mercredi 26 juin 2019

Basses eaux du Rhin

À l'avenir, nous négocierons beaucoup plus sérieusement pour déterminer qui a droit à l'eau du Rhin, selon l'hydrologue de Fribourg, Markus Weiler. Mais qu'est-ce que cela a à voir avec la diminution des glaciers ? (Une interview de "Badische Zeitung")

rhinBZ: Monsieur Weiler, devons-nous craindre que le Rhin ne devienne un fleuve à l'avenir en raison du changement climatique? 

Weiler: Je ne le pense pas. En raison du changement climatique, le niveau de l'eau dans le Rhin sera plus bas à long terme. Les périodes de basses eaux en été vont s'intensifier. Actuellement, au printemps et en été, il y a encore assez d'eau des glaciers alpins et de la fonte des neiges dans le Rhin. Dans 50 ans, il ne restera plus grand-chose des glaciers.

BZ: Les professeurs d’hydrologie ont étudié la proportion d’eau de glacier dans le Rhin. Quel a été le résultat? 

Weiler: Nous avons posé la question suivante: quelle quantité d'eau dans le Rhin provient de la pluie, quelle quantité de neige et de glaciers? Et quelle est son importance s'il y a peu d'eau pendant l'été? Nous avons d'abord examiné la période 1900-2010, nous nous tournons maintenant vers l'avenir jusqu'en 2100. Nous avons pu prouver que la proportion de ces eaux de fonte alpines est très élevée. En moyenne, la quantité d'eau de glacier dans le Rhin près de Karlsruhe est de 1,5%. Dans une situation de manque d'eau comme l'été dernier, la proportion d'eau de glacier est comprise entre 20 et 25%. 

BZ: Quelle est la force des glaciers déjà fondus? 

Weiler: Depuis 1900, environ 40 à 45% des volumes de glaciers ont disparu dans le bassin versant du Rhin. D'ici 2100, 60 à 90% de plus fondront. Il reste peut-être encore entre 5 et 15% de crème glacée par rapport à la quantité qui existait au milieu du XXe siècle. Selon la saison, cela peut signifier que les bas niveaux d'eau dans le Rhin durent plus longtemps et deviennent plus extrêmes.

BZ: En dehors des glaciers: D'où provient encore l'eau du Rhin pendant les étés pluvieux? 

Weiler: En cas de sécheresse, apportez un peu d'eau aux rivières de la Forêt-Noire ou du Neckar. Une partie de l'entrée provient des eaux souterraines. Bien sûr, le lac de Constance a un effet de stockage, mais à un niveau extrêmement bas, il ne reste plus grand chose. 

BZ: Quelles sont les conséquences de cette évolution pour le fleuve? 

Weiler:Les marées extrêmement basses ont été répétitives, par exemple dans les années 1921 et 1947. Si l'eau des glaciers pouvait augmenter le niveau de l'eau, alors, dans un scénario similaire, la situation s'intensifierait énormément aujourd'hui. Les conséquences ont été constatées l’année dernière: la rivière se réchauffe, les poissons meurent. Les discussions sur l'utilisation de l'eau du Rhin comme eau de refroidissement pour les entreprises et les centrales électriques vont s'intensifier. Ensuite, le transport fluvial : En période de sécheresse, les navires peuvent généralement toujours circuler, mais transportent beaucoup moins de marchandises. À l'avenir, le débat sur l'utilisation de l'eau du Rhin sera beaucoup plus intense qu'aujourd'hui.

BZ: À quoi ressemblera ce débat dans la région? 

Weiler: Sur le Rhin supérieur, le fleuve est en effet dans une vallée étroite et fortement coupée. Avant tout, les exploitants de centrales devront faire face à cette intensification de la marée basse. Sur le Rhin supérieur, le Rhin coule en grande partie dans le canal latéral français du côté du Rhin ... 

BZ: ... et depuis le Traité de Versailles, les Français ont le droit à l'eau, ce qui leur permet de produire de l'électricité avec leurs centrales hydroélectriques. 

Weiler: La question sera donc: quelle quantité d'eau coulera réellement à Kembs dans le Vieux Rhin? Les plaines d'inondation près de Neuenburg ou dans le Taubergießen seront-elles suffisamment humides pour survivre? Le problème de l'eau sera beaucoup plus complexe à gérer en raison du nombre important d'acteurs sur le Rhin supérieur. Si la situation de l'eau devient plus grave à long terme, l'Allemagne et la France devront probablement renégocier le régime actuel. 

BZ: Pour le moment, la protection contre les inondations est le problème le plus important. 

Weiler: Mais le manque d'eau et la sécheresse ont des impacts beaucoup plus diversifiés sur la région que les inondations. Nous ne sommes pas encore suffisamment préparés pour cela. D'autres pays, tels que l'Espagne et la Californie, ont déjà établi des plans pour avoir une prérogative sur l'eau en cas de sécheresse. Devrions-nous d'abord assurer l'approvisionnement en eau potable? L'agriculture ou l'industrie devraient-elles être autorisées à servir? Cela devrait être décidé prochainement par les nombreux acteurs du Rhin. 

BZ: Si les bas niveaux d'eau deviennent plus extrêmes, aurons-nous des inondations moins fréquentes? 

Weiler: Malheureusement non. Les risques d'inondation dans le Rhin, en particulier en hiver, vont probablement augmenter. Parce que les précipitations vont probablement devenir encore plus importantes en hiver. Dans notre région, il pleut plus souvent sur une couverture neigeuse fermée de 10 à 30 centimètres de hauteur. Ce changement rapide de neige et de pluie a souvent entraîné des inondations extrêmes.

 

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NB : Markus Weiler (né en 1971) est responsable de la chaire d’hydrologie à l’Université de Fribourg depuis 2008. Auparavant, il a été professeur adjoint au Canada. Auparavant, il a été chercheur associé à l'Institut d'hydrologie et de gestion de l'eau de l'ETH Zurich et à l'Oregon State University aux États-Unis.

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jeudi 16 juin 2016

A propos des inondations à Paris

Le "club Danton" dénonce un manque de volonté politique permanent

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Pour ceux qui ont été inondés la crue de 2016 a été une épreuve mais cette crue n’a in fine eu que des effets mineurs sur la capitale et la zone aval. Gageons qu’elle va faire couler beaucoup d’encre mais que peu de décisions fortes et pérennes seront prises.

Le niveau atteint à Paris en 2016 est de 6m50 : il est loin des niveaux atteints lors des grandes crues précédentes : 7m32 en 1924, 8m62 en 1910, et même 8m96 en 1658.

Et rien ne prouve que le niveau record de 9 mètres soit le maximum possible. Si l’évaporation des océans augmente par rapport à ce qu’elle était au siècle dernier, les précipitations peuvent augmenter et générer des crues de plus grande ampleur. Le concept de crue centennale ne veut pas dire grand-chose. En 2004, la Vltava a envahi Prague avec un niveau inconnu depuis 500 ans. Pour une ville pourtant beaucoup plus petite que Paris, il a fallu six mois pour remettre une partie du métro en route.

Avec des hauteurs d’eau de 8 à 9 mètres, la décrue peut durer trois ou quatre mois pendant lesquels toute l’activité du Grand Paris sera interrompue. La zone impactée ne sera en effet pas réduite à Paris intramuros mais débordera largement sur une partie de l’agglomération parisienne. L’OCDE pense que cinq millions d’habitants seraient impactés, que les coûts directs pourraient aller jusqu’à 30 milliards et les coûts indirects jusqu’à 58 milliards.

Les quatre réservoirs existant de 800 millions de m3 permettent une réduction de niveau de 70 cm, c’est-à-dire que la crue de 1910 serait de 8 mètres. Le creusement des bassins du projet de la Bassée le long de la Seine (500 millions de m3) permettrait de diminuer la hauteur de quelques dizaines de centimètres supplémentaires mais cela reste totalement insuffisant pour protéger Paris.

En d’autres termes, depuis 1910 on n’a pratiquement rien fait pour protéger Paris de ces crues dont le coût pourrait pourtant être astronomique. Le « petite » crue de 2016 va coûter probablement plus de 2 milliards. Et le coût varie exponentiellement en fonction du niveau atteint.

Par ailleurs, si la décrue dure trois au quatre mois, on serait obligé d’évacuer plus d’un million d’habitants et autant de véhicules. Où ces habitants iraient-ils ?

En cas d’inondation majeure, étant donné qu’on ne se chauffe plus au bois et que le gaz et l’électricité seraient probablement coupés, on ne voit pas comment 2 à 5 millions de personnes pourraient être chauffées et alimentées. On ne connait pas non plus l’effet de l’envahissement des carrières souterraines sur la tenue des immeubles, même récents.

Enfin, cette dernière crue nous laisse une confiance limitée en « Vigicrues » dont les prédictions de niveau sont passées en moins de 10 jours de 4m50 à 5m50 puis à 6m30 pour finir à 6m50 ! Quand on connaît la différence majeure en termes d’impact entre 4m50 et 6m50 on apprécie le manque total de précision de ces prédictions.

La question que doivent se poser nos décideurs politiques est de savoir si on peut se passer de vraiment protéger Paris.

Après la crue de 1910, un des projets examinés a été celui d’un canal de fuite dans le sud de Paris qui court-circuiterait les méandres de la Seine. Il avait été écarté car il ne protégeait pas l’aval.

Ce type de canal de fuite est courant aux USA et aurait un débit supérieur à la Seine car il aurait une pente 3 à 4 fois plus grande avec une longueur 4 à 5 fois inférieure à la longueur de la Seine à Paris. Depuis 1910, on a beaucoup construit au sud et nous ne voyons plus cette hypothèse dans les études de l’OCDE.

Pourquoi alors ne pas envisager des canaux de fuite dans d’autres villes en aval ?

Quelques élus devraient se déplacer à Los Angeles pour voir de tels ouvrages.

Evidemment, comme d’habitude Ségolène Royal s’est gargarisée sur la prévention des crues à Paris alors que la France n’a pratiquement rien fait depuis 1910, si ce n’est de construire quelques barrages capables de diminuer la hauteur des crues de quelques dizaines de centimètres sur un niveau total tout à fait inconnu.

Une crue centennale dans les années à venir est tout à fait possible. Et même en considérant que la probabilité d’un tel événement est faible, son coût potentiel astronomique devrait nous inciter à dépenser ce qu’il faut pour traiter le problème. Il y a bien d’autres dépenses bien moins essentielles.

Il est un peu dérisoire de constater que notre e défense consiste en 50 000 moellons stockés pour protéger les entrées de métro. Mais de quelle utilité seront-ils lorsqu’on aura 10 à 20 mètres d’eau au-dessus des galeries du métro ? Les fuites aux joints et les bouches d’égout auront vite fait de remplir les tunnels du métro si la crue dure quelques semaines. Ce sont surtout des « parpaings psychologiques » qui rassurent peut-être mais ne protègent rien.

Et Anne Hidalgo ferait bien de se préoccuper avant tout des parisiens plutôt que de dilapider leur argent en subventions aux associations de tous poils, en aide aux pays africains, ou en organisation de manifestations soi-disant culturelles qui n’intéressent qu’une poignée de bobos de sa connaissance.

Se rend-elle seulement compte des dégâts physiques et psychologiques de quelques mois d’inondation sur des millions d’habitants ? Apprécie-t-elle les dizaines de milliards nécessaires à la reconstruction et à la remise en état de la capitale ?

Mais non, Parisiens, dormez tranquilles, vous vous débrouillerez tout seuls lors de la prochaine grande inondation.
CLUB DANTON

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dimanche 12 juin 2016

1816 : année sans été

C'était il y a 200 ans : l'année 1816 fut dans l'hémisphère nord, et particulièrement dans la Rhénanie (Alsace et Pays de Bade) et en Suisse une année de phénomènes météorologiques violents, de pluies et d'inondations continues, avec comme conséquences de mauvaises récoltes, la faim, la pauvreté, et une grande vague d'émigration.

volcanLes catastrophes commencèrent en fait le 10 avril 1815 avec l'éruption volcamique du mont Tambora en Indonésie qui entraîna de nombreuses conséquences pour l'hémisphère nord, et notamment l'Europe. Mais la première conséquence fut un tsunami qui a provoqué la mort de plus de 100000 victimes autour du volcan.

journal1816

Les géologues estiment que d'énormes nuages de cendres et de gaz furent projetés jusqu'à 43000 mètres dans la stratosphère. Ils recouvrirent d'un voile de poussières et de particules de soufre l'atmosphère. Le rayonnement solaire fut amoindri pour plusieurs années avec des conséquences fatales telles la chute des températures, des nuages, de la brume, soit un temps fou : les années 1815 - 1820 furent parmi les années les plus froides de l'histoire récente.

L'Alsace et le Pays de Bade ont  dû endurer la faim et la pauvreté, autant à cause du climat que des 25 années de guerres révolutionnaires et napoléoniennes. L'année 1816 fut marquée par le froid sec jusqu'au mois de mai, suivi de pluies continues jusqu'à l'automne.

Dans nos vallées, le foin pourrissait dans les prés. Les cerises furent cueillies vers le 20 septembre, tandis que les raisins et les pommes n'arrivèrent pas à maturité. Beaucoup de champs restèrent inondés du printemps jusqu'au début de l'hiver. Les premières gelées apparurent dès le 15 octobre, avant même que les paysans n'aient pu penser au regain dans les prés. Le bétail mourait par manque de fourrage.

Famine

Dès le mois de novembre, il se remit à neiger et l'hiver était de retour. Les habitants ne connaissaient que la pauvreté, la faim, la détresse et la mort. Et ceci, bien que les soupes populaires ne furent jamais fréquentées par autant de monde. La variole et la dysenterie firent leur apparition. Il n'est donc pas étonnant que dès la fin de 1816 et le début de l'année 1817, dans la plaine rhénane près de 50000 habitants émigrèrent vers l'Amérique, ou parfois vers l'Europe de l'Est, où le climat était resté plus favorable.

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dimanche 7 juin 2009

De Mermoz à l'Airbus 330

afiche_aeropostale_11« Coupons moteur arrière droit… » Il est 10 heures 47 quand parvient ce 7 décembre 1936, le dernier message de « La Croix du Sud ». L’appareil piloté par Jean Mermoz ne donnera plus signe de vie. On ne retrouvera jamais trace de l'avion et de son équipage. 73 ans plus tard, malgré l’extraordinaire progression des techniques aéronautiques, la disparition aussi brutale du vol AF 447 vient cruellement rappeler que « la ligne de l’Atlantique Sud » reste, finalement, un exploit quotidien. Il y a sur notre planète des lieux mythiques redoutés des navigateurs marins ou aériens, et le pot-au-noir entre l'Afrique et l'Amérique du Sud en est un particulièrement dangereux, car imprévisible dans ses développements. Cette ligne France-Brésil a été banalisée, on la prend comme le métro, mais si les aéronefs ont évolué, si la météorologie a fait des progrès, la nature nous rappelle souvent cruellement qu'elle échappe dans l'extrême aux sciences humaines dans leur exactitude. Et les savants nous disent eux-mêmes leurs relatives ignorances face aux évolutions des manifestations météorologiques en période de bouleversement climatique. Nos medias et même nos gouvernants n'acceptent que difficilement cette dure réalité et imaginent des hypothèses ou "ne les excluent pas", alors même que les derniers contacts avec le pilote, et les messages automatiques reçus, prouvent une chose : les 228 victimes et l'aéronef reposent au fond de l'Atlantique aux côtés de l'équipage et de l'hydravion de l'Aéropostale. Comme Polyphème le cyclope, dame nature a réclamé violamment aux humains sa part de butin. Et son père Poséidon, dieu de la mer, n'a pas clos la liste "des vengeances contre les humains qui ont crevé l'oeil à son fils", malgré toutes les technologies qui permettraient de tout repérer sur terre comme sur mer...

2009_01_29_Pot_au_NOIR

Le "pot-au-noir"

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