Longtemps négligé, le virus d'Oropouche circule à grande vitesse dans des régions propices à sa diffusion. Avec le changement climatique, sa zone de risque pourrait s'étendre bien au-delà du bassin amazonien.
Décrit pour la première fois en 1955 à Trinité-et-Tobago, le virus d'Oropouche tire son nom du fleuve traversant la région. Il est transmis principalement par une sorte de diptère hématophage appelé cératopogonidé. Initialement limité au bassin amazonien, il s'est depuis propagé à de nombreux pays d'Amérique latine, dont le Brésil, la Colombie, le Pérou ou encore la Bolivie, explique le magazine SciTechDaily. Sa propagation est facilitée par des conditions climatiques favorables, notamment les fortes pluies et les températures élevées et constantes.
Pendant de nombreuses années, la maladie est restée sous-diagnostiquée, ses symptômes étant facilement confondus avec ceux de la dengue ou du virus Zika: fièvre, maux de tête, douleurs articulaires et musculaires, frissons, nausées, vomissements et parfois éruptions cutanées. Si la plupart des patients guérissent, des formes plus sévères ont été observées. Ces dernières provoquent des infections du cerveau telles que des méningites.
Depuis fin 2023, les infections signalées en Amérique latine et dans les Caraïbes ont dépassé les 20.000 cas, sans que l'on comprenne pourquoi. Deux décès ont été rapportés chez des femmes jeunes et en bonne santé, et plusieurs cas d'infection pendant la grossesse semblent avoir provoqué des fausses couches ou des malformations chez des bébés à naître.
Le virus d'Oropouche est transmis par des insectes qui prospèrent dans des conditions chaudes et humides. Les chercheurs ont d'ailleurs constaté que les épidémies étaient plus fréquentes en périodes de fortes pluies et de températures élevées, notamment pendant le phénomène El Niño, ce climat favorisant la multiplication des moucherons vecteurs de la maladie.
Le réchauffement climatique responsable ?
Drexler, directeur du laboratoire d'épidémiologie virale à l'Institut de Virologie de l'Hôpital de la Charité de Berlin. Je pense qu'il est possible que le virus d'Oropouche se répande de plus en plus à l'avenir à cause des changements dus au dérèglement climatique».
Les chercheurs ont utilisé des modè« Dans certaines régions, au moins une personne sur dix a déjà été infectée par le virus d'Oropouche rappelle Jan Félix les d'apprentissage automatique pour prédire les zones à risque, identifiant l'Amazonie comme le principal foyer potentiel, mais notant aussi un risque croissant dans les Caraïbes, en Amérique centrale et dans certaines parties du Brésil.
La prudence est particulièrement recommandée pour les femmes enceintes et les chercheurs conseillent de consulter un médecin avant tout voyage dans les zones à risque.
Face à la progression rapide du virus d'Oropouche, il est nécessaire d'intensifier la surveillance, d'améliorer le diagnostic différentiel avec les autres maladies et d'accélérer la recherche sur un éventuel vaccin. Ce n'est qu'à ce prix que nous pourrons éviter une nouvelle crise sanitaire. (selon SLATE)
Le phénomène des prostituées qui louent des Airbnb prend de l'ampleur, comme mis en évidence par le reportage d’Envoyé spécial, sur France 2, diffusé le 17 avril. Obernai, deuxième ville touristique du Bas-Rhin, semble prisée de ces escorts. Mais leur activité, censée rester discrète, a « mis en tension » un quartier fin avril. Les gendarmes ont ouvert une enquête.
La richesse de l’offre en Airbnb du centre-ville d’Obernai n’attire pas que les touristes. Elle intéresse aussi en premier lieu des prostituées (appelées “escorts” par les consommateurs) si l’on se fie à la bonne vingtaine d’annonces qu’on trouve sur un des sites internet référençant ces services. Des annonces postées par des femmes proposant plusieurs villes et qui n’habitent de toute évidence pas Obernai.
Le site internet en question mentionne aussi la présence de femmes vendant leurs corps à Molsheim et, de manière plus épisodique, à Dorlisheim, Altorf ou Gertwiller pour ne citer que les annonces sur lesquelles nous sommes tombés. Là aussi très probablement en louant des Airbnb.
Elles sont facilement identifiables : les annonces affichent photos à visage découvert et numéro de téléphone. « La prostitution n’est pas interdite en France. Ce qui est interdit, c’est la consommation de ces services », rappelle Menderes Kilinc, le commandant de la brigade de gendarmerie d’Obernai.
Une première alerte en janvier
Son unité a été amenée à enquêter pour la première fois à partir de janvier 2025 sur ce phénomène à Obernai, sollicitée par des habitants de la Vorstadt, le discret faubourg médiéval aux maisons alsaciennes et aux rues étroites. Mais la fille qui était présente avait rapidement quitté les lieux, empêchant de réunir des éléments. Elle aurait été présente déjà avant Noël selon les riverains, puis à nouveau en janvier, avant quelques mois de pause.
Ce n’est que courant avril que les gendarmes ont à nouveau été appelés par des riverains. « Ça devenait super gênant, avec un va-et-vient constant d’hommes, surtout des vieux et des très jeunes, avec leur portable, qui cherchaient l’entrée, parce que le numéro 3 de la rue n’est pas indiqué. Ils sont rentrés dans notre cour, ont frappé à la porte de voisins. Ça a mis le quartier en tension », témoigne une habitante qui préfère rester anonyme, par crainte des représailles d’éventuels proxénètes qui seraient derrière.
Les gendarmes ont pris contact avec les prostituées, deux Brésiliennes dont l’une domiciliée dans le Bas-Rhin, qui ont affirmé travailler à leur compte.
Une contravention pour un consommateur
« L’enquête se poursuit. On essaye de savoir s’il y a un réseau ou non derrière les filles. Et on a convoqué les personnes identifiées en train d’attendre là-bas et qui n’habitent pas le quartier », précise le major Kilinc, qui indique que le Parquet et le sous-préfet ont été informés. Ce sont les signalements du voisinage qui ont permis aux gendarmes d’agir.
« Un consommateur a eu une contravention » pour avoir eu une relation tarifée, complète Anthony Lacombe, qui commande la compagnie de gendarmerie de Molsheim, dont dépend Obernai. « On a aussi attiré l’attention des propriétaires sur le fait qu’ils risquent des poursuites pour proxénétisme et que c’était dans leur intérêt de stopper la location. » Ce qu’ils ont fait.
Des riverains regrettent toutefois que les propriétaires (un frère et une sœur qui mettent en location de tourisme deux appartements depuis six mois, dans un même bâtiment) ne l’aient pas fait plus tôt, dès qu’ils ont été alertés.
Les prostituées auraient déménagé dans le centre-ville
La vigilance reste en tout cas de mise dans le quartier. « Un voisin qui s’est fait passer pour un client a découvert qu’elles sont maintenant dans un autre Airbnb, rue Dietrich », dans le centre-ville, à quelques centaines de mètres à peine, indique la riveraine que nous avons contactée, copie écran à la clé d’un échange avec la prostituée. (selon les DNA)
Née au Hohwald, la psychiatre Adélaïde « Haïdi » Hautval (1906-1988) fut rescapée des camps de concentration nazis où son engagement de médecin en faveur des autres déportés lui valut le titre de « Juste parmi les Nations ».
Originaire du Hohwald, Adélaïde Hautval grandit à Guebwiller et suit des études de médecine à Strasbourg. Son père, Philippe Jacques Haas (1862-1935), fut pasteur réformé au Hohwald, de 1890 à 1911. C’est lui qui fit construire l’église protestante du village. Refusant d’être muté en Allemagne, il s’installe en 1911 avec sa famille à Guebwiller, ville d’origine du père de Philippe.
En 1920, « pour une raison avant tout patriotique » et en référence au Hohwald, il demande à franciser son nom en Hautval. Cette demande est refusée, mais il adopte quand même, pour lui et ses enfants, le patronyme Haas-Hautval. Haïdi renouvellera la demande, qui sera officialisée en 1951.
Après avoir créé et dirigé, entre 1933 et 1936, au Hohwald , avec son frère Emmanuel, un “institut médical privé pour enfants nerveux”, Adélaïde Hautval part se perfectionner en psychiatrie infantile en Suisse. Elle évite ensuite de rentrer en Alsace occupée et devient interne dans le Sud-Ouest.
« Puisque vous défendez les juifs, vous partagerez leur sort ! »
En février 1942, elle est interne à l’hôpital psychiatrique de Lannemezan, dans les Hautes-Pyrénées, quand sa mère décède à Guebwiller. Elle sollicite un congé mais son bagage se perd. Le croyant bloqué à Vierzon, Haïdi franchit la ligne de démarcation le 29 mai sans laissez-passer. Et se fait arrêter par la Feldgendarmerie… C’est le point de départ de son extraordinaire histoire.
Arrêtée, elle est emprisonnée pour cinq semaines. À Bourges, elle partage sa cellule avec une femme portant l’étoile jaune. Par solidarité, elle s’en confectionne une. La Gestapo lui remet alors un bandeau “Amie des Juifs” à coudre sur son vêtement. On lui dit : « Puisque vous défendez les Juifs, vous partagerez leur sort !
»Elle arrive dans le camp de Pithiviers le 15 juillet 1942. Le lendemain sont amenés les « raflés » du Vel’d’Hiv. Déjà, elle agit L’une des premières françaises reconnues Juste parmi les Nationsen médecin face à l’horreur : elle examine, soigne, isole les contagieux… Elle arrive à Auschwitz le 27 janvier 1943. On lui tatoue le numéro 31802. Elle est affectée comme médecin dans des blocks infirmiers à Auschwitz I, Birkenau puis Ravensbrück. Elle aide tant qu’elle peut les femmes qu’on lui amène, par le biais de faux certificats, de faux traitements, de changements d’identité et de matricules… Elle refuse plusieurs fois de participer à des expériences médicales. Elle tient même tête à « l’ange de la mort », le Dr Mengele.
L’une des premières françaises reconnues Juste parmi les Nations
Comment a-t-elle survécu ? Alors qu’elle devait être exécutée, en août 1943, elle a été endormie et sans doute cachée par une déportée communiste, Orli Wald. Une autre fois, elle était donnée pour morte après avoir été atteinte par le typhus.
Après-guerre, elle devient médecin scolaire et s’installe dans la région parisienne, à Groslay. En 1965, elle est l’une des premières françaises reconnues Juste parmi les Nations. Le 12 octobre 1988, célibataire et sans enfant, atteinte de tremblement essentiel, elle met fin à ses jours, à 82 ans, par absorption de médicaments.
À l'occasion du 80e anniversaire de la libération des camps de concentration et d'extermination (1945-2025), la section déodatienne de la FNDIRP, en partenariat avec la Ville de Saint-Dié-des-Vosges, propose une exposition pédagogique et mémorielle.
"Si l'écho de leurs voix faiblit, nous périrons" : la formule de Paul Eluard reste d'actualité, pour entretenir la mémoire des millions de victimes du système concentrationnaire nazi, établi dans de nombreux pays d'Europe par le régime totalitaire de l'Allemagne hitlérienne. En écho au 80e anniversaire de la libération du camp d'Auschwitz (27 janvier), à la journée nationale du souvenir des victimes et héros de la déportation (27 avril) et la commémoration de la victoire sur l'Allemagne nazie en 1945 (8 mai), la section de Saint-Dié-des-Vosges de la Fédération nationale des déportés et internés résistants et patriotes (FNDIRP) propose un programme de rendez-vous mémoriels, en partenariat avec la Ville, dont cette exposition visible sur le plateau supérieur de l'ex-médiathèque V.-Hugo (accès par la place G. Trimouille, à l'arrière du Musée P.-Noël).
Les Canadiens ont élu Mark Carney, nouveau chef du Parti libéral, comme Premier ministre, mardi 29 avril 2025. Les libéraux, pourtant en difficulté en début d’année, formeront un gouvernement minoritaire. Chronique.
Les Canadiens ont tranché : ils ont choisi les libéraux pour former le prochain gouvernement et Mark Carney, le nouveau chef libéral, a été élu comme premier ministre. Un vrai miracle pour les libéraux qui, au début de l’année, traînaient loin derrière les conservateurs. Mais ils vont devoir gouverner sans avoir de majorité à la Chambre des communes, le Parlement canadien. Et ce ne sera pas facile.
Suspens électoral
C’est passé 22 h, heure de Montréal, que les médias locaux ont annoncé la victoire des libéraux à ces élections, sans toutefois prédire s’il s’agirait d’un gouvernement majoritaire – donc avec une majorité de députés – ou minoritaire.
La soirée électorale s’est par la suite étirée en longueur et, à l’heure actuelle, des luttes sont si serrées que les résultats définitifs ne sont pas encore connus… des vraies montagnes russes !
Les résultats ont commencé à entrer en début de soirée en provenance des provinces atlantiques : Terre-Neuve-et-Labrador, la Nouvelle-Écosse, le Nouveau-Brunswick et l’Île-du-Prince-Édouard. Et la soirée a commencé un peu plus difficilement que prévu pour les libéraux, car la performance des conservateurs a été meilleure que les projections, avec des gains dans plusieurs comtés. Mark Carney peut dire merci au Québec, qui lui a donné la poussée nécessaire pour décrocher la victoire. La province de l’Ontario, la plus grande du Canada, a donné des gains importants aux conservateurs au détriment des libéraux. Et en Colombie-Britannique, dans l’ouest du pays, conservateurs et libéraux ont performé également.
Pari gagné pour Mark Carney
C’est l’épouse de Mark Carney, Diana, qui, passé une heure du matin, est venue présenter fièrement son mari devant un parterre de partisans à Ottawa. “Qui est prêt à soutenir le Canada avec moi, qui est prêt à bâtir un Canada fort avec moi ?” a demandé d’entrée de jeu celui qui vient de se faire élire premier ministre. Le chef libéral a tenu à féliciter ses adversaires pour leur campagne électorale. Mark Carney a promis de travailler en équipe avec les provinces, les territoires, les Premières Nations mais aussi les partis d’opposition pour renforcer l’économie canadienne : “Nous allons protéger notre territoire, nos ressources et notre pays”, a-t-il déclaré.
Le premier ministre dit qu’il va gouverner pour tous les Canadiens et a tenu à remercier les Québécois pour la confiance qu’ils lui ont donnée. “Mon gouvernement va travailler pour vous tous, mettons fin aux divisions et aux colères du passé, nous sommes tous Canadiens et mon gouvernement va travailler pour et avec tout le monde”, a conclu Mark Carney. “Nous allons renforcer nos relations avec des partenaires fiables et si les États-Unis ne veulent plus jouer un rôle de premier plan dans l’économie mondiale, nous allons prendre la place”, a poursuivi le chef libéral.
Défaite douce-amère pour Pierre Poilievre et les conservateurs
C’est une défaite douce-amère pour Pierre Poilievre : amère parce qu’il n’a pas remporté ce scrutin, mais douce parce qu’il a gagné vingt sièges de plus qu’en 2021, lors du dernier scrutin, et recueilli près de 42 % des suffrages, à quasi-égalité avec les libéraux, qui ont eu 43 %. Il peut donc garder la tête haute au sortir de cette élection. Et c’est un discours très combatif qu’il a livré devant ses partisans : “Ce sera un grand honneur de continuer à me battre pour vous”, a-t-il déclamé, en soulignant que le changement prend parfois du temps à se réaliser.
Le chef conservateur a tenu à féliciter Mark Carney pour sa victoire et il promet de mettre le Canada en priorité pour combattre les tarifs douaniers de Donald Trump : “Tous les jours nous n’allons pas cesser de nous battre pour le peuple canadien”. C’est donc un discours d’unité qu’offre le chef conservateur face à la menace américaine. Et il dit à Mark Carney : à la prochaine fois.
Le Bloc québécois sauve les meubles au Québec
Les gains des libéraux au Québec se sont faits au détriment du Bloc québécois, le parti qui défend les intérêts du Québec à la Chambre des communes et qui ne présente des candidats qu’au Québec. Les libéraux ont gagné une dizaine de sièges dans la belle province et le Bloc en a perdu dix.
“Le Bloc québécois a fait une campagne de cœur, une campagne de passion, à la hauteur de ce que sont les Québécois”, a dit le chef Yves-François Blanchet, qui a dit regretter les défaites de plusieurs députés sortants de son parti. Il a remercié les militants de son parti. Le Bloc se retrouve dans une situation inédite : il peut être la balance du pouvoir, le parti avec lequel le premier ministre libéral va devoir négocier pour se maintenir au pouvoir.
Yves-François Blanchet a précisé : “Nous imposerons une réalité que le Québec est une nation française, une nation laïque et responsable en matière d’immigration réussie et nous prenons aussi la mesure de la responsabilité qui sera la nôtre”. Il promet de défendre les grands secteurs d’activité du Québec, le bois d’œuvre, l’aluminium, ainsi que la protection de la culture et de la langue françaises.
Une soirée difficile pour le Nouveau Parti démocratique et son chef
Le grand perdant de ces élections, c’est le NPD (Nouveau Parti démocratique) et son chef Jagmeet Singh, qui a d’ailleurs perdu son siège de député de la Colombie-Britannique. Il a annoncé sa démission et quittera son poste dès qu’un nouveau chef ou une nouvelle cheffe sera élu-e.
Le NPD se retrouve avec sept députés : c’est une défaite historique pour ce parti, situé le plus à gauche sur l’échiquier politique canadien. La politique est parfois bien cruelle…
Le Canada sort divisé de cette élection, entre les libéraux d’un côté et les conservateurs de l’autre. Et Mark Carney va avoir un double défi : affronter Donald Trump, négocier avec lui un nouvel accord de libre-échange, mais aussi gouverner avec un gouvernement qui n’a pas la majorité au Parlement canadien (vérifier les derniers chiffres), donc qui peut être renversé par les partis d’opposition si ces derniers le jugent nécessaire.
“Les mois seront difficiles et ils vont exiger des sacrifices, les défis devant nous sont intimidants, nous avons beaucoup de chemin à faire mais j’ai confiance en vous, j’ai confiance en le Canada”, a conclu le nouveau premier ministre dans un discours rassembleur. (selon TV5 - Monde)
Après avoir frôlé l’extinction, le chat forestier sort du bois dans notre région jusqu’à occuper aujourd’hui presque toute la plaine du Rhin ainsi que le massif vosgien. Plus proche des agglomérations, il est davantage susceptible de se reproduire avec des chats domestiques, au risque… de ruiner l’espèce.
Un dangereux malfaiteur. C’est par ces termes que l’on considère le chat forestier ( Felis silvestris silvestris , auparavant appelé chat sauvage) dans les pages d’un ouvrage de 1948 qui détaille… les techniques de capture des animaux à fourrure. Au XIXe siècle, des naturalistes en parlaient comme d’une bête sanguinaire… Également décrit comme une bête noire des chasseurs, le chat forestier a été quasiment éradiqué jusqu’à ce qu’il obtienne le statut d’espèce protégée en 1979, au même titre que le seul autre félidé autochtone qui hante nos forêts : le lynx boréal.
En France, le chat forestier est essentiellement présent dans le Grand Est ainsi que dans le nord de la Bourgogne, où il a pu se maintenir grâce aux vastes massifs forestiers du nord-est au sein desquels les survivants ont réussi à échapper aux piégeages. Contrairement à ses congénères domestiques, il boulotte peu ou prou les oiseaux : 90 % de son régime alimentaire se fonde sur les rongeurs. « C’est une vraie usine à micromammifères… » résume le président de l’Observatoire des carnivores sauvages (OCS), Alain Laurent.
« Une espèce que l’on pensait ne plus revoir »
Depuis quelques décennies, le chat forestier regagne du terrain en Alsace, au point d’être présent partout. « Il fait partie des espèces que l’on revoit aujourd’hui et que l’on pensait ne plus revoir il y a trente ans », se réjouit Christian Braun, membre du Gepma (Groupe d’étude et de protection des mammifères d’Alsace) et de l’OCS. Pour autant, aucun d’entre eux ne viendra se faire caresser sous le menton, le chat forestier étant particulièrement méfiant.
Il a franchi le Rhin en 2005
Parti des vastes massifs forestiers alsaciens, il occupe désormais toute la région, même s’il se heurte aux milieux fragmentés ou monospécifiques, comme les plantations d’épicéas que ses proies évitent. « Il a même franchi le Rhin en 2005, alors que c’est un animal particulièrement anthropophobe », poursuit le naturaliste. Le chat forestier ne s’était pas maintenu dans le Pays de Bade voisin en raison de l’absence de ces grandes forêts, probablement. Autrefois présent dans toute l’Europe, on ne le trouve aujourd’hui que dans des zones disjointes : Pyrénées et péninsule ibérique, Apennins et sud de l’Italie, Balkans, Carpates, côtes de Turquie, massif du Harz en Allemagne, Belgique, Luxembourg et est de la France.
Plus de collisions sur les routes
Preuve de cet essor, « les données de chat forestier enregistrées sur www.faune-alsace.org ont augmenté de 30 % ces dix dernières années », relève Christian Braun. Parmi celles-ci figurent de nombreuses photos issues de pièges-photos ainsi que des photos de chats percutés par des voitures. L’essor du chat forestier ayant pour corollaire l’augmentation des collisions, sur les routes.
Comment expliquer cet essor ? « Par l’arrêt du piégeage », assure Christian Braun. En Suisse aussi, le chat forestier s’était volatilisé pour les mêmes raisons, il revient aujourd’hui en force, notamment dans le Jura. Le 14 avril dernier, trois chats forestiers recueillis en mauvaise santé puis soignés avaient été relâchés dans le canton de Bâle-Campagne.
À l’Observatoire des carnivores sauvages, Alain Laurent, son président, remarque que le chat forestier s’invite aussi sur les crêtes en raison du changement climatique et de la diminution du manteau neigeux, qui l’empêche de capturer ses proies.
Les plus grandes densités… dans les forêts urbaines
Fait surprenant, les cartes de répartition les plus récentes montrent que les concentrations les plus importantes de chats forestiers, d’après les informations recueillies sur le terrain et traitées via la base de données www.faune-alsace.org , ont été localisées… dans les forêts urbaines, celles de la Robertsau ou d’Illkirch-Graffenstaden, ou encore à l’est de Colmar. Le chat forestier n’apprécie pourtant pas la proximité de l’homme… « C’est probablement lié au fait qu’il y a plus de monde donc d’observations dans ces forêts, poursuit Christian Braun. Mais cela montre aussi que l’aire de répartition du chat forestier s’élargit jusqu’à nos portes. On les voit de plus en plus proches des agglomérations. »
Une menace vieille de 10 000 ans
Toujours plus actuelle et préoccupante à mesure que le félidé s’approche des maisons : l’hybridation. Ce rapprochement implique l’émergence d’une menace pour le chat forestier. Une menace vieille de 10 000 ans mais qui se fait toujours plus actuelle et préoccupante à mesure que chats forestier et chats domestiques ou chats domestiques revenus à l’état sauvage peuvent s’accoupler en effet et plus les premiers se rapprochent des habitations, plus les chances de rencontre, voire d’accouplement augmentent, c’est mathématique…
Pas de plan national pour limiter l’hybridation
En 2018, la doctorante Sabrina Maradan a soutenu à la Faculté de médecine de Créteil un doctorat vétérinaire consacré à l’hybridation et à l’avenir du chat forestier. « L’hybridation est une menace majeure qui ne peut que s’amplifier avec l’anthropisation de l’environnement et la destruction des barrières physiques entre l’homme (et ses animaux domestiques) et le chat forestier, écrit-elle dans son rapport. Elle est majeure au point où l’on se demande si l’on peut encore parler de race pure, aujourd’hui : après un accouplement entre un chat forestier et un chat domestique, les chatons de la troisième génération sont hybrides, c’est-à-dire qu’il devient difficile de percevoir la différence entre eux et un chat forestier. Avec la pression de l’homme, c’est la plus grande menace qui pèse sur cette race et pourtant, il n’existe aucun plan national pour la contrer. » En Écosse, l’espèce s’est éteinte pour cette raison.
Qui plus est, les chats domestiques peuvent être vecteurs de maladies mortelles pour le chat forestier, telles que le Fiv, le sida des chats ou la leucose féline.
« La responsabilité d’un bon état de conservation »
En Alsace, l’OCS et le Gepma relèvent des preuves croissantes d’hybridation. « Sur des photos qui nous sont parvenues, on voit un chat forestier accompagné par un chaton blanc, par exemple », illustre Christian Braun. « Dans les vallées vosgiennes avec leur habitat dispersé, cette hybridation doit être largement sous-estimée », suggère Alain Laurent. Le taux d’hybridation des chats forestiers alsaciens demeure pour l’instant méconnu, en raison de l’absence de recherches allant dans ce sens. Mais des associations comme le Gepma y songent de plus en plus. « Nous avons la responsabilité d’un bon état de conservation parce qu’il y a beaucoup de trous dans la répartition européenne du chat forestier. »
En attendant, les naturalistes recommandent de limiter les divagations de chats en particulier pendant le rut, en janvier et février, et de renforcer les campagnes de stérilisation. La SPA indique mener de telles campagnes en France, mais rien pour l’instant en Alsace, faute de structures dédiées… (selon les DNA)