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Différences : le blog de Jean-Louis BOEHLER
18 janvier 2019

Suite du débat avec nos conseillers départementaux

Après la "fameuse réunion très houleuse concernant l'accueil de migrants à l'ancienne gendarmerie de Villé" de novembre 2017, j'ai tenu à revenir sur un sujet : l'accueil des "mineurs étrangers isolés". Voici d'ailleurs le sujet tel que je l'avais traité il y a quelque temps :

Dans la banlieue strasbourgeoise, un vieux château accueille des enfants isolés migrants.

ch_teau1

Le Château d'Angleterre, au nord de Strasbourg, en pleine campagne, un vieux manoir qui servait déjà de pavillon de chasse aux nobles exilés d'Angleterre. Depuis 1909, il est devenu une dépendance de l'orphelinat du Neuhof (autre œuvre sociale de Strasbourg). Il est alors réservé aux « mauvais garçons » et sert de maison de correction. Aujourd'hui, il accueille trois types de jeunes de 13 à 21 ans : des jeunes ayant une vie familiale difficile, placés par un juge pour enfants, des jeunes délinquants et des « mineurs étrangers isolés » ayant perdu leurs parents en cours de migration.

« L'EEP assure depuis 1949 une mission de protection de l'enfance pour des mineurs en situation de danger. La structure peut accueillir, 36 adolescents en internat, 24 en accueil de jour et accompagner 4 adolescent en placement à domicile. Ils sont âgés de 13 à 21 ans et sont confiés soit par ordonnance du juge des enfants, soit par le Service de protection de l’enfance. Il est aussi conventionné pour l’accueil de 50 Mineurs Non Accompagnés et 50 Jeunes Majeurs hébergés en appartements collectifs extérieurs. »

CER_Kreutzweg

En ce moment, l'association accueille 32 jeunes migrants, dans ses différentes structures (3 centres dont le Château d'Angleterre Bischheim, un centre à Breitenbach-Kreutzweg et un autre à Urbeis-Climont). J'ai pu en rencontrer quelques-uns : afghans, pakistanais, soudanais, ivoiriens ou sénégalais.

Le directeur de l'accueil m'a indiqué : « Tous ces jeunes que nous recevons sont en grand désarroi. Ils vivent un conflit intérieur, entre leur attachement à leur pays d’origine, leur famille, et l’avenir qu’ils peuvent avoir en France. Parfois ils ont été envoyés là par leurs proches, parfois ils ont fui un conflit… Ils n’ont pas choisi d’être sur cette route et ils ont tous vécu des histoires traumatisantes pour leur âge. C’est pourquoi nous avons dans notre équipe une psychologue et que la première étape de l’accueil commence par un point de leur situation personnelle. Ensuite, nous les aidons à se scolariser, à disposer de papiers en règles, à parler français, etc. Nous stoppons leur migration, et avec un peu de chance, ils se taillent un avenir en France. Ainsi, nous avons un jeune apprenti, qui sera très probablement embauché par la SNCF. »

J'ai moi-même pu discuter avec certains. L'un des jeunes ivoiriens, 16 ans aujourd'hui, m'indique que sa famille a quitté Bouaké en 2010, lors de la crise post-électorale. Ils ont passé par le Burkina-Faso, le Niger, la Libye, où le père a disparu (certainement vendu comme esclave). La maman, avec ses 3 enfants, est partie vers les Balkans, avant de disparaître en Méditerranée. Il est le seul survivant. Il est arrivé en Allemagne en 2015, où il a pu faire une demande de réfugié, qui n'a pas abouti. Il est parti il y a 3 mois vers Strasbourg avec deux de ses camarades africains, mais il s'est fait « ramasser » par la police qui l'a acheminé vers ce château d'Angleterre. Il aimerait aller à Paris où il a de la famille (un oncle et des cousins). Mais l'administration lui refuse ce déplacement.

Ici, il est un peu perdu. Certes il parle parfaitement le français, et il participe à un atelier de menuiserie. Mais les autorités veulent le renvoyer en Côte d'Ivoire où il ne connaît plus personne. Son pays n'est plus en guerre, l'administration française le classe en « réfugié économique », donc « expulsable ». Cette même administration se réfugie aussi, selon le directeur, derrière la législation européenne : « On ne peut faire une demande de réfugié, or ces jeunes ont déjà déposé une requête en Allemagne. » Après la perfide Albion, voilà la perfide Europe ! A Calais, elle empêche d'aller en Angleterre les anglophones d'Afghanistan, du Pakistan, de Syrie, et le long de la frontière allemande, elle interdit aux francophones d'Afrique de l'Ouest, si chère aux Bolloré, Bouygues ou Vinci, de se rendre en France !

climont

Et lorsqu'ils ne sont pas rejetés, ils sont intégrés dans des « centres de rééducation » réservés normalement aux jeunes délinquants. Ils sont mis à disposition de municipalités où ils doivent travailler dur, dans les travaux forestiers ou agricoles, punis bien qu'innocents. Alors beaucoup de ces jeunes, conduits ici par la police, surtout pendant les week-ends, se restaurent, se reposent, puis repartent à l'aventure. Certains retournent bien malgré eux du côté allemand du Rhin, car au moins ils peuvent travailler et gagner quelque argent. Même si ce ne sont que des « Eurojobs » (payés 1 € par heure) et des emplois très précaires. Et il se chuchote de plus en plus que la nouvelle « loi Macron » concernant les migrations, devrait permettre de jeter en prison les jeunes mineurs. 

Ci-dessous : extrait du journal "L'Alsace" du 18/4/2018.

mineurs1

Lors du débat de lundi, Mr. Bierry a pu apporter des précisions : le département cherche de plus en plus des familles d'accueil pour ces jeunes. Alors que normalement, pour des enfants placés le département doit dépenser 90 €/jour, l'Etat ne fournit pour les jeunes migrants que 300 €/mois. D'où certaines difficultés. Cependant, Mr. Bierry relève un côté positif : la plupart de ces jeunes cherche à s'intégrer positivement. L'échange sur ce sujet a été des plus intéressants.

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Commentaires
P
Jean-marc REISER, y était aussi en 1975...
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K
Si Trump vient avec Macron à Strasbourg, il va lui conseiller de réactiver la ligne Maginot, ou même de construire un mur, pour empêcher les jeunes migrants de traverser le Rhin !
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M
Très bien vu JLB. Bonne analyse.<br /> <br /> Ce n'est pas malin de mettre ces jeunes avec des délinquants... à moins de les aider à avoir des motifs d'expulsion dès leur majorité. C'est le 70ème anniversaire des droits de l'homme parait-il???
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