À neuf mois des municipales, cette « grande démission » interroge. Jamais autant de maires n’ont démissionné qu’au cours du mandat actuel, révèle ce jeudi une étude du Cevipof et de l’Association des maires de France (AMF). Entre juillet 2020 et mars 2025, le ministère de l’Intérieur a enregistré 2 189 démissions de maires, un chiffre multiplié par trois en l’espace de trois mandats (417 démissions en moyenne par an sur la période 2020-2025, contre 129 sur la période 2009-2014). « Il ne se passe plus un jour en France sans qu’un édile démissionne », note le politologue Martial Foucault, l’auteur de l’étude.
Bien que fortement médiatisées ces derniers mois, les agressions contre les élus jouent un rôle très mineur dans ce phénomène. « Il existe moins d’une quarantaine de cas où l’édile, victime de menaces ou d’intimidation, a choisi de quitter ses fonctions », observe Martial Foucault. Avec 31 % des cas recensés, la cause principale de démission réside dans les tensions au conseil municipal, ces désaccords ayant lieu le plus fréquemment au sein même de la majorité. Las de voir leurs décisions, mais également leurs méthodes et leur personnalité remises en question, des maires rendent leur écharpe.
Crise la fonction, crise de l’action
Pour Martial Foucault, c’est révélateur d’une « crise de préparation à la fonction. Même si les personnes qui deviennent maires le sont après avoir été conseillers municipaux ou adjoints, la fonction de maire correspond à un autre rôle pour lequel ces derniers ne sont pas tous prêts. » Élue maire de Lampertheim (Bas-Rhin) pour la première fois en 2020 et secrétaire générale de l’AMF, Murielle Fabre reconnaît s’être elle-même posé la question. Dans sa commune de 3 500 habitants, elle a également constaté une « crise de l’action ». « Il faut redonner aux maires la capacité d’agir par des finances locales adaptées et de la décentralisation », plaide-t-elle.
Martial Foucault et Murielle Fabre pointent également les spécificités de ce mandat 2020-2025, à commencer par les élections en pleine crise du Covid. « Pendant de longs mois, les équipes n’ont pas pu se retrouver en présentiel. Cela a nécessairement interrompu une dynamique collective », analyse le politologue. « On a ensuite dû gérer la crise énergétique, l’instabilité gouvernementale, la gestion des catastrophes climatiques, les émeutes… On navigue à vue depuis cinq ans », complète l’élue. Les autres causes principales de démissions sont les successions programmées (13,7 % des départs volontaires), dans lesquelles le maire élu annonce dès le départ qu’il passera la main en cours de mandat, et les problèmes de santé physique et mentale (13,1 %).
Statut de l’élu
Les communes de moins de 500 habitants restent les plus touchées (42 %), mais dans une proportion moindre que lors du mandat précédent (58 % des démissions entre 2014 et 2018). En revanche, les villes de 1 000 à 3 500 habitants ont fait face ces cinq dernières années à une vague sans précédent de départs volontaires et concentrent à elles seules 25 % des démissions. Sans qu’un facteur explicatif n’ait été repéré, certains départements sont particulièrement concernés par ces démissions, comme l’Isère, la Haute-Garonne, la Charente, l’Essonne, le Nord ou encore le Tarn-et-Garonne.
Cette vague de démissions « pose la question de l’attractivité » de la fonction de maire, note Martial Foucault. Pour lui, comme pour Murielle Fabre, une partie de la solution se trouve dans la proposition de loi sur le statut de l’élu, adopté à l’unanimité au Sénat en mars 2024, qui sera examinée lors de la session extraordinaire du Parlement en juillet. Ce texte « améliore les conditions matérielles et sociales de l’exercice du mandat », en augmentant notamment les indemnités et en facilitant les reconversions. (selon les DNA)