Où se situera le débat démocratique ?

En cette année électorale 2020, il semblerait que les opposants aient bien du mal à se retrouver et à constituer une liste. Une liste unique ne permettra pourtant guère d'alimenter un débat et une confrontation des idées nécessaires à un bon fonctionnement de la démocratie. Il est à peu près acquis aujourd'hui qu'aucune liste concurrente à celle de la majorité sortante ne verra le jour, une majorité qui a pourtant beaucoup été critiquée lors des mandats successifs du maire actuel. On peut se demander comment on en est arrivé là.
1971 : "le Xavier"
L'année évoquée marque un tournant dans la démocratie (ou "l'anti-démocratie") villoise. La liste des sortants (liste Paul Bastien) fut attaquée régulièrement à raison d'un tract hebdomadaire pendant un trimestre, non pas sur le plan politique ou sur celui de la gestion municipale, mais des attaques personnelles de bas étage systématiques. Chaque semaine, un autre membre de l'équipe sortante fut moqué et dénigré. Faute de l'avoir pris à la légère, les sortants furent largement battus et leurs quelques représentants élus ne siégèrent plus ou démissionnèrent. L'affaire du Xavier hanta longtemps les esprits et fut un frein au débat démocratique.
Aux élections suivantes de 1977, l'ambiance fut plus calme, mais la liste d'opposition de Marc Weill n'obtint que trois sièges et n'eut guère de moyens de peser sur les débats.
1983 : débat politique
Changement d'ambiance. Trois listes se présentèrent : la liste du maire sortant Herrbach, la liste Marc Weill et celle que je menais et intitulée "liste de la majorité présidentielle". A l'époque, les choses avaient changé : au niveau national, avec François Mitterrand élu en 1981, il semblait impossible que la gauche soit absente du débat. Personne ne songeait à ce moment que les candidats ne devaient pas annoncer leur étiquette. On était loin des conceptions "macroniennes" d'aujourd'hui qui imagine cacher les appartenances politiques dans les communes de moins de 9000 habitants, histoire de camoufler une débâcle électorale à venir.
Toujours est-il que la surprise fut totale en 1983 de voir, dans cette petite commune de Villé très marquée à droite, une liste de gauche contraindre au ballotage le maire Lucien Herrbach. Et quand bien même ils ne furent pas élus, tout en réalisant un score honorable de 40%, ses représentants furent respectés pour la campagne qu'ils avaient menée.
Les deux scrutins suivants ne virent guère d'opposition monter en ligne, et en 2001 il faillit en être de même.
2001 : Personne n'y avait pensé

Le maire Jean-Marie Watt ne se présentant plus, une nouvelle équipe se lançait dans la conquête de la mairie, avec à sa tête le novice André Frantz. J'avais moi-même envisagé de présenter une liste, mais finalement j'avais décidé de renoncer faute de candidats volontaires. Certains de mes amis politiques se retrouvèrent sur la liste unique du futur maire.
Oui, mais voilà : une "liste sauvage" se présenta au dernier moment et il y eut ballotage pour un siège. Je profitai de l'occasion pour entrer de façon très inattendue au conseil municipal. Seul membre de l'opposition depuis bien longtemps, j'en ai profité pour obtenir des présidences de commission (agriculture-forêt, marché du terroir, industrie-artisanat, transports) et des délégations (syndicat des 26 communes forestières, ADAC, collège de Villé, CCAF - commission consultative d'aménagement foncier, et CCC = commission communale de la chasse) et c'est ainsi que j'ai pu faire avancer de nombreux dossiers, malgré le frein que représentait le maire.
Je ne suis plus au conseil depuis 2008. Il semblerait que toutes ces commissions ne se réunissent plus. Le maire décide maintenant seul, même ses colistiers se plaignent de ne pas être au courant des affaires. La démocratie est à nouveau au plus bas.
De plus, le mode de scrutin a changé et ne favorise pas les candidatures multiples dans les petites communes. Mais je reviendrai là-dessus ultérieurement.