliser leur communauté », dit-il. Pour des raisons de sécurité, l’Etat avait interdit l’usage des pick-up et des motos, mode de transport privilégié des jihadistes et des bandits de toute sorte. Et même si cette interdiction a été levée en août à Ségou, Boukounta Sissoko n’a pas recommencé à sillonner les campagnes. Le chargé de mission privilégie à présent l’usage de la radio. « Les gens écoutent, c’est un bon moyen », dit-il, en plaidant pour un renforcement de ses moyens financiers.

S’approprier le récit national

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Face au conflit et son lot quasi quotidien de victimes, l’Etat, l’un des plus pauvres au monde, ne consacre cette année à la culture que 8,7 milliards de francs CFA (environ 13,3 millions d’euros), contre 278 milliards (plus de 423 millions d’euros) à la défense, selon la loi de finances. « Les pesanteurs du quotidien ne facilitent pas les choses, les gens sont pris dans des questions de survie », explique Doulaye Konaté, professeur d’histoire à l’Université de Bamako. « Mais il y a une question qui se pose sur l’appropriation du patrimoine, et cela date même d’avant la crise. Il faut que les jeunes trouvent leur place dans le récit national. Quand l’histoire paraît lointaine, quand ça ne prend pas pied dans leur quotidien, ça devient difficile », explique l’universitaire. A Ségou, la « journée nationale du Patrimoine », fin septembre, a fait un flop, n’attirant que quelques personnes. « Nous avons un héritage commun qui nous lie, malgré nos différences », estime le professeur Konaté, pour qui la culture et la connaissance de l’histoire des différentes ethnies doivent faire office de socle commun, dans un Mali où les violences entre communautés font des centaines de morts.(lu sur Afriquinfo.com, selon AFP)

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Posté par jl boehler à 05:55 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
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