mercredi 26 juin 2019

Basses eaux du Rhin

À l'avenir, nous négocierons beaucoup plus sérieusement pour déterminer qui a droit à l'eau du Rhin, selon l'hydrologue de Fribourg, Markus Weiler. Mais qu'est-ce que cela a à voir avec la diminution des glaciers ? (Une interview de "Badische Zeitung")

rhinBZ: Monsieur Weiler, devons-nous craindre que le Rhin ne devienne un fleuve à l'avenir en raison du changement climatique? 

Weiler: Je ne le pense pas. En raison du changement climatique, le niveau de l'eau dans le Rhin sera plus bas à long terme. Les périodes de basses eaux en été vont s'intensifier. Actuellement, au printemps et en été, il y a encore assez d'eau des glaciers alpins et de la fonte des neiges dans le Rhin. Dans 50 ans, il ne restera plus grand-chose des glaciers.

BZ: Les professeurs d’hydrologie ont étudié la proportion d’eau de glacier dans le Rhin. Quel a été le résultat? 

Weiler: Nous avons posé la question suivante: quelle quantité d'eau dans le Rhin provient de la pluie, quelle quantité de neige et de glaciers? Et quelle est son importance s'il y a peu d'eau pendant l'été? Nous avons d'abord examiné la période 1900-2010, nous nous tournons maintenant vers l'avenir jusqu'en 2100. Nous avons pu prouver que la proportion de ces eaux de fonte alpines est très élevée. En moyenne, la quantité d'eau de glacier dans le Rhin près de Karlsruhe est de 1,5%. Dans une situation de manque d'eau comme l'été dernier, la proportion d'eau de glacier est comprise entre 20 et 25%. 

BZ: Quelle est la force des glaciers déjà fondus? 

Weiler: Depuis 1900, environ 40 à 45% des volumes de glaciers ont disparu dans le bassin versant du Rhin. D'ici 2100, 60 à 90% de plus fondront. Il reste peut-être encore entre 5 et 15% de crème glacée par rapport à la quantité qui existait au milieu du XXe siècle. Selon la saison, cela peut signifier que les bas niveaux d'eau dans le Rhin durent plus longtemps et deviennent plus extrêmes.

BZ: En dehors des glaciers: D'où provient encore l'eau du Rhin pendant les étés pluvieux? 

Weiler: En cas de sécheresse, apportez un peu d'eau aux rivières de la Forêt-Noire ou du Neckar. Une partie de l'entrée provient des eaux souterraines. Bien sûr, le lac de Constance a un effet de stockage, mais à un niveau extrêmement bas, il ne reste plus grand chose. 

BZ: Quelles sont les conséquences de cette évolution pour le fleuve? 

Weiler:Les marées extrêmement basses ont été répétitives, par exemple dans les années 1921 et 1947. Si l'eau des glaciers pouvait augmenter le niveau de l'eau, alors, dans un scénario similaire, la situation s'intensifierait énormément aujourd'hui. Les conséquences ont été constatées l’année dernière: la rivière se réchauffe, les poissons meurent. Les discussions sur l'utilisation de l'eau du Rhin comme eau de refroidissement pour les entreprises et les centrales électriques vont s'intensifier. Ensuite, le transport fluvial : En période de sécheresse, les navires peuvent généralement toujours circuler, mais transportent beaucoup moins de marchandises. À l'avenir, le débat sur l'utilisation de l'eau du Rhin sera beaucoup plus intense qu'aujourd'hui.

BZ: À quoi ressemblera ce débat dans la région? 

Weiler: Sur le Rhin supérieur, le fleuve est en effet dans une vallée étroite et fortement coupée. Avant tout, les exploitants de centrales devront faire face à cette intensification de la marée basse. Sur le Rhin supérieur, le Rhin coule en grande partie dans le canal latéral français du côté du Rhin ... 

BZ: ... et depuis le Traité de Versailles, les Français ont le droit à l'eau, ce qui leur permet de produire de l'électricité avec leurs centrales hydroélectriques. 

Weiler: La question sera donc: quelle quantité d'eau coulera réellement à Kembs dans le Vieux Rhin? Les plaines d'inondation près de Neuenburg ou dans le Taubergießen seront-elles suffisamment humides pour survivre? Le problème de l'eau sera beaucoup plus complexe à gérer en raison du nombre important d'acteurs sur le Rhin supérieur. Si la situation de l'eau devient plus grave à long terme, l'Allemagne et la France devront probablement renégocier le régime actuel. 

BZ: Pour le moment, la protection contre les inondations est le problème le plus important. 

Weiler: Mais le manque d'eau et la sécheresse ont des impacts beaucoup plus diversifiés sur la région que les inondations. Nous ne sommes pas encore suffisamment préparés pour cela. D'autres pays, tels que l'Espagne et la Californie, ont déjà établi des plans pour avoir une prérogative sur l'eau en cas de sécheresse. Devrions-nous d'abord assurer l'approvisionnement en eau potable? L'agriculture ou l'industrie devraient-elles être autorisées à servir? Cela devrait être décidé prochainement par les nombreux acteurs du Rhin. 

BZ: Si les bas niveaux d'eau deviennent plus extrêmes, aurons-nous des inondations moins fréquentes? 

Weiler: Malheureusement non. Les risques d'inondation dans le Rhin, en particulier en hiver, vont probablement augmenter. Parce que les précipitations vont probablement devenir encore plus importantes en hiver. Dans notre région, il pleut plus souvent sur une couverture neigeuse fermée de 10 à 30 centimètres de hauteur. Ce changement rapide de neige et de pluie a souvent entraîné des inondations extrêmes.

 

weiler

NB : Markus Weiler (né en 1971) est responsable de la chaire d’hydrologie à l’Université de Fribourg depuis 2008. Auparavant, il a été professeur adjoint au Canada. Auparavant, il a été chercheur associé à l'Institut d'hydrologie et de gestion de l'eau de l'ETH Zurich et à l'Oregon State University aux États-Unis.

Posté par jl boehler à 06:41 - - Commentaires [3] - Permalien [#]
Tags : , , , ,

mercredi 3 avril 2019

Forêt Noire : les élus locaux perdent la trace de la fibre optique

Les municipalités de la Forêt Noire envisagent de créer un réseau de fibres optiques. Mais même les conseillers de district expérimentés ne savent pas comment le projet va se poursuivre. La communication du district est fortement critiquée.

fibre_optiqueDans le district d'Emmendingen (dont fait partie la commune d'Elzach jumelée avec Villé), un réseau de fibres optiques doit être mis en place - mais comment, à vrai dire, presque personne ne semble le comprendre. Même les maires expérimentés admettent ouvertement qu'ils ne savent pas quand et où utiliser Internet haut débit. Les politiciens locaux critiquent le district et Zweckverband pour leur politique d’information. L'administrateur de district ne veut pas en rester là.

"Quand les premiers citoyens sont-ils maintenant réunis? Je ne comprends pas cela", a déclaré Franz-Josef Winterhalter (Free Voters). Il n'était pas seul dans sa question lors de la récente réunion de la commission des affaires économiques, des transports et de l'environnement.

Auparavant, Alexander Schmid, le responsable de la large bande du district, avait décrit l’évolution de l’Internet rapide. Il s’agissait d’une conférence plus technique, axée sur les moyens compliqués d’obtenir un financement - et non sur ce que les membres du comité avaient espéré. "La question qui fait bouger les gens est la suivante: quand allons-nous être en ligne?", a déclaré Klaus Vosberg (CDU).

Plusieurs personnalités politiques locales très expérimentées ont pris la parole lors de la réunion et se sont plaintes plus ou moins ouvertement du manque d'informations sur le déploiement du haut débit. « Il y a un vrai manque de communication. Ici à Titisee-Neustadt, nous ne savons rien », » dit Leopold Winterhalder (vert). Henrik Tritschler (FDP) a dit qu'il était « déçu par la présentation. Mais je suis soulagé que les autres ne savent pas plus que moi ». Le thème Internet est régulièrement soulevé. Les grandes zones sont mal desservies. "Je ne sais pas quoi dire aux gens", a déclaré Rudolf Gwinner (FDP).

Selon la conseillère de district Dorothea Störr-Ritter, le développement de la fibre optique est une tâche extrêmement complexe. Du point de vue financier, le district pourrait avoir de la chance.Il devrait être possible d'obtenir un financement pouvant atteindre 90%. "D'autres districts ont été plus rapides, mais tous les financements n'étaient pas encore en place. Ils n'ont pas pu en bénéficier." a déclaré Störr-Ritter.

L'administrateur de district montre à quel moment les premières données seront transmises. Seulement, le processus est juste très compliqué. "La réponse que tout le monde veut lire ne peut pas être, à partir du jour X, il y a un accès rapide à Internet - ce n'est pas si facile." Elle parle la "malédiction du premier numéro". Dans la présentation, Schmids indiquait également à quel moment certaines parties du réseau pourraient être mises en service. "Cela suggère 2020", a-t-elle déclaré lors de la réunion. Mais on n'est sûr de rien.

info

Posté par jl boehler à 05:59 - - Commentaires [2] - Permalien [#]
Tags : , , ,

mardi 26 février 2019

Pays de Bade : des patrons protestent contre l’expulsion des migrants

Dans le Bade-Wurtemberg, une centaine de chefs d’entreprise réclament que les autorisations de séjour soient liées aux contrats de travail. Ils ont embauché beaucoup de migrants depuis trois ans, une main d’oeuvre intégrée, menacée désormais d’expulsion.

bade

69 réfugiés afghans expulsés vers leur pays le jour de son 69ème anniversaire. La remarque et le rictus du ministre de l’Intérieur allemand, Horst Seehofer, ont suscité une vive polémique le mois dernier en Allemagne. Le pays manque en effet de main-d'oeuvre qualifiée, surtout dans le sud du pays. Pour de nombreuses entreprises, les demandeurs d'asile, arrivés en nombre depuis trois ans, ont permis de répondre à leurs besoins. Mais certains sont aujourd’hui sous le coup d'une expulsion. Les chefs d'entreprise concernés sont de plus en plus nombreux à protester et à exiger que des migrants intégrés sur le marché de l'emploi puissent rester en Allemagne.

Parmi ces demandeurs d’asile déboutés se trouvait Ahmed Ahmadi. Arrivé comme des centaines de milliers de réfugiés ces dernières années en Allemagne, il était intégré et avait un travail. Son employeur Wolgang Strahl est sous le coup de l'émotion : "Je suis déçu, ajoute Wolfgang Strahl. Je ne pensais pas que ça puisse frapper Ahmad qui est expulsé alors qu’il était parfaitement intégré." 

Des conséquences économiques pour les entreprises mais aussi pour l'État

Beaucoup de chefs d’entreprise comme Wolfgang Strahl dénoncent ces pratiques. Ils ne comprennent pas que leur engagement pour l’intégration des réfugiés, ou tout simplement le temps passé et l’argent dépensé pour leur formation, soient remis en cause du jour au lendemain. Jürgen Rudeck a une petite entreprise de peinture sur métaux et il n’arrive pas à satisfaire toutes les commandes. "Il y a trois ans, les pouvoirs publics nous ont demandé de contribuer à l’intégration des réfugiés. Nous l’avons fait. Et maintenant, on les expulse. Cela a des conséquences négatives sur notre chiffre d’affaires et sur nos bénéfices. L’État perd des recettes car nous payons moins d’impôts."

Dans le Bade-Wurtemberg, région où règne pratiquement le plein emploi et où les entreprises recherchent désespérément de la main d’œuvre qualifiée, une centaine de chefs d’entreprise ont lancé une initiative pour que leurs salariés ne soient pas expulsés. "Ma proposition serait que si un demandeur d’asile a un contrat de travail, son autorisation de séjour soit liée à ce contrat", explique Jürgen Rudeck.

L’Allemagne veut adopter une loi favorisant la migration économique. Elle pourrait répondre aux cas de ces migrants souvent dans l’impasse. Et pendant ce temps, la France se refuse à cette politique...

Posté par jl boehler à 03:41 - - Commentaires [1] - Permalien [#]
Tags : ,

dimanche 27 janvier 2019

"Initiative citoyenne" à Müllheim (Pays de Bade)

Résistance à l'abattage massif dans la forêt "Eichwald"

m_llheimIl y a quelques jours, est née à Müllheim (Pays de Bade) une "initiative citoyenne" contre la décision de l'administration municipale de procéder à un abattage massif dans la forêt "Eichwald". L'initiative appelle à l'arrêt immédiat des travaux. 50 manifestants ont protesté devant l'hôtel de ville. Lors du conseil municipal, le maire a annoncé la poursuite des travaux, malgré de nombreuses critiques issues de tous les groupes politiques.

L'initiative a déjà recueilli plus de 500 signatures, à travers une pétition. Si elle manque encore de structure, elle est malgré tout soutenue par la chercheuse en sciences forestières Beate Kohler (diplômée en droit forestier), qui enseigne à l'université de Fribourg. Sur les affiches et banderoles apparaissaient les slogans : "Sauvez le Eichwald", "Arrêt immédiat de l'abattage", "Ne touchez pas aux vieux arbres", "Eichwald = zone de loisirs". La pétition de l'initiative citoyenne commence : "Nous, citoyens de Müllheim, exigeons de la ville et de l'administration forestière la protection des plus vieux chênes de l'Eichwald, et une importante réduction des coupes prévues." L'initiative citoyenne, outre le côté écologique et environnemental, estime aussi que le côté "loisirs", pourtant prévu dans les orientations municipales, n'a pas été respecté. Le groupe "die Grünen" dénonce le fait que le maire ne voit que le côté "commercial" de l'exploitation. Le groupe SPD a renchéri en dénonçant le désastre climatique de l'affaire.

m_llheim3

m_llheim4

Posté par jl boehler à 00:10 - - Commentaires [1] - Permalien [#]
Tags : , ,

lundi 7 janvier 2019

Pays de Bade : la peste porcine africaine arrive

Comment le district de Lörrach se prépare !

sanglierPas dangereuse pour l'homme, mais bien plus pour le porc, la peste porcine africaine n'est pas encore arrivée en Allemagne, mais le district de Lörrach, près de la frontière suisse, prend ses précautions. Afin de prévenir la propagation de l'épidémie, les chasseurs sont encouragés à tirer davantage de sangliers. Mais le bureau de district de Lörrach est également prêt à faire face à une éventuelle propagation. Entre autres choses, le responsable a participé à un exercice de trois jours. De plus, les contrôles des hardes de sangliers ont été massivement renforcés.

Inoffensif pour les humains

Pour rassurer, la peste porcine africaine (PPA) n'est pas dangereuse pour l'homme, pas même la consommation de viande de porc infectée. Pour les porcs sauvages et domestiques, il est mortel dans presque tous les cas. La période d'incubation dure entre deux et quinze jours. Les animaux attrapent une forte fièvre et meurent. Jusqu'à présent, le virus a pénétré en Belgique et s'est propagé dans divers pays d'Europe orientale et des États baltes. Il ne se transmet pas seulement de porc à porc par le sang et les sécrétions corporelles, mais également par la nourriture. Elle n'est pas très contagieuse, cependant: « La vie du virus est plus longue que celle du porc », a déclaré Michael Lassmann, du département de droit, l'ordre et la santé au bureau de district de Lörrach.

Observation intensive

L'effort, à réaliser pour éviter une propagation, est relativement élevé, dit Lassmann. Par exemple, le bureau de district a intensifié la surveillance. Au lieu des 100 échantillons prescrits, 257 verrats morts ont été examinés l'année dernière. Les chasseurs sont encouragés à tirer davantage de sangliers - environ 800 bêtes ont été tuées l’année dernière. Le comité lève temporairement les interdictions de chasse le dimanche et les jours fériés, ce qui permet aux chasseurs de gérer plus facilement ces chasses. La vétérinaire Marita Olbert du Département du bien-être des animaux et de l'hygiène de la viande a indiqué qu'une réunion spéciale avait également eu lieu avec le conseil consultatif de la chasse sur le sujet. En novembre, les autorités de différents comtés se sont réunies dans l'Ortenau pour un exercice de trois jours. Ce n'était pas seulement théorique, ce qui devait être fait quand un cas d'ASP apparaissait, mais aussi pratiquement mis en pratique : en scaphandres de protection, des battues ont été organisées dans la forêt. Le but : la recherche de deux sangliers morts déposés par des chasseurs. Il a été démontré à quel point les connaissances locales et spécialisées sont importantes dans la recherche, explique Marita Olbert.

S'il y avait une conclusion positive de présence de la peste dans le secteur, alors une zone centrale serait déterminée et fouillée autour de la localité dans un rayon de trois kilomètres. Les porcs élevés dans des fermes de cette zone centrale devraient être abattus. Dans le district de Lörrach, cependant, il n'y a que deux fermes avec plus de 800 porcs, explique Marita Olbert - un massacre en masse aurait probablement lieu même en cas de doute. En Belgique, par exemple, 5 000 porcs domestiques ont été tués.

Prévenir les souffrances des animaux, protéger les intérêts commerciaux

Il était important de rester dans la zone centrale pour que le plus grand nombre possible d'animaux malades y reste. En République tchèque, où la maladie est considérée comme éradiquée, les expériences ont été positives. Afin d'éviter que la maladie ne pénètre dans les étables, les agriculteurs sont également encouragés à maintenir un niveau élevé d'hygiène, par exemple en ne portant pas les mêmes vêtements et les mêmes chaussures dans les porcheries et à l'extérieur. La population est instamment priée de ne pas importer de produits carnés d’Europe de l’Est et de ne pas jeter les déchets alimentaires dans la forêt. Toute personne qui trouve un sanglier mort dans la forêt devrait en informer le bureau de district.

Le grand effort en matière de peste porcine africaine est opéré, explique Laßmann, afin de prévenir les souffrances des animaux. Et, craignant d'éventuelles restrictions commerciales, selon l'association de l'industrie de la viande en 2016, environ 2,5 millions de tonnes de viande de porc ont été exportées à l'étranger, dont environ 1,8 million de tonnes à l'intérieur de l'UE. En 2017, 5,45 millions de tonnes de viande de porc ont été produites en Allemagne. (selon "Badische Zeitung" du 2/1/2019)

Posté par jl boehler à 03:01 - - Commentaires [2] - Permalien [#]
Tags : , ,

samedi 5 janvier 2019

Bien avant les gilets jaunes, le "Bundschuh" (1493)

Dans les deux cas, l'exigence d'un droit naturel absolu ?

bundschuh2

Le "mouvement Bundschuh", qui en 1493 a touché le sud de l'Allemagne et l'Alsace, notamment le Centre-Alsace, a débouché sur la Guerre des Paysans (1524-1526). Il marque de curieuses similitudes avec le mouvement et les revendications des Gilets jaunes. Ces deux événements historiques soulignent l'exigence de revendications populaires et la nécessité d'institutions démocratiques robustes pour soutenir et accompagner l'élan du peuple. Les raisons du mouvement Bundschuh et de la guerre elle-même sont inscrites dans les conditions de vie très dures auxquelles étaient soumis les paysans. Les classes populaires étaient assommées d'impôts, de corvées et subissaient les régulières vexations découlant de leur condition de serfs.

Le mouvement Bundschuh présente avec les "Gilets jaunes", manifestant à Paris et occupant à l'heure actuelle différents ronds-points en France, de curieuses analogies. La première de ces analogies est inscrite dans le nom des mouvements. Les "Gilets jaunes" attirent l'attention sur une pièce d'habit généralement utilisée sur les routes pour refléter la lumière et donc signaler la présence d'une personne sur la chaussée ou indiquer un éventuel danger. C'est à la fois un signe d'alarme et une mesure visuelle de protection. Le gilet jaune n'est pas un costume élégant, au contraire il s'inscrit dans un cadre de travail ou d'accident ce qui lui confère un aspect grave et sérieux.

bundschuh3

Le symbole du Bundschuh provenait quant à lui des chaussures en cuir nouées que les paysans portaient dans la zone géographique du Rhin supérieur. Cette chaussure qui référait distinctement au monde paysan et à ses modes de vie contrastait avec les bottes plus raffinées des seigneurs mais aussi avec leurs éperons de chevaliers. Le Bundschuh, comme chaussure, était un marqueur social et l'image de cette chaussure devint, élevée en bannière, un signe de ralliement. Le gilet jaune fonctionne de manière semblable, c'est une pièce de l'habit de travail si l'on est routier, cheminot, maçon ou ouvrier. Son jaune vif contraste avec l'élégance du "costard" costume porté par les professions libérales et la bourgeoisie d'affaires. D'ailleurs Emmanuel Macron, président de la République française, a conféré au costume trois pièces un prestige évident en spécifiant publiquement que c'est grâce à un travail dûment accompli que l'on acquérait un tel costume signe d'adoubement par la société du travail.

Le mouvement Bundschuh et celui des Gilets jaunes présentent bien d'autres analogies significatives ce qui contribue à enraciner ces deux manifestations populaires dans une histoire du temps long qui illustre les luttes idéologiques liées à l'obtention des libertés populaires. Cependant ce qui crée un lien particulier entre ces deux mouvements c'est qu'ils signalent par leur radicalisme un changement d'époque évident. Les paysans révoltés de l'Allemagne du Sud-Ouest entraient de plein pied dans une nouvelle époque spirituelle, celle de la Réforme de Luther; comme dans une nouvelle société européenne, celle générée par les Grandes Découvertes et les innovations scientifiques déjà amorcées par quelques ingénieux savants et humanistes. Un des portes-parole et réformateur de conscience des paysans, Thomas Munzer, illustre cette nouvelle intelligentsia humaniste. Issu d'une famille très pauvre, ayant perdu son père très tôt arbitrairement exécuté par un seigneur local, Thomas Munzer avait pu bénéficier néanmoins d'une solide formation théologique et scientifique ce qui le conduira à la Réforme jusqu'à ce qu'il rompe avec Martin Luther. Rejetant l'indulgence de Luther à l'égard des princes allemands, Munzer prônera une doctrine plus exigeante qui associe revendications sociales et réforme spirituelle.

Les historiens ont vu dans la doctrine de Thomas Munzer l'expression d'un "droit naturel absolu". En effet ne va-t-il pas jusqu'à associer la parole du Christ avec l'expression de la volonté égalisatrice des revendications paysannes. Il est possible de lire au premier article de la liste des revendications que les paysans feront circuler au plus chaud de leur soulèvement entre 1524 - 1526 cette réclamation :

"L´Évangile doit être prêché selon la vérité, et non selon l'intérêt des seigneurs et des prêtres".

Ce qui indique clairement un éveil de conscience: le message évangélique est réclamé mais on se méfie dorénavant des interprétations délivrées par les nobles et le clergé. Cette situation marque une rupture avec le pouvoir en place, comme les manifestations des Gilets jaunes et leur hostilité marquée à l'égard des journalistes (qui délivrent selon eux la doxa du gouvernement) et politiques illustre une méfiance globale à la narratologie des autorités étatiques. De la sorte, le discours économique est également remis en cause.

gilets

Divers experts, neutres ou rattachés au gouvernement français, ont beau insister sur les spécificités de la conjoncture mondiale, sur les carences françaises en matière économique ou encore sur la difficile résorption de la courbe du chômage, rien n'y fait, ce langage n'a plus prise sur les couches populaires. La crise économique de 2008 de même que l'urgence climatique ont porté un "coup fatal au grand récit néo-libéral". Les rouages de l'économie mondiale, instaurés par les accords de Bretton Woods en 1944, paraissent plus usés que jamais et l'exigence est désormais placée sur des modes de production et de sociabilité axés sur la solidarité et l'écologie.

L'urgence d'une nouvelle définition du commun, revendiquée par les Gilets jaunes, mais aussi par d'autres mouvements comme Occupy Wall Street, Nuit Debout, ou le Podemos espagnol trouve là aussi des résonances historiques auprès de ces paysans allemands, alsaciens et suisses qui à l'aube des Temps modernes revendiquaient que les "eaux doivent être libres", que les "forêts [reviendraient] à la commune" et que les autorités seraient élues de manière démocratique. Le mouvement des Gilets jaunes renoue ainsi spontanément avec les exigences d'un droit naturel radical que l'on croyait obsolète et que l'urgence climatique et sociale dévoile à nouveau.

Analyse parue dans "Médiapart".

bundschuh

Le manifeste des Douze Articles adopté par les bandes paysannes du Bundschuh :

Article premier. – L'Évangile doit être prêché selon la vérité, et non selon l'intérêt des seigneurs et des prêtres.

Article 2. – Nous ne payerons plus de dîmes, ni grandes ni petites.

Article 3. – L'intérêt sur les terres sera réduit à cinq pour cent.

Article 4. – Toutes les eaux doivent être libres.

Article 5. – Les forêts reviendront à la commune.

Article 6. – Le gibier sera libre.

Article 7. – Il n'y aura plus de serfs.

Article 8. – Nous élirons nous-mêmes nos autorités. Nous prendrons pour souverain qui bon nous semblera.

Article 9. – Nous serons jugés par nos pairs.

Article 10. – Nos baillis seront élus et déposés par nous.

Article 11. – Nous ne payerons plus de cas de décès.

Article 12. – Toutes les terres communales que nos seigneurs se sont appropriées rentreront à la commune."

Posté par jl boehler à 05:10 - - Commentaires [9] - Permalien [#]
Tags : , , ,

lundi 24 décembre 2018

La police allemande arrête trois suspects de terrorisme en Bade du nord.

Deux hommes et une femme soupçonnés de terrorisme. 

162382670_h_720

Déjà mercredi soir, quatre appartements avaient été fouillés à Mannheim et dans le Rhein-Neckar-Kreis. Après des perquisitions domiciliaires visant des terroristes présumés, trois suspects sont donc en détention. Comme le ministère public de Karlsruhe et le Bureau fédéral des enquêtes criminelles du Bade-Wurtemberg ont annoncé vendredi, ils sont soupçonnés d'avoir préparé un acte de violence grave et préjudiciable pour l'État. En outre, ils font l’objet d’une enquête pour possession illégale d’armes à feu. Un juge a émis des mandats d'arrêt. Un homme de 39 ans et deux hommes âgés de 33 et 49 ans ont été arrêtés. Dans un domaine de Plankstadt, les fonctionnaires ont obtenu une kalachnikov et des munitions. L’arme entièrement automatique est régie par la loi sur le contrôle des armes de guerre. L'enquête s'était initialement poursuivie jusqu'à vendredi. Il y a eu d'autres recherches. "Aucune autre arme, munition, objet dangereux ou preuve n'a pu être trouvée lors de la fouille prolongée", a déclaré le représentant de la police. Beaucoup de questions sont encore ouvertes. Entre autres, le motif n'était toujours pas clair, selon les données de vendredi. La relation entre les trois suspects n'a pas été communiquée au début. Il faut également déterminer comment ils ont obtenu l’arme de guerre et à quoi elle devait servir.

  • NB : Aux toutes dernières nouvelles, deux suspects supplémentaires viennent d'être arrêtés à l'aéroport de Francfort.

plankstadt

Posté par jl boehler à 02:46 - - Commentaires [1] - Permalien [#]
Tags : , ,

vendredi 21 décembre 2018

Taxis : du rififi au Pays de Bade

Stress à  Fribourg-en-Brisgau à propos de l'augmentation des tarifs chez les opérateurs de taxis. Tous les concessionnaires n’avaient pas été consultés avant le vote du conseil municipal.

taxiLes chauffeurs de taxi accusent le conseil municipal d'avoir mal informé les intéressés au sujet des nouveaux tarifs de taxi en vigueur à partir de janvier. La motion soumise aux conseillers municipaux en octobre indiquait que toutes les compagnies de taxis de Fribourg avaient été informées à l'avance de l'augmentation de prix prévue. "C'est tout simplement faux", dit l'opérateur de taxi Mladen Zivkovic.

L’association des transports de Baden (VV Baden) a présenté en mai une demande de majoration tarifaire, qui a été votée par le Conseil régional (RP). Le RP et la Freiburger Taxivereinigung ont donc accédé à la demande. Les syndicats "Verdi Südbaden" et l'IHK n'ont exprimé aucune inquiétude, la demande a donc été approuvée. En octobre, le conseil municipal a adopté une résolution sur l’augmentation des tarifs. Cependant, le conseil n’a pas eu à voter, mais seulement à en prendre note.

Les chauffeurs de taxi comme Frank Witte et Mladen Zivkovic sont agacés. La communication précise que: "La Baden Transport Association a envoyé la demande à toutes les compagnies de taxi de Fribourg." "Tout le monde a appelé tout le monde, non?", dit Zivkovic, qui dirige cinq sociétés de taxis, dont Taxi Hercher et City Taxi. Personne ne lui a demandé son avis. Ce faisant, dit-il, il obtient plus de 50 concessions. Au total, la ville a délivré 220 licences - Zivkovic détient donc une part importante du gâteau.

AfO annonce que des entrepreneurs individuels ne faisant pas partie de VV Baden ont été interrogés. Ceux-ci ont confirmé avoir été informés. La question de la contestabilité de l'augmentation des tarifs est refusée à la fois par le RP et par la ville. Les tarifs des taxis sont déterminés dans une ordonnance statutaire des municipalités et des districts. Le porte-parole du RP, Markus Adler, écrit: "Selon la loi sur le transport de passagers, la municipalité, l'autorité responsable de la surveillance industrielle, la chambre de commerce et d'industrie, les syndicats et les associations de transport doivent être consultés, et non les entrepreneurs individuels."

L'administration de la ville se défend également. La porte-parole de la mairie a annoncé: "Le bureau de l'ordre public a auditionné les instances requises par la loi." Au 1er janvier 2019, les chauffeurs de taxis menacent de se mettre en grève. (selon "Badische Zeitung")

Posté par jl boehler à 00:20 - - Commentaires [1] - Permalien [#]
Tags : ,

dimanche 11 novembre 2018

La fin de la guerre 14/18 vue d'Elzach

11 novembre 1918 : fin de l'horreur

elzach

L'Elztal, il y a 100 ans, le 11 novembre 1918. L'horreur était enfin terminée, comme pour tout le monde, y compris les "Elztäler". On ne parlait pourtant pas encore de fin de la guerre, mais de trêve (mais personne n'était dupe). Elle avait duré plus de quatre longues années, cette guerre mondiale, que personne à cette époque n’appelait encore la "Première". Quiconque voit, lit ou compte les nombreux noms sur les monuments commémoratifs de guerre dans les cimetières d'Elz et de Simonswäldertal a une idée de la façon dont cette guerre s'est déroulée.

Les acclamations, comme on en trouve sur certaines photos de jeunes hommes de villes allemandes, et avec des paroles ridicules dans les trains militaires ("En route pour Paris, ça me démange!"), ici, elles dérangent. Dès les premiers jours d'août 1914, peu d'Elztäler se sentaient attirés par cette guerre. On entendait plutôt : "Qui fera tout le travail à la maison? En ce moment, pendant la saison des récoltes?Naturellement, les habitants des zones rurales ont été les premiers à traiter de telles questions. Ils espéraient que le slogan "À Noël, nous serons de retour à la maison!s'appliquerait. Mais il ne s'appliqua ni pour Noël 1914, ni 1915, 1916 ou 1917. Et très rapidement, cette guerre fut une horreur pour tous ceux qui devaient la rejoindre - avec ses nombreuses sordides nouveautés telles que des mitrailleuses, d'énormes armes à feu, des canons, des gaz toxiques -.

elzach2

Le célèbre pasteur Heinrich Hansjakob du Kinzigtal écrivait dans son dernier ouvrage avant son décès en 1916 "Sur des dialogues tenus avec des poissons au fond de la mer". Le titre étrange venait du fait que Hansjakob a imaginé que le poisson de l'Atlantique se demandait probablement pourquoi, à la suite de la guerre, soudainement autant de morts et de navires ont été abattus pour couler au fond de la mer. "Quand, en 1914, à Haslach, j'ai vu les premiers blessés arriver à l'hôpital, les larmes coulaient de mes yeux ..." écrit-il. Ou: "Alors un jour, la femme d'un jeune fermier, mère de cinq enfants, a pleuré avec amertume, son mari est au front depuis le début de la guerre et elle n'a presque personne pour l'aider dans son travail." Après une permission de 15 jours, le père repart, puis ne vient plus. Il est mort et reste loin de chez lui dans une tombe sans nom.

Dans l'Elztal, le nombre de blessés, de mutilés, de disparus et de morts était également important, comme en témoignent les monuments cités et certaines chroniques locales. Un exemple parmi d'autres de Prechtal (= Prechtal avec Oberprechtal): "La guerre a entraîné d'énormes pertes en vies humaines - 95 soldats Prechtäler ne sont pas retournés dans leur pays, ce qui représente près de 5% de la population totale à l'époque ou 10% de la population masculine" (Livre "Prechtal" de Augustin Gutmann / Thomas Steimer).

Le 9 novembre, l'empereur était parti et la République proclamée. La tournure des événements se propagea rapidement. Le 10 novembre déjà, un conseil des travailleurs et des soldats a été formé à Waldkirch. "Die Volkswacht" (journal local de l'époque) a écrit: "Waldkirch a également connu son grand jour dimanche et dès le matin, ce n’était un secret pour personne que le drapeau rouge flotte également 
ici ..." La "nouvelle ère" était là, à Waldkirch et dans le reste de l'Elztal. Mais elle ne pouvait pas guérir la douleur des pertes et des expériences de cette terrible guerre mondiale.

elzach1

Posté par jl boehler à 00:02 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , ,

mardi 11 septembre 2018

La police allemande met en garde contre un faux employé de Microsoft

C'est la Badische Zeitung qui rend compte

Le téléphone sonne. Un homme répond, en anglais, et dit qu’il doit rapidement passer à l’ordinateur. C'est arrivé à une femme de 53 ans de Landeck, près de Emmendingen.

arnaqueUn étranger, qui avait appelé avec un code régional de Munich se présente en anglais comme un employé de Microsoft - et explique qu'il doit vérifier à distance des anomalies sur son PC. L'habitante de Landeck a raccroché et prévenu la police. "Elle a agi correctement" explique le porte-parole de la police, Jerry Clark. "Il y a toujours de tels cas". 

"La plupart des entreprises sont nommées, ce qui est connu, et le système le plus commun est Windows par Microsoft"."On ne sait pas comment cela aurait continué si la femme n'avait pas raccroché. En fin de compte, les fraudeurs veulent de l'argent - et ils sont créatifs", déclare Clark. L'une des possibilités, par exemple, est que les fraudeurs puissent arriver au PC via un logiciel spécifique et essayer d'accéder aux données bancaires ou aux mots de passe. "Il est fortement recommandé de ne jamais répondre à de telles offres - surtout si aucune assistance n’a été commandée", avertit la police. 

Mais selon Clark, il existe des arnaques plus courantes. Par exemple, une fenêtre s’affiche à l’écran, indiquant que la police criminelle fédérale a trouvé quelque chose de suspect sur l’ordinateur, y compris un avis indiquant que l’enquête serait payée.

La police peut mener l'enquête. Le président Clark ne croit pas que le mauvais employé de Microsoft se trouve réellement à Munich, comme l'indique l'indicatif régional 089. "Cela n'a rien à dire", explique-t-il. En fait, dans le passé, on connaissait même des cas dans lesquels apparaissaient les affichages du numéro d'appel d'urgence 110.

Voilà des appels comme on en reçoit de plus en plus y compris en France. Même les piratages, qui pouvaient toucher vos ordinateurs, s'étendent maintenant aux téléphones (fixes et mobiles).

Posté par jl boehler à 00:03 - - Commentaires [1] - Permalien [#]
Tags : ,