Inde : la condition des femmes
Le viol suivi du meurtre d'une interne en médecine, survenu le 9 août dans un hôpital public à Calcutta, a suscité une vague d'indignation partout dans le pays. Un sombre événement qui jette une lumière crue sur la fréquence des agressions sexuelles en Inde.
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L'affaire aurait pu n'être qu'un tragique fait divers, mais elle a déclenché un véritable séisme dans la société indienne. Près de deux semaines après le viol et le meurtre d'une interne en médecine de 31 ans dans un hôpital de Calcutta, la Cour suprême, qui s'est elle-même saisie du dossier, a dénoncé ce mardi un crime « horrible » et « épouvantable », soulevant l'épineuse question de la fréquence des agressions sexuelles en Inde.
« Alors que de plus en plus de femmes rejoignent le marché du travail, la nation ne peut pas attendre un autre viol pour que les choses changent sur le terrain », a déclaré le président de la Cour, D. Y. Chandrachud. Si la police a arrêté un suspect qui travaillait dans le même hôpital que la victime, la famille de cette dernière soupçonne un viol collectif, pratique qui n'a rien de rare dans la société indienne.
Culture du viol
En 2018, la Fondation Thomson Reuters attribuait à l'Inde le titre peu enviable de « pays le plus dangereux pour les femmes ». La situation ne s'est guère améliorée, dans un Etat où le taux de criminalité envers celles-ci a augmenté de 50 % au cours de la dernière décennie. En 2022, on comptait près de 90 signalements de viols par jour.
Un nombre relativement faible si on le rapporte à la taille de la population indienne (1,4 milliard d'habitants) et si on le compare aux 250 viols commis chaque jour en France. Mais il reste très éloigné de la réalité, dans la mesure où la pression sociale incite la plupart des victimes à ne pas porter plainte. En 2016, 79 % des Indiennes déclaraient avoir subi au moins une agression sexuelle.
En cause, « les attitudes et préjugés patriarcaux bien ancrés » dans la société indienne, qui exposent en particulier les femmes « aux violences sexuelles et non sexuelles », selon la Cour suprême. « Les proches des patients sont plus susceptibles de s'en prendre au personnel médical féminin », poursuit-elle. L'usage de la violence est banalisé jusqu'au sein du foyer, puisque 65 % des Indiens estiment normal de battre leur femme « dans certains cas », en particulier si elle sort sans permission (39 %), qu'elle néglige les tâches ménagères (35 %) ou qu'elle ne fait pas bien la cuisine (29 %).
« Trop c'est trop »
L'affaire de Calcutta, tel un électrochoc, a déclenché une vague de manifestations à l'initiative des médecins et des professionnels de santé, bientôt rejoints par des dizaines de milliers d'Indiens. Partie de Calcutta, la contestation s'est rapidement propagée à l'ensemble du pays. « Trop c'est trop », pouvait-on lire sur les pancartes brandies par des médecins à l'occasion d'un rassemblement qui avait lieu samedi à New Delhi.
La vague d'indignation dépasse la condition des médecins. « Si les femmes ne peuvent pas aller travailler et que les conditions ne sont pas sûres, nous leur refusons l'égalité », a reconnu DY Chandrachud, représentant de la plus haute juridiction du pays.
Laxisme des autorités
En 2012, le viol et le meurtre d'une étudiante en médecine dans un autobus à New Delhi avaient déjà suscité une vive émotion dans le pays, incitant le gouvernement à faire voter, un an plus tard, une loi criminalisant le viol et musclant les sanctions pénales contre les agresseurs.
Néanmoins, le texte peine à être appliqué, en particulier au premier échelon, celui des policiers. En mai 2022, dans l'Etat d'Uttar Pradesh (au nord), une jeune fille de 13 ans, issue de la caste la plus inférieure, était venue porter plainte au commissariat pour avoir été contrainte pendant plusieurs jours à des viols collectifs par quatre hommes. Le policier chargé de la déposition lui avait alors fait subir une nouvelle agression sexuelle. (selon "Les échos")
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