
En ce dimanche, la presse régionale titre "les ambitions chinoises des Alsaciens", "Nos élus prospectent la Chine de l'Ouest", et j'en passe. Alors qu'en est-il ? Un nouvel Eldorado pour le patronat alsacien en recherche de délocalisations ? Une collaboration sino-alsacienne pour le développement de l'Alsace ? Enquête.
En novembre 2014, une délégation chinoise avait été accueillie par Philippe Richert et ses collaborateurs au Conseil Régional. Et en retour, une délégation alsacienne, comprenant entre autres André Reichardt (Philippe Richert étant en déplacement en Suisse), Marie-Reine Fischer et le technicien François Bouchard, s'est rendue en Chine. La Région Alsace a déjà un accord de coopération avec la province du Jiansu dans l'Est du pays. Alors pourquoi ne pas s'étendre à l'Ouest à Chengdu, dans la province du Sichuan ? Officiellement, il s'agit aussi d'attirer plus de touristes chinois en Alsace, en faisant passer les nuitées de ces riches visiteurs de 7000 à 40000. Alors, après tout, où est le problème ?
De nombreuses entreprises fuient le Jansu !

Car au Jansu, la vie des entreprises occidentales n'est plus si rose, alors il faut délocaliser plus à l'ouest dans des provinces plus favorables à leurs bénéfices. Les raisons sont multiples : lors de leurs installations, les industriels ont laissé au gouvernement local l'intégralité des dépenses liées à leur installation. Celui-ci croule sous les dettes et augmente donc les impôts de façon intolérable pour ceux qui étaient venus pour fabriquer à moindre coût. Certains secteurs, comme par exemple la contruction navale ou les panneaux solaires, sont en surcapacité. Autrement dit, la province du Jansu connaît une crise égale à celles du Brésil en 1989, 1993 et 1999. L'état exact de la situation plus que préoccupante du Jansu est en fait une inconnue, la Chine n'ayant pas pour habitude de rendre publique la situation financière réelle. Selon un économiste chinois de la Deutsche Bank, le Jansu serait, sur les 31 provinces que comporte la Chine, celle qui a la plus grande dette publique, au point que l'Etat central de Pékin lui interdit tout nouvel investissement pour installer des zones d'activités. La situation est d'ailleurs confirmée par le Crédit Suisse et Standard Chartered. Et c'est ainsi que des entreprises telles Rongsheng Heavy Industries Group (8000 employés) ont été mises en faillite. Les salariés licenciés, déjà peu payés pour travailler, n'ont d'autre ressource que de retourner dans leur village cultiver un lopin de terre. Dans d'autres entreprises du sud de cette province, où l'on retrouve surtout des aciéries, les salariés travaillent au ralenti. Un peu partout, il ne reste que des friches industrielles.
Et qu'en est-il du Sichuan et de Chengdu ?

L'ambassadeur de France en Chine, Maurice Gourdault-Montagne, avait conseillé beaucoup de prudence aux investisseurs alsaciens. Mais, vont-ils en tenir compte ? Rien n'est moins sûr. Certes, s'éloignant vers l'ouest, le coût de la main d'oeuvre est moindre (ce qui intéresse nos industriels) et le Sichuan est à la fois industriel et touristique (d'où l'intérêt de nos élus qui croient résoudre les problèmes d'emploi chez nous par des échanges touristiques). Mais tout cela risque de ne durer qu'un temps, car, malgré les belles maquettes présentées par les responsables de cette nouvelle province, tout reste à faire au niveau des infrastructures. Et à ce moment, nos chers délocalisateurs trouveront à nouveau leurs impôts chinois trop cher ? Et ils quitteront à nouveau, en laissant une province chinoise dans la misère avec une gestion impossible de friches industrielles ?
La délocalisation ne crée pas seulement le chômage an Alsace, mais provoque aussi la misère à l'autre bout du monde. Le crime ne profite qu'à quelques actionnaires. Jusqu'à quand ?
Dépôt de lingots d'aluminium au Jansu
Friche industrielle au Jansu
Cheng-Du
Maquette du Global-Center à Cheng-du