lundi 25 février 2019

Sierra Leone : heurts mortels chez les Bolloré

Une vingtaine d’ONG alertent sur de graves violences survenues fin janvier / début février autour des plantations de palmiers à huile détenues par la société luxembourgeoise Socfin, dont le milliardaire français Vincent Bolloré est l’un des principaux actionnaires. Deux hommes ont été tués et des milliers d’habitants déplacés.

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Deux morts, des villageois battus par les forces de l’ordre et des milliers d’autres fuyant leurs domiciles dans le chefferie de Sahn Malen, dans le sud-est de la Sierra Leone : ces événements d’une extrême gravité se sont déroulés le lundi 21 janvier dans les villages riverains d’une plantation de palmiers à huile exploitée par SAC, une filiale de la multinationale luxembourgeoise Socfin dont les deux principaux actionnaires sont l’homme d’affaires belge Hubert Fabri (50,2% du capital) et le groupe français Bolloré (38,7%), contrôlé par le milliardaire Vincent Bolloré. Outre l’huile de palme, un marché en pleine expansion, Socfin est également spécialisée dans la culture de l’hévéa dont est extrait le caoutchouc naturel.

Selon une vingtaine d’organisations de la société civile, la répression à Sahn Malen est intervenue après le déclenchement d’une grève pour protester contre les mauvaises conditions de travail et les faibles rémunérations des employés de SAC. Ce mouvement s’inscrit dans un conflit plus large sur l’occupation des terres, soit plus de 18 000 hectares, dont Maloa, une association de défense des riverains, juge qu’elles ont été accaparées par la multinationale. «Avant, nous avions de quoi cultiver et nous pouvions nourrir nos familles, ça allait plutôt bien. Maintenant, nos villages sont dans la plantation, Socfin a pris nos terres, nous ne pouvons plus cultiver, nous n’avons plus de nourriture. Nous dépendons entièrement de Socfin pour le travail», témoignait en octobre dernier une représentante des riverains, invitée au Luxembourg par un collectif d’ONG (lire ci-dessous). L’élection du président Julius Maada Bio, en mars 2018, leur avait pourtant fait espérer une résolution du conflit foncier.

En ce qui concerne les événements de ces derniers jours, la grève aurait démarré le lundi 16 janvier et entraîné l’intervention du représentant de l’État sierra-léonais dans la région, le Resident Minister South, qui a demandé aux employés de reprendre le travail.

Habitants molestés et villages désertés

Lundi 21 janvier, des policiers et militaires ont débarqué dans plusieurs villages, certains se déplaçant dans un véhicule 4×4 de Socfin en compagnie de deux employés de la société, selon un communiqué diffusé par des ONG locales et européennes. Un journaliste de la BBC, qui s’est rendu sur place les jours suivants, a décrit des villages désertés par leurs habitants qui ont fui dans les forêts et villages voisins. Il a rapporté les témoignages de villageois frappés par les forces de l’ordre ayant également tenté de leur extorquer de l’argent. Quinze personnes ont été arrêtées, dont un député indépendant, Shiaka Sama, qui a néanmoins été libérés mardi, tandis que les autres restaient emprisonnés.

Selon une délégation de défenseurs des droits humains qui s’est également rendue sur place, quelque 2 500 personnes sont réfugiées dans des localités voisines. Dans un compte rendu de leur mission portant sur les violences survenues entre le 16 et le 25 janvier, ils affirment que «des membres présumés de la sécurité d’État» sont intervenues pour «protéger» la SAC.

Dix-sept ONG, dont Amnesty International et FIAN Belgique, ont en outre exprimé par communiqué leur préoccupation quant à l’usage «excessif» de la force par la police et l’armée à Sahn Malen. Un collectif d’organisations civiles luxembourgeoises a également réagi à ces événements.

Pour leur part, les autorités sierra-léonaises mettent ces violences sur le compte de rivalités politiques locales mais surtout sur celui de l’interdiction des rites initiatiques pratiqués par la société secrète traditionnelle Poro pour préparer filles et garçons à entrer dans l’âge adulte.

Cette dernière explication est également avancée par Socfin dans un communiqué diffusé uniquement au Sierra Leone lundi, faisant état de «gangs de jeunes» qui auraient attaqué des locaux de Socfin et les forces de l’ordre, dont un membre aurait été blessé. Joint plusieurs fois hier par divers canaux, Socfin n’a pas donné suite aux questions sur ces événements et les accusations précises formulées à son égard.

(Fabien Grasser)

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vendredi 25 janvier 2019

Vers un incident diplomatique franco-italien ?

L’Italie accuse la France d’appauvrir l’Afrique avec le franc CFA.

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Luigi Di Maio, vice-président du Conseil italien a accusé la France d’appauvrir l’Afrique, notamment en maintenant la colonisation à travers le franc CFA, et d’être ainsi à l’origine du drame des migrants en Méditerranée. Une leçon qui n’est pas apprécié du tout côté français mais qui pourrait relancer le débat sur la monnaie africaine.

La France a convoqué L’ambassadrice d’Italie en France, Teresa Castaldo, après que le vice-Premier ministre italien ait accusé les Français d’exploiter l’Afrique et d’alimenter les migrations. Dimanche, en effet, Luigi di Maio a appellé l’Union européenne à imposer des sanctions à la France pour ses politiques en Afrique ajoutant que la France « n’a jamais cessé de coloniser des dizaines d’États africains« .

Les relations entre la France et l’Italie sont plus tendues que jamais, les deux pays transalpins procèdent de plus en plus régulièrement à des joutes verbales sur la question des migrants. M. Di Maio, dirigeant du Mouvement des cinq étoiles (M5S), a par ailleurs soutenu les manifestants « gilets jaunes » en France, les exhortant à continuer leur combat renoncer et leur offrant si besoin du soutien.

Mais le coeur des échanges actuels concerne l’Afrique et les attaques de Luigi di Maio sont assez violentes car il considère que la question des migrants est largement le fait de la politique africaine de la France  : « Si aujourd’hui il y a des gens qui partent, c’est parce que certains pays européens, la France en tête, n’ont jamais cessé de coloniser des dizaines de pays africains», explique-t-il,  en poursuivant « il y a des dizaines de pays africains où la France imprime une monnaie, le franc des colonies et avec cette monnaie elle finance la dette publique française (…) Si la France n’avait pas les colonies africaines, parce que c’est ainsi qu’il faut les appeler, elle serait la 15e puissance économique mondiale alors qu’elle est parmi les premières grâce à ce qu’elle est en train de faire en Afrique ». « L’UE devrait imposer des sanctions à la France et à tous les pays comme la France qui appauvrissent l’Afrique et obligent ce peuple à partir« , a-t-il encore déclaré.

Voilà qui ne va pas manquer de relancer le débat sur l’avenir du Franc CFA. Le 18 février 2018, Poutine avait déjà lancé un ultimatum de 6 mois à Macron, pour qu'il annulle cette monnaie.

L’ambassadrice italienne en France, Teresa Castaldo, a été convoquée lundi au ministère des Affaires étrangères à Paris. Selon des sources diplomatiques françaises citées par l’agence de presse italienne Ansa, les propos de M. Di Maio sont « hostiles et sans motif compte tenu du partenariat entre la France et l’Italie dans l’Union européenne« .

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samedi 29 décembre 2018

RDC : Kinshasa expulse l’ambassadeur de l’Union Européenne.

L’ambassadeur de l’Union Européenne en République Démocratique du Congo (RDC), le belge Bart Ouvry, a jusqu’à samedi soir pour quitter le pays.

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Ce jeudi 27 décembre 2018, le ministre rd-congolais des Affaires étrangères, Léonard She Okitundu, a annoncé que l’ambassadeur de l’Union Européenne en République Démocratique du Congo, Bart Ouvry, a jusque samedi soir pour quitter ce pays d’Afrique centrale. Cette annonce est corrélative à la décision prise, en mi-décembre, par l’Union Européenne de renouveler ses sanctions à l’encontre de quatorze officiels congolais, dont le candidat du pouvoir Emmanuel Ramazani Shadary.

Bart Ouvry, qui n’avait pas été jusque-là prévenu, a appris son expulsion, ce jeudi, à 17 heures, lorsque le patron de la diplomatie rd-congolaise, a lu son communiqué devant tout le monde, soulignant qu’il « invite instamment le Conseil européen » à rappeler son ambassadeur sous 48 heures.

Et ceci après la prolongation d’un an, par l’UE, des interdictions de visa et le gel des avoirs de plusieurs personnalités jusqu'au 12 décembre 2019. "Ces sanctions consistent en un gel des avoirs et une interdiction de visa pour l'Union européenne visant 14 personnes. Elles ont été adoptées le 12 décembre 2016 et le 29 mai 2017 en réponse aux entraves au processus électoral en RDC et aux violations des droits de l'homme qui y étaient liées", avait expliqué le Conseil des ministres de l'Union européenne dans un communiqué publié lundi 10 décembre.., Kinshasa avait prévenu qu’il prendrait des mesures de rétorsion à l’encontre de l’institution. Menace qui vient d’être mise à exécution.

Voilà plus grave que la rocambolesque péripétie de Benalla au Tchad. Pourtant, on n'entend guère notre président Macron sur ce sujet.

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dimanche 23 décembre 2018

Tchad : la visite d'Emmanuel Macron suscite l'émoi

Emmanuel Macron, alors que les Gilets Jaunes en sont à l'acte VI, est en visite au Tchad samedi 22 décembre et dimanche 23 décembre. C'est la première fois que le président de la République arrive en visite dans ce pays qui est le principal allié de la France dans la lutte contre le terrorisme au Sahel. Mais cette visite suscite la polémique au sein d'une classe politique tchadienne qui ne comprend pas l'indifférence de la France face à la situation politique et sociale du Tchad, qui souffre de déficit démocratique et de libertés.

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L’opposition tchadienne qui s’est tenue informée de la visite d’Emmanuel Macron est vent debout contre la France et se pose des questions.

« On ne peut pas être président d’un pays dit "patrie des droits de l’homme et des libertés" et ami d’un chef d’Etat qui ne donne aucune possibilité à son peuple de s’exprimer avec tous leurs modes d’expressions et de jouir des ressources de leur pays. Monsieur Emmanuel Macron, la France est-elle amie du Tchad ou de Monsieur Idriss Deby Itno ? », interroge Max Kemkoye, président de l’Union des démocrates pour le développement et le progrès.

Le député et président d'un parti d'opposition, Ngarlejy Yorongar, dénonce aussi une visite qui vient conforter le pouvoir du président Idriss Déby.

« Pour moi, c’est inapproprié. Si Macron a pris la décision d’aller rendre visite à Idriss Déby qui a les mains pleines de sang, je dis bien pleines de sang, je crois qu’il est passé complètement à côté. Qu’est-ce Macron devrait dire au président Déby dès qu’il est là ? Qu’il lui dise que 28 ans c’est trop, bientôt 29 ans ; et qu’il essaye de retirer un peu son épingle du jeu. Il faut qu’il lui dise dans le creux de l’oreille que ce n’est pas bon, parce que nous ne sommes plus à l’époque où un chef d’Etat africain peut se permettre d’arrêter des gens, de les torturer, de les tuer... »

La Coordination des partis politiques pour la défense de la Constitution est tout aussi indignée, mais espère qu’en venant à Ndjaména, le président français appréhendera mieux ce que vivent les Tchadiens.

« On aurait aimé au moins que ce chef d'état s’intéresse un peu au calvaire que vivent les populations tchadiennes, estime Poddi Djimé Bichara, le porte-parole. La visite du président Emmanuel Macron devrait peut-être lui permettre de tâter du doigt les réalités du drame tchadien. »

macron

Les "gilets jaunes" assiégeant sa villa du Touquet, le président réveillonnera à Ndjaména. 

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lundi 17 décembre 2018

Trafic de voitures volées d'Europe vers l'Afrique

Les trafiquants de voitures volées en Europe

Côte d'Ivoire: trafic de voitures

Extrait d'article de "L'éléphant déchaîné" du 24 avril 2018 :

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"Un seul numéro de déclaration pour 118 voitures ! Ils n'ont peur de rien au G.U.A. (guichet unique automobile). Avec un seul numéro de déclaration créé en 2015, ils ont immatriculé plus de 100 véhicules de luxe dont la première mise en circulation a cependant été faite au premier trimestre de 2018 (voir encadré ci-dessous). Un numéro de déclaration de 2015 pour un dédouanement en 2018, bravo ! Ces véhicules ont été enregistrés sans respecter aucune procédure administrative ou fiscale !"

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lundi 10 décembre 2018

Véhicules exportés : scandale à l'arrivée en Côte d'Ivoire

A l'autre bout de la chaîne !

rfiA l'heure où l'on parle localement d'implantation d'autos-casses, il est intéressant de voir ce qui se passe en Afrique, alors que l'on sait que des voitures sont régulièrement acheminées d'Europe et de France vers ce continent.

Un article de RFI (Radio-France-International)

C'est un dossier qui fait couler beaucoup d'encre en Côte d'Ivoire en ce moment. Le scandale des véhicules non dédouanés révélé par nos confrères de « l'Eléphant déchaîné », et relayé depuis par certains journaux, implique des sociétés de transitaires, des éléments véreux des douanes et depuis mardi 22 mai, des personnalités politique, des affaires ou du monde de l'art. Cette arnaque aux droits de douane porte sur plusieurs milliards de francs CFA et des centaines de véhicules de luxe ou plus ordinaires.

Faire de fausses déclarations de dédouanement et empocher tout ou partie de la recette devant revenir aux caisses de l'Etat ivoirien était devenu la pratique favorite de quelques transitaires véreux et de douaniers peu scrupuleux.

L’article de l’Eléphant déchaîné de ce lundi 21 mai - document douanier à l'appui - met en exergue certains noms de personnalités ivoiriennes qui au bout de cette chaine de corruption récupèrent à leur insu ou peut-être pas, l'enquête policière le dira, des véhicules dont les droits de douanes n'ont pas été acquittés.

Selon l'hebdomadaire, on y trouve des noms aussi prestigieux que le chanteur Serge Beynaud, la patronne de Nsia Assurance Janine Kacou Diagou ou encore des sociétés de transports ou des ministres. Même le nom de Henri Konan Bédié, ancien président de Côte d'Ivoire, figure sur la liste des propriétaires de véhicules concernés affirme l'Eléphant déchaîné.

Déjà une dizaine d'arrestations

A ce propos, l'ex-chef d'Etat ne pouvait pas être au courant de l'arnaque disent ses collaborateurs. Joints par RFI ceux-ci expliquent en effet que la Range Rover et la Volvo qu'il possède sont deux cadeaux offerts par un homme d'affaires et que c'est à ce niveau qu'il pourrait y avoir malversation.

Pas de commentaire du côté du ministre de la Justice qui aurait réglé lui-même les frais de dédouanement aussitôt la malhonnêteté du transitaire découverte. Au ministère des Affaires étrangères si le ministre et son épouse roulent également dans des véhicules non dédouanés c'est qu'ils ont été « victimes d'agissement frauduleux » selon le service de communication.

Saisi du dossier, le procureur de la République a déjà mentionné une dizaine d'arrestations parmi les organisateurs du réseau et l'enquête devrait déterminer jusqu'où vont les complicités dans cette combine à la fraude douanière. (RFI du 23/5/2018)

Voici les "Une" du journal satirique ivoirien "L'éléphant déchaîné", équivalent de notre canard national.

- le 24 avril 2018 -

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- le 8 mai 2018 -

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- le 15 mai 2018 -

ED1505

- le 22 mai 2018 -

ED2205

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samedi 1 décembre 2018

Art africain : le rapport Sarr-Savoy

90.000 objets d’art africain seront rendus par la France

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Le rapport Savoy-Sarr a été remis vendredi au président Emmanuel Macron. Le document recommande à la France de changer sa loi pour renvoyer en Afrique des milliers d’œuvres d’art.

Le rapport a été rédigé par Bénédicte Savoy de France et Felwine Sarr du Sénégal. Les auteurs indiquent que toute œuvre d’art africain de l’époque coloniale qui se trouve aujourd’hui dans des musées français devrait être présumée avoir été acquise sans consentement éclairé, sauf preuve contraire. Ils veulent que la loi française soit modifiée pour que les pièces d’art puissent être rendues au pays d’où elles ont été sorties depuis des décennies. Le rapport Savoy-Sarr s’inscrit dans la droite ligne d’un processus entamé par le Président Emmanuel Macron lors d’une visite au Burkina Faso et qui vise à restituer de façon temporaire ou définitive des œuvres d’art aux pays africains de l’ex pré-carré colonial de la France.

Une restitution en 3 phases

La première étape dans la restitution des œuvres africaines consiste selon le rapport, à la prise de mesures législatives visant à rendre les restitutions d’objets d’art africain irrévocables. La seconde phase (2019-2022), devrait permettre un inventaire complet, faciliter l’accès et le partage des documents digitaux, mettre en place des commissions et des ateliers dans le cadre d’un « dialogue intensif ». A ce niveau, les pays africains « doivent être assurés que leurs demandes de restitutions seront reçues au-delà des cinq ans » préconise le rapport sur la base du laps de temps évoqué par Emmanuel Macron dans son discours de Ouagadougou en 2017.

La troisième phase, celle du transfert définitif des œuvres doit commencer en novembre 2022. Aucune date de fin n’est prévue pour cette phase et doit certainement s’étendre aussi longtemps que la dernière des œuvres ne quitte officiellement la France.

Si la loi française venait à être modifiée, la restitution pourrait concerner quelques 90.000 objets africains présents dans les collections publiques en France. Plus de 20.000 autres œuvres se trouvent dispersés dans de nombreux musées, notamment dans les villes portuaires de France. 70.000 objets d’art africain se trouvent dans le seul Musée du Quai Branly-Jacques Chirac. 46.000 ont été acquis durant la période 1885-1960 et sont donc susceptibles – selon le rapport Savoy-Sarr – d’être restitués.

Un "butin colonial" pris à différents peuples

Sur les 70.000 objets d’art africain se trouvant au Musée du Quai Branly-Jacques Chirac, les pièces venant du Tchad sont les plus nombreuses car son territoire est au point de jonction entre l’Afrique du nord et l’Afrique sub-saharienne. On les estime à 9.296. Suivent les objets pris à Madagascar (7.590), au Mali (6.910), en Côte d’Ivoire (3.951), au Bénin (3.157), au Congo (2.593), au Gabon (2.448), au Sénégal (2.281) et en Guinée (1.997).

Des pièces proviennent de territoires qui n’ont pas été colonisés par la France. Il s’agit de l’Ethiopie (3.081), du Ghana (1.656), du Nigeria (1.148) et de RD Congo (1.428). Les pièces d’Afrique australe (9.282) et d’Afrique de l’Est (5.343) sont moins nombreuses.

Les pièces ainsi évaluées en chiffre représentent un patrimoine important pour chaque peuple à qui ils ont été pris bien trop souvent de force lors de la période coloniale. Il s’agit d’objets sacrés ou à caractère initiatique transmis de génération en génération et qui se confondent à l’origine de ces peuples. Nous pouvons citer les masques initiatiques malinkés de Guinée, le masque de justice ikwara Punu du Gagon, les statuts d’offrande Bamanan du Mali ou les statuettes de fécondité bété de Côte d’Ivoire.

La pauvreté des collections africaines

Le rapport Savoy-Sarr révèle que d’autres grands musées européens ont aussi de larges collections africaines. Il s’agit du Musée Royal de l’Afrique Centrale de Belgique avec ses 180.000 pièces africaines, le British Museum et ses 69.000 objets africain, le Weltmuseum de Vienne avec 37.000 œuvres, le futur Humboldt Forum de Berlin et ses 75.000 pièces africaines et le Weltmuseum de Vienne 37.000 œuvres. Cette riche collection hors du continent fait pâlir d’envie les musées nationaux africains dont les collections n’excèdent pas souvent les 3.000 œuvres. Ces objets exposés dans quelques vitrines n’ont souvent pas une grande valeur artistique et historique.

La France et les pays d’origine des pièces à transférer devront élaborer – en commun – une méthodologie de restitution. Le retour de ces œuvres en Afrique serait une forme de réparation pour ce que certains intellectuels africains qualifient de crimes culturels liés à la colonisation.

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Bénédicte Savoy et Felwine Sarr : le rapport sur la restitution des œuvres d'art

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lundi 26 novembre 2018

Tanzanie : L’agrotourisme attire les touristes européens et asiatiques

La culture de l'oignon en nets progrès !

agriculture

La Tanzanie poursuit ses efforts visant à renforcer sa compétitivité touristique en Afrique. La nation sous la direction du président John Magufuli n’a pas réglé tous ses problèmes,  mais elle continue à montrer sa valeur sur la carte du monde. Le secteur du tourisme a subi un léger choc en 2017 en raison de la baisse des revenus de l’hôtellerie, mais il compte bien augmenter de nouveau ses revenus.L’agrotourisme a la capacité de développer le secteur agricole ainsi que de promouvoir le secteur du tourisme.

Le tourisme agricole est le prochain programme prioritaire dans le calendrier du pays afin d’attirer des recettes supplémentaires. Cette opportunité permettrait selon le Gouvernement d’éradiquer le taux élevé de pauvreté dans les zones rurales et de changer le statut social et économique des agriculteurs.

La Tanzanie prépare un forum qui a attiré les intérêts des touristes européens et asiatiques. Il vise à éclairer les consommateurs d’outre-mer d’où proviennent les oignons qu’ils importent.

La culture de l’oignon en Tanzanie depuis le plus longtemps a vu les entreprises d’oignons au Kenya «pleurer» pour l’aide, la Tanzanie se montrant très compétitive dans le secteur. Le Kenya et l’Ouganda ont été parmi les nations qui ont importé le produit car la nation de l’Afrique de l’Est a enregistré un succès dans l’élevage de l’oignon. Le Soudan du Sud a également été un importateur de la même chose, en augmentant les devises étrangères pour la Tanzanie.

Le quartier de Mangola, au nord de la Tanzanie, où se déroule la plus grande partie de la culture de l’oignon, est un lieu stratégique pour les touristes, car il se trouve dans les escarpements d’Eyasi, en bordure du lac Eyasi. La nouvelle forme de Geopark Tourism cherche à augmenter le nombre de touristes visitant le pays avec la Chine considérée comme un marché émergent pour le secteur du tourisme en Tanzanie. Avec des recettes accrues, la Tanzanie peut continuer à renforcer son statut économique, créer des opportunités d’emploi pour sa population et développer le secteur des entreprises.

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samedi 17 novembre 2018

Au Rwanda, les opposants vont en prison !

22 ans de prison requis contre l'opposante Diane Rwigara

rwandaLe parquet rwandais a requis mercredi 22 ans de prison contre l'opposante Diane Rwigara, accusée d'incitation à l'insurrection et de falsification de documents, lors d'un procès tenu en une seule journée à Kigali, a constaté un journaliste de l'AFP.

Diane Rwigara, 37 ans, avait tenté en vain de participer à l'élection présidentielle de 2017 contre le président sortant Paul Kagame, dont elle est devenue l'une des principales voix critiques.

"Nous requérons que Diane Rwigara soit emprisonnée 15 ans pour incitation à l'insurrection et sept ans pour falsification de documents", a déclaré un représentant de l'accusation.

Le parquet a également demandé 22 ans de réclusion contre Adeline Rwigara, "pour incitation à l'insurrection et promotion du sectarisme", dans un pays encore hanté par le génocide de 1994, qui fit plus de 800.000 morts essentiellement parmi la minorité tutsi.

Le verdict est attendu le 6 décembre et sera rendu par une formation de trois juges.

Diane Rwigara, sa mère et sa soeur Anne, avaient été arrêtées et emprisonnées en septembre 2017. Diane et sa mère ont été remises en liberté sous caution début octobre. La soeur avait recouvré la liberté un an auparavant, les charges pesant contre elle ayant été abandonnées.

Depuis son arrestation, Diane Rwigara dénonce des poursuites montées de toutes pièces et liées à son engagement politique, notamment sa tentative de se présenter à la présidentielle d'août 2017. La commission électorale avait invalidé sa candidature, arguant de plusieurs signatures falsifiées selon elle dans son dossier.

"Si vous osez critiquer le gouvernement, voilà ce qui arrive : vous vous faites arrêter, emprisonner ou vous perdez la vie. Je m'attendais à une forme de riposte", avait-elle déclaré lors d'un entretien à l'AFP en fin de semaine dernière.

Le rejet de la candidature de Mme Rwigara par la Commission électorale avait été critiquée par des gouvernements occidentaux et des groupes de défense des droits de l'homme.

M. Kagame, crédité de l'important développement d'un pays exsangue au sortir du génocide de 1994, est régulièrement accusé de bafouer la liberté d'expression et de museler toute opposition.

Il a été réélu le 4 août 2017 pour un nouveau mandat de sept ans avec près de 99% des voix, ce qui prouve un bon fonctionnement de la démocratie dans ce pays. Une réforme de la Constitution adoptée par référendum fin 2015 lui permet de potentiellement diriger le pays jusqu'en 2034.

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jeudi 15 novembre 2018

Compteurs Linky : la pacotille arrive toujours en Afrique

Pourquoi la Côte d'Ivoire a besoin de "compteurs électriques intelligents"

abidjanL'affaire remonte au 25 avril 2016 ! Le président Ouattara a pris du retard dans la mise en route de l'émergence de son pays en 2020 ! Alors, le lancement par le MEDEF du club "Abidjan ville durable" est une opportunité ! Et la réunion de lancement du club a été un véritable succès. En effet, 20 entreprises se sont mobilisées autour du projet. La réunion plénière du 10 juin 2016 a entériné le nom du club « Abidjan ville durable » et déterminé son fonctionnement en cinq commissions : état des lieux, vision et stratégie, mise en oeuvre, promotion, internationalisation. Et surtout, parmi les 20 entreprises se trouvent les plus implantées en Côte d'Ivoire : Bolloré Logistics, Schneider Electric International, Vinci énergies, Bouygues, Total, EDF. Pour Ouattara, l'affaire est donc jouable. 

Le président Alassane Ouattara, dans ses promesses, avait mis l'accent sur l'électrification du pays. Et, justement, EDF a du matériel disponible et l'intention d'investir dans des domaines intéressants pour la Côte d'Ivoire.  

Première action envisagée : une centrale biomasse de 46 mégawatts est déjà à l'étude. Si le dossier est mené à bon port, il s'agira de la plus grande installation biomasse en Afrique de l'Ouest (plus grande que Nachtigal au Cameroun), avec une production annuelle de 337 gigawatts/heure. Près de 1300 emplois pourraient être générés, dont plus de 1100 liés à la filière d'approvisionnement. Oui, mais financés par qui ?

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Deuxième action : l'électrification du monde rural. Là EDF crée une société autonome nommée ZECI (Zola EDF Côte d'Ivoire). Comme en France, EDF répartit ses compétences : la production d'énergie pour elle, la fourniture pour des sous-traitants. ZECI vendra des kits, comprenant un panneau solaire permettant aux ruraux un minimum de courant hors réseau, de quoi faire fonctionner quelques lampes, une télévision ou une radio. Pour des appareils électro-ménagers ce sera insuffisant, et il faudra trouver des modèles plus chers. Souvent hors de prix pour le commun des ivoiriens. Mais admettons, l'émergence est en marche.

La Banque africaine de développement (BAD) a annoncé, via un communiqué signé le 15 juin 2018, qu’elle fournira une “garantie partielle de crédit” à Zola EDF Côte d’Ivoire (ZECI) pour l’aider à mobiliser un prêt en monnaie locale de 15,75 milliards de FCFA (environ 24 millions d’euros). Le prêt sera arrangé par la Société Générale de Banque en Côte d’Ivoire (SGBCI) et Crédit Agricole Corporate and Investment Bank (Crédit Agricole CIB), pour permettre à ZECI d’acquérir des systèmes solaires domestiques (SSD) et de les distribuer à environ 100 000 ménages supplémentaires résidant dans les zones rurales de Côte d’Ivoire, d’ici à 2020.

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Troisième action : la remise en état des réseaux en ville, qui passe par la pose de nouveaux compteurs. L'action sera menée par la CIE (compagnie ivoirienne d'électricité). Et l'action va être menée de pair avec le remplacement des compteurs en France. Et là, pas de mystère ! on fait comme en Europe : on pose les nouveaux compteurs Linky ... à quelques différences de publicité près. Ainsi, on ne parle plus de compteurs Linky, mais de compteurs "intelligents" ou de "cybercompteurs". En Côte d'Ivoire, où selon EDF l'arnaque est reine, on vante les bienfaits de tels compteurs : contrôle à distance, et surtout lutte contre la fraude. Fraude de qui ? des "brouteurs" ivoiriens ? ou d'EDF et CIE ?

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Car ce que EDF ne dit pas, c'est les inconvénients de ces compteurs ! Augmentation de la toxicité par les ondes électromagnétiques ! Augmentation des fréquences des coupures d'électricité (disjoncteurs qui sautent !), des pannes ! et même des incendies ! Augmentation du montant des factures de 25% à 50% dûe au renforcement de la puissance qui passe de 6KVA à 9 KVA (pour éviter soi-disant les coupures de courant trop intempestives), de la facturation de l' "énergie apparente" (imaginez que vous consommez un verre de bière et que le barman vous demande un prix pour la bière et un surplus à payer pour la mousse). On comprend pourquoi ni EDF, ni CIE n'informent les ivoiriens. Et pourtant la CIE a déjà installé 400.000 compteurs et compte continuer jusqu'en 2020.

En Europe, les consommateurs sont devenus méfiants, et beaucoup refusent ces nouvelles installations, alors EDF tente de liquider sa camelote en Afrique (Côte d'Ivoire, Ghana, Togo, Maghreb, ...) et en Amérique du Sud (Chili, Argentine, ...).Les vieilles casseroles qui formaient au temps de l'esclavage les cadeaux de pacotille (du commerce triangulaire) pour les roitelets des tribus africaines, sont remplacées par des produits électriques défectueux, avec la complicité des chefs de gouvernements locaux dont bon nombre placent leur fortune en Europe dans des paradis fiscaux.

linkyCI

Mais en Côte d'Ivoire, pas plus qu'ailleurs, on n'accepte plus. De nombreux "clients" refusent l'installation de nouveaux compteurs Linky (mot "interdit") même si la CIE prétend les installer "gratuitement". Même si selon la CIE, cette opération vise à moderniser le parc de compteurs d’énergie et mettre à la disposition de sa clientèle de nouveaux services pour un meilleur suivi dans la consommation d’électricité, même si le wifi intégré laisse rêveur, même si la CIE se défend de toute surfacturation, de nombreux ivoiriens y voient une arnaque. A juste titre...

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