Le Pentagone débloque 3,8 milliards supplémentaires
Le Pentagone va renoncer à l'achat de plusieurs avions furtifs F-35 et de drones afin de débloquer 3,8 milliards de dollars supplémentaires pour le mur que le président Donald Trump veut ériger le long de la frontière avec le Mexique.
En réponse à une demande du département de la Sécurité intérieure (DHS), le ministre de la Défense Mark Esper "a décidé de construire 177 miles" (285 km) de mur près de San Diego, El Centro, Yuma, El Paso et Del Rio, a indiqué jeudi à la presse le responsable du Pentagone en charge du dossier, Bob Salesses. M. Esper "a autorisé l'usage d'environ 3,8 milliards de dollars pour répondre à la demande du DHS", a-t-il ajouté. Dans des documents remis plus tôt au Congrès, le Pentagone précise que ces fonds seront transférés à hauteur de 2,2 milliards de dollars des lignes de son budget 2020, allouées à l'achat d'équipements pour l'US Air Force et l'US Navy. Le reste provient des fonds initialement prévus aux opérations extérieures de l'armée américaine (Afghanistan, Syrie, Irak). Cette nouvelle enveloppe porte à 9,9 milliards de dollars les fonds alloués depuis juillet par le ministère de la Défense au mur que Donald Trump a promis d'ériger à la frontière avec le Mexique pour lutter contre l'immigration illégale. M. Trump a promis de construire un mur sur les 3.200 km de frontière entre les Etats-Unis et le Mexique, aux frais du Mexique, au cours de sa campagne électorale de 2016. Après sa victoire, il a demandé au Congrès de lui accorder un budget de quelque 25 milliards de dollars pour ce projet, mais les élus ont rejeté cette demande à plusieurs reprises. Le budget du Pentagone, qui dépasse les 700 milliards de dollars par an, est alloué à des programmes strictement définis par les élus, sur proposition de l'exécutif. Mais le Pentagone dispose de quelque 6 milliards de dollars de fonds discrétionnaires, qui peuvent être reprogrammés à condition qu'ils soient consacrés à des programmes "urgents".
Le mur "prioritaire"
Or M. Esper a jugé que la construction du mur était "prioritaire par rapport aux équipements auxquels ces fonds étaient destinés", a indiqué M. Salesses.
Parmi les équipements sacrifiés, les documents remis au Congrès mentionnent des avions furtifs F-35, des drones armés MQ-9 "Reaper", des avions cargo C-130J et des avions de reconnaissance maritime "Poseidon" P-8. M. Salesses n'a pas exclu que, comme l'an dernier, le Pentagone utilise des fonds prévus pour la construction de bâtiments militaires (habitations, écoles, hangars etc.) pour financer encore davantage le mur frontalier. "Je sais qu'il y a des discussions en cours, mais aucune décision n'a été prise", a-t-il dit. Hasard du calendrier ou pas, la Maison Blanche a reconduit dans la soirée pour un an la déclaration d'une urgence nationale à la frontière, qui avait justifié l'an dernier les précédents transferts de fonds alloués au ministère de la Défense à la construction d'un mur anti-immigration. Les Etats-Unis ont fait face en 2019 à une recrudescence de passages clandestins depuis le Mexique, majoritairement des Centraméricains fuyant la violence et la misère dans leur pays. Cet afflux a entraîné une crise à la frontière avec des centres d'accueil surpeuplés et des conditions sanitaires déplorables. Les réactions de l'opposition démocrate ne se sont pas fait attendre. "Le transfert annoncé aujourd'hui confirme une fois de plus que le président est obsédé par le respect d'une promesse de campagne, au dépens de notre sécurité nationale", a commenté dans un communiqué le président de la commission des Forces armées de la Chambre des représentants, Adam Smith. La puissante association de défense des droits civiques ACLU a promis de tenter d'empêcher ces nouveaux transferts d'argent au tribunal. "De multiples tribunaux ont décidé que Trump n'avait pas le droit de piller les fonds de la défense pour son mur frontalier xénophobe", a commenté un responsable de l'ACLU, Dror Ladin, dans un communiqué. "Nous retournerons devant les tribunaux pour bloquer ces transferts supplémentaires qui n'ont pas été autorisés". (selon "Tahiti info")
La mobilisation a réussi à faire infléchir les autorités !
Menacée d'excision dans son pays, le cas d'une fillette ivoirienne avait ému plusieurs personnalités publiques, qui ont milité pour qu'elle ait le droit de rester en France. Alors qu'elle devait être expulsée avec sa famille vers l'Italie, son cas va être réexaminé a annoncé Christophe Castaner.
Après une grosse campagne de mobilisation, le droit au séjour de Samira, fillette ivoirienne de 10 ans et de son père, qui devaient être expulsés vers l'Italie, "va être réexaminé", a annoncé samedi le ministre de l'Intérieur. Son cas avait été médiatisé par l'eurodéputé Raphaël Glucksmann. "Après étude du dossier par le préfet de Police et en lien avec ses services, nous avons demandé que la mesure de transfert ne soit pas exécutée", écrit dans un tweet le ministre de l'Intérieur, Christophe Castaner. "Le droit au séjour de Samira et son père va être réexaminé, compte tenu de leur situation familiale particulière", ajoute-t-il.
"La question n'est pas résolue", a réagi Raphaël Glucksmann. "On ne sait pas s'ils vont leur donner un titre de séjour ou non. On attend de recevoir un document officiel et de connaître la nature du document administratif qui sera donné à Samira et son papa". La fillette, scolarisée en Seine-et-Marne, a fui son pays avec ses parents "pour échapper à l'excision", selon le député européen.
Plus de 150.000 signatures
Arrivés en France en janvier, l'enfant et son père devaient être expulsés vers Venise le 12 novembre, conformément au "règlement de Dublin" qui confie l'étude de la demande d'asile au pays d'entrée en Europe, en l'occurrence l'Italie. Sa situation a fait l'objet d'une vaste mobilisation. Après une pétition ayant recueilli plus de 150.000 signatures, près de 200 personnalités ont signé samedi une lettre ouverte adressée au président Macron pour empêcher l'expulsion. Parmi les signataires du texte publié sur le JDD.fr, la maire de Paris Anne Hidalgo, l'ancienne garde des Sceaux Christiane Taubira, l'acteur Dany Boon, Michel Drucker, ou le footballeur Marco Verratti. (selon AFP)
Plusieurs organisations non gouvernementales tunisiennes accusent les autorités du pays d'avoir arrêté un groupe de 36 migrants ivoiriens : des hommes, des femmes - dont une enceinte - et trois bébés. Des migrants qui dans une vidéo postée sur les réseaux sociaux lancent un appel au secours. Samedi 3 août 2019, 10 heures du matin, des hommes en uniforme pénètrent dans une maison de Sfax. Ils procèdent à l'arrestation de 36 migrants ivoiriens. "On les accuse de vouloir migrer clandestinement vers l'Italie. C'est faux !", nous explique Mostapha Abdel El Kebir, président de l'Observatoire tunisien des droits de l'homme. Ce que semble confirmer une vidéo largement reprise sur les réseaux sociaux.
"Venez-nous en aide ! On a besoin de vous !"
Sur les images, un homme commente hors caméra : "Nous étions en pleins préparatifs de la fête de l'indépendance de notre pays, la Côte d'Ivoire. Ils nous prennent et ils nous envoient dans le désert (...) Ils savent que la Libye est un pays dangereux et ils nous jettent en Libye". "Nos enfants n'ont pas d'eau à boire, ayez pitié de nous, on ne sait pas comment faire", se plaint aussi une femme dans cette même vidéo d'environ une minute.
On peut y voir des hommes, des femmes, de très jeunes enfants l'air hagard, certains gisant à même le sol sous un soleil de plomb. A tour de rôle ils se plaignent d'avoir été rejetés dans le désert sans nourriture et sans eau par les autorités tunisiennes.
Un appel à l'aide relayé par les ONG tunisiennes.
Dans un communiqué conjoint, elles dénoncent une "violation des droits des migrants". Elles appellent les autorités tunisiennes à "permettre à ces migrants d'entrer d'urgence sur le territoire tunisien pour qu'ils soient pris en charge par des organisations humanitaires".Pour sa part, le ministère tunisien de la Défense ne dément pas leur présence dans la zone frontalière entre la Tunisie et la Libye. Selon lui, ce sont 53 personnes -des Ivoiriens et des Soudanais - qui ont été arrêtées parce qu'elles "franchissaient illégalement la frontière".
"Ce n'est pas logique, explique Mostapha Abdel El Kebir, la Tunisie accueille des dizaines de migrants par terre ou mer chaque jour. Alors pourquoi ces personnes ont-elles été refoulées ? Surtout que la zone militaire entre la Libye et la Tunisie est totalement fermée. Aucun Tunisien ne peut y aller."
Selon un rapport du Forum tunisien des droits économiques publié en juillet 2019, le nombre de migrants arrivés en Tunisie via la frontière terrestre (essentiellement des Subsahariens arrivant de Libye) a plus que doublé au premier semestre 2019.
Vu de l’extérieur, l’Allemagne semble être le pays qui ouvre grandement ses bras aux migrants à la recherche d’une vie meilleure en occident ou fuyant les conflits. Ce constat est-il fondé ? Immersion au cœur du mécanisme allemand de prise en charge et d’appui aux migrants grâce à la trajectoire typique de trois migrants au cœur de Berlin.
Un reportage de SUY Kahofi, dans "Eburnie. today" (Côte d'Ivoire)
La voix du commandant annonçant la descente vers Berlin me tire de mon sommeil après un rare voyage en avion que j’ai passé à dormir poing fermé. Il y a de quoi…La veille, j’ai passé du temps à relire mes nombreux articles sur la migration clandestine et à réfléchir au sort de ces nombreux jeunes africains qui ont quitté leur pays en quête d’une vie meilleure sur le vieux continent. C’est d’ailleurs avec l’un d’entre eux que j’ai rendez-vous dans le quartier de Wedding à Berlin. Son nom : Abou Bakar Sidibé, co-réalisateur du documentaire « Les Sauteurs » de l’anglais « Those who jump ».
Ce documentaire fut l’un des tout premiers sur la migration irrégulière tourné par un migrant à l’intérieur d’un camp sauvage dans le nord du Maroc. Dans une Allemagne en pleine campagne pour les élections européennes, la question de la migration irrégulière et des migrants est omniprésente dans le discours politique et dans les médias. Le long de mon parcours pour Wedding au centre de Berlin, les affiches des candidats tapissent ici et là des pancartes, des panneaux et des écrans.
Une dizaine de minutes au départ de la grande gare de Hauptbahnhof et me voici à la bouche de métro où m’accueille Abou Bakar Sidibé avec son sourire qui ne le quitte jamais. Je connais Abou grâce à son film mais j’étais loin de m’imaginer que présent en Allemagne depuis le 4 avril 2015, il n’ait pas encore un titre de séjour permanent. Son point de vue sur le système de prise en charge des migrants en Allemagne plante le décor de notre échange.
Abou Bakar me reçoit dans son studio bien aménagé autour d’un café et d’une cigarette. Nos échanges sont par moments perturbés par le passage assez bruyant des trains. Il fait froid…au point de me faire oublier le doux climat de Dakar d’où je suis parti. Un temps sans doute semblable à celui dans lequel mon interlocuteur a vécu sous des tentes de fortune à 900 mètres d’altitude dans la forêt de Gourougou au nord du Maroc.
Mais ce chemin ne sera finalement pas celui que va suivre ce jeune malien. Titulaire d’une maitrise en anglais, Abou Bakar comme plusieurs jeunes africains était confronté à la réalité du chômage avec un contexte socio-politique dans son pays qui rendait la situation encore plus inquiétante : le Mali était en crise. C’est après une longue maladie et moult nuits de réflexion qu’il décide de quitter le domicile familial pour l’Europe.
Un rêve à 5.000 f CFA (40 euros)
Abou Bakar Sidibé quitte son quartier de Lafiabougou à Bamako avec 5.000 f CFA en poche. Un soir de novembre 2011, il réunit dans un sac plastique quelques vêtements et se glisse hors de la demeure familiale. « Personne n’avait écho de mon voyage » indique le jeune homme. Mais 5.000 f CFA c’est juste de quoi se payer le transport pour Ségou. Une fois dans la ville il ne lui reste que 1.500 f CFA.
Le voyage sur la Libye semble déjà compromis car son souhait c’était de rallier Niamey puis le nord du Niger. Dans la chaleur étouffante de Ségou, il fallait faire le point et surtout trouver de l’argent pour avancer. Seule richesse en cet instant : un complet en bazin. Il le vend à 7.500 pour rallier Bobo Dioulasso au Burkina Faso. Au pays des hommes intègres, il vivra de la solidarité des apprentis chauffeurs et des voyageurs pour manger, bradant à 500 ou 300 f CFA ces quelques vêtements pour espérer poursuivre son voyage.
Mais la réalité est là et elle ne se nourrit pas de rêve Européen. Abou n’a plus de vêtements à vendre encore moins d’argent pour poursuivre le voyage. Grâce à l’aide d’un bienfaiteur providentiel, il arrive à joindre son cousin en Guinée Équatoriale qui lui envoie 25.000 f pour financer son voyage sur Niamey via Ouagadougou.
La route est longue mais Abou évite de dormir et d’y penser car l’Europe l’appelle. Mais une fois à Niamey, les échos qui lui sont parvenus de la Libye ne l’ont pas rassuré. Des histoires d’africains qui se faisaient enlever, torturer voire tuer lors de la traversée l’ont découragé. Il sollicite l’aide du consulat du Mali à Niamey pour regagner son pays mais sans succès. C’est finalement sa sœur ainée qui va l’aider à regagner le Mali…mais pas Bamako. Abou Bakar Sidibé prend le chemin de Gao avec un nouvel objectif : rallier le Maroc et de là…l’Espagne !
Gourougou : le ‘Calais africain’
De son départ de Bamako jusqu’à son retour à Gao, Abou Bakar Sidibé avait déjà fait un an sur les routes mais son rêve Européen était loin de se matérialiser. A défaut de l’Italie via la Libye, il visait désormais l’Espagne via le Maroc.
Avec son compagnon d’infortune, ils dormiront à la belle étoile jusqu’à ce qu’il retrouve un ami d’enfance, élément de la gendarmerie nationale malienne. Cet ami leur offre le gîte et le couvert pour plusieurs semaines mais Abou ne s’attarde pas. Il reprend des forces et continue son chemin vers l’Europe. En janvier 2012, Abou passe la frontière nord du Mali et se retrouve dans les foyers de migrants à Borj Badji Moktar en Algérie où par le plus heureux des hasards il retrouve son frère cadet lui aussi en route pour le Maroc. C’est d’ailleurs ce dernier qui lui dira qu’il est possible d’être en Espagne sans quitter le sol africain, une référence aux enclaveqs de Ceuta et Melilla.
« Je me suis dit que c’était jouable mais il nous fallait de l’argent pour financer le voyage. Nous sommes allés à Tamanrasset et Ghardaïa où nous avons vécus de petits boulots puis Alger…près d’un an dans ce pays du Maghreb pour rassembler de l’argent. De là nous avons longé la frontière nord et rallié le Maroc à pied ». De Oujda, Abou et son frère ainsi qu’un autre compagnon regagnent Nador puis la forêt de Gourougou le 27 septembre 2013. Il aura fallu deux ans à Abou Bakar Sidibé pour arriver au Maroc et poser les yeux sur « Melilla, l’Europe en terre africaine ».
La forêt de Gourougou est le ‘Calais africain’. C’est là que se retrouvent les migrants avant l’attaque sur la Valla, la barrière. Ces hommes aux dreads que l’on y trouve ne sont pas des disciples d’Haïlé Sélassié. Leur religion n’est pas le rastafarisme mais Melilla…la belle, objet de tous leurs rêves, objet de tous leurs fantasmes. « La première fois ça m’a fait un choc de voir des hommes vivres dans une telle misère, tout sale, mangeant dans des bouts de jerricanes et ayant à peine de quoi se laver ». Pour manger à Gourougou, il faut souvent descendre en ville faire les poubelles et pour un bain il faut chercher de l’eau à une fontaine…quand l’eau coule pour les migrants.
Contrairement aux idées reçues, Gourougou est aussi l’antre d’une organisation solide mise en place par les migrants. On s’y retrouve par communautés et chaque communauté est dirigée par un chairman entouré de ministres. En plus de gérer le camp, ces leaders organisent les assauts sur la barrière qui sépare le Maroc de l’Espagne. Ici les règles sont strictes si bien que parler à la police marocaine peut signer l’arrêt de mort d’un migrant. C’est dans cette forêt aux multiples descentes de la police marocaine que va se jouer le destin d’Abou Bakar.
Je filme donc je suis !
Abou Bakar va vivre pendant 15 mois à Gourougou où il participera à plusieurs assauts sur la barrière de Melilla. Son petit frère plus chanceux a pu sauter pour se retrouver en Europe. Ce dernier l’appelle pour lui remonter le moral mais le doute s’installe chez Abou Bakar. Au gré de la vie faite de dangers dans le Gourougou, une équipe de reportage de la chaîne espagnole Antena 3 débarque dans le camp. Abou Bakar va servir de fixer et de traducteur à l’équipe de télé. La diffusion du reportage en Espagne (télé, radio, journal) va le propulser grâce à la magie des réseaux sociaux.
C’est dans la foulée de ce succès qu’il fait la connaissance du journaliste espagnole Joseph Blasco et des cinéastes Estephan Wagner et Moritz Siebert. Ces deux derniers vont lui proposer de filmer sa vie dans le camp de migrants de Gourougou. « Estephan et Moritz m’ont proposé de filmer ma vie au quotidien dans le Gourougou. Au début j’étais intéressé par l’argent que je devais recevoir : 20 euros. Mais au fil du temps j’ai commencé à aimer la caméra et à aimer rendre compte de la vie du ghetto ». Le 20 octobre 2014, Abou Bakar arrive à passer la clôture de Melilla et le 4 avril 2015 – après quelques mois en Espagne – il arrive en Allemagne.
Les précieuses séquences filmées à Gourougou sont assemblées pour donner vie au documentaire le plus primé de Scandinavie en 2016. Le parcours d’Abou jusqu’à la frontière hautement militarisée de l’Europe lorsqu’il tombe amoureux de la réalisation de films. « Les choses sont allées vite en 2016 avec de nombreuses distinctions et festivals ». « Les Sauteurs » de l’anglais « Those who jump » décroche entre 2016 et 2017 près de 14 distinctions internationales pour 22 sélections lors de différents festivals. Le documentaire sera diffusé dans une centaine d’autres rencontres internationales dédiées au cinéma.
En dépit de ce succès, Abou Bakar reste un migrant en quête d’un statut comme les 1,8 millions d’autres en Allemagne depuis 2013 (Source Bundestag allemand 2018). Il n’est plus dans les camps d’asile depuis 2017 mais il n’a qu’un titre de séjour temporaire de trois ans : il attend toujours d’être régularisé. Les choses semblent s’éterniser car il fait parti de ceux qu’on appelle dans le milieu des migrants les « mauvais migrants ». L’expression désigne les migrants économiques, ne fuyant ni guerres, ni catastrophes, ni persécutions. Ils se considèrent comme brimés par le système allemand qui intègre plus facilement les Syriens, Irakiens, Afghans et Erythréen mais semble plus dur dans le traitement des cas d’africains (sub-sahariens).
Pour Stefan Von Borstel, attaché de presse du BAMF (Bundesamt für Migration und Flüchtlinge/ Office fédéral des migrations et des réfugiés), il s’agit d’une catégorisation qui n’a rien d’officiel car le système allemand ne fait pas de distinction entre les migrants. « Ils peuvent avoir l’impression d’être marginalisés mais je vous rassure que le traitement des dossiers des migrants se fait au cas par cas. Personne n’est jugée d’avance en raison de ses origines. Plusieurs facteurs entre en ligne de compte avant de décider si oui ou non un migrant peut avoir ou non le titre de séjour ».
Parmi ces facteurs, le climat socio-politique du pays, la stabilité après une période de guerre ou de crise, la cohérence du témoignage d’une personne fuyant des persécutions… Toutes ces réalités sont prises en compte lors du traitement du dossier d’un migrant. « Par exemple, tous les migrants originaires d’Irak n’ont pas automatiquement le titre de séjour parce que venant d’un pays en crise. Certaines régions sont stables et cela peut jouer sur la décision finale d’accorder ou non le droit d’asile à quelqu’un » indique Stefan Von Borstel. Au total, 1,3 millions de personnes ont demandé l’asile en Allemagne dont 750.000 sont reconnus comme des réfugiés.
Le passage d’un train me ramène à la réalité d’Abou Bakar Sidibé. Il espère qu’avec l’évolution des lois sur l’asile et la migration il pourra décrocher un titre de séjour permanent. Il a aujourd’hui un travail et une formation qui lui permettent d’aspirer à un avenir meilleur. Mais la situation est plus compliquée pour un autre malien en Allemagne, Youssouf Kéïta, que je retrouve dans le parc de Görlitzer.
Youssouf Kéïta continue d’espérer et veut croire qu’il aura tôt ou tard ses papiers afin d’avoir un meilleur emploi et pouvoir envoyer de l’argent à sa famille restée au Mali. Pour lui, il est hors de question de passer par des raccourcis comme le mariage avec une allemande pour avoir ses papiers.
Pour le moment il vit d’un petit boulot et de son ‘business’ dans le parc de Görlitzer. ‘Business’, un mot qui cache à peine le trafic de drogue dont vivent de nombreux migrants. L’odeur de la fumette est omniprésente dans le parc subdivisé en zone d’influence. Maliens, Sénégalais, Gambiens et Nigérians se partagent le parc et vendent ‘leurs produits’ aux passants. Parmi ces jeunes gens, de brillants étudiants et diplômés africains aux rêves brisés par la réalité des difficultés en Allemagne. Ceux qui n’ont pas sombrés dans la drogue s’accrochent à l’espoir d’être régularisés et trouvent par moment de l’aide, un repas chaud et une oreille attentive de l’autre côté de la rue au siège de l’ONG d’appui aux migrants Joliba.
Après quelques pas dans la ruelle opposée au parc, je me retrouve au siège de l’ONG dans une ambiance détendue. Un petit garçon né d’une union mixte joue avec des cubes sous le regard de sa mère originaire d’un pays d’Afrique d’expression anglaise. Son monologue en allemand est de temps en temps interrompu par un bénévole qui lui lance un mot amical. A Joliba, ‘mauvais migrants’ ou ‘bons migrants’ il n’y a pas de distinction. Le migrant est avant tout une personne qui a droit au respect et à toute la considération précise Anja Gronau coordinatrice de l’ONG. Joliba, comme plusieurs ONG en Allemagne, travaille à apporter aux migrants une assistance dans plusieurs domaines.
Concernant le débat sur la migration, Anja estime que le système ne devait pas faire de distinction entre les migrants mais bien au contraire les aider à mieux s’intégrer. C’est aussi le point de vue de Bruno Ouattara, un togolais d’une soixantaine d’année arrivé en Allemagne en 1987. Bruno Anoufo de son nom à l’état civil a obtenu son titre de séjour permanent en 2006 soit 19 ans après son arrivée dans le pays. Le regard rivé sur le Landwehrkanal, les souvenirs de la longue marche pour l’émancipation des migrants et leur reconnaissance remonte avec nostalgie chez Bruno Ouattara. En 32 ans passées en Allemagne il a été témoin de l’évolution du système allemand de gestion des migrants.
« Je suis arrivé dans ce pays à un moment où migrer n’était pas ce phénomène de mode. Je fuyais la répression policière au Togo au lendemain de la conférence nationale. J’ai trouvé refuge au Bénin puis le Ghana avant d’atterrir en Allemagne ». Bruno Ouattara a connu les camps de réfugiés, les longues procédures de demandes d’asile et surtout le regard inquisiteur de la société. « Les choses ont sensiblement changé. Avant, un africain dans un transport en commun et c’était la police qui débarquait pour exiger les papiers. Deux africains assis dans un parc et c’était les contrôles. Il y avait aussi les rapatriements dans des conditions insoutenables. Aujourd’hui cela n’existe pratiquement plus ».
Ce caractère plus ‘humain’ du traitement des migrants n’occulte pas le fait que 280.000 personnes ont quitté l’Allemagne soit parce qu’elles ont été expulsées ou transférées vers un autre Etat en application du règlement de Dublin. Bruno Ouattara est connu dans le milieu des migrants en Allemagne pour être un ‘agitateur’, un homme engagé pour les droits des migrants. Il a organisé plusieurs marches de protestations visant à mettre fin au harcèlement policier des migrants et surtout à ouvrir les yeux des allemands sur la manière dont les migrants sont traités dans leur pays.
Bruno Ouattara reste convaincu que le système allemand dans sa classification a réussi à fragiliser les migrants. Ces derniers se mobilisent de plus en plus en petits groupes isolés en fonction de leurs pays d’origine ce qui n’est pas fait pour influencer sur les lois prises par l’Allemagne au niveau de sa politique migratoire. « La migration est aussi vieille que le monde et nul ne peut l’empêcher. Malgré les moyens financiers et matériels déployés par l’Europe, il y aura encore des africains qui viendront aussi longtemps qu’ils n’auront pas chez eux les conditions de leur plein épanouissement » soutient Bruno Ouattara.
L’idée d’investir dans une militarisation de la lutte contre la migration clandestine ou d’allouer des enveloppes de crédit aux Etats africains pour des programmes de lutte est utopique indique mon interlocuteur. Tout cet argent servira bien plus à enrichir un groupuscule de dirigeants qu’à créer les conditions d’un meilleur climat économique capable de maintenir les jeunes sur le continent. Le gouvernement fédéral allemand n’est visiblement pas de cet avis. Il a considérablement augmenté le financement des mesures de lutte contre les causes de la migration dans les pays et régions en crise, le faisant passer de 1 milliard d’euros en 2014 à 2,6 milliards d’euros en 2017.
L’Allemagne reste l’un des pays européens les plus engagés contre la migration clandestine mais également celui qui aura ouvert ses portes aux migrants. Cette image est celle que l’on retient généralement de ce pays. Cependant, pour les migrants en Allemagne la réalité de la reconnaissance et de l’intégration est tout autre. L’idée d’une Allemagne terre d’accueil est différente d’un migrant à l’autre selon son propre parcours pour avoir le droit de résider dans ce pays, poumon économique de l’Europe.
Après les Syriens et les Afghans, les Erythréens arrivent en troisième position parmi les réfugiés qui tentent de gagner l’Europe. De nombreux jeunes fuient le service militaire à durée indéterminée qui a fini par créer «une génération de réfugiés», dénonce Amnesty International.
Officiellement, le service militaire est limité à 18 mois. Mais le pouvoir en place à Asmara estime qu’il doit pouvoir compter sur sa population en cas de guerre. «Cela peut durer des décennies», indique Michèle Kagari, directrice régionale adjointe d’Amnesty International pour l’Afrique de l’Est. Pendant leur service militaire, les familles sont séparées. Les appelés sont des garçons et des filles, dont certains ont à peine 16 ans. Ils sont soumis à un service national qui s’apparente souvent à du travail forcé, accuse Michèle Kagari. Les conscrits ne se voient pas toujours assigner des tâches militaires. Beaucoup sont affectés à des missions civiles, comme l’agriculture et la construction. Avec un salaire de 40 à 50 euros par mois.
Cellules souterraines ou conteneurs pour les résistants
Amnesty International apporte un nouvel éclairage sur les méthodes brutales dont se sert l’armée contre ceux qui tentent d’y échapper. «Les personnes qui tentent d’échapper au service national sont détenues dans des conditions déplorables et souvent placées dans des cellules souterraines ou dans des conteneurs» écrit l'ONG dans son rapport annuel. Et s’ils ne sont pas retrouvés, des membres de leurs familles sont incarcérés à leur place, «avec le risque d’y disparaître à jamais», affirme Amnesty qui a dénoncé dès 2013 un système pénitentiaire d’une cruauté inimaginable : «Dans la grande majorité des cas, écrit Amnesty, les familles de prisonniers ne sont pas informées du lieu où ceux-ci se trouvent, et restent bien souvent sans nouvelles de leurs proches.» De nombreux morts en détention à la suite d’actes de torture ou de suicides ont été signalés à l’organisation. Plusieurs des personnes interrogées par Amnesty ont indiqué qu’elles avaient passé 10 ou 15 ans sous les drapeaux avant de fuir le pays.
Fuir pour sauver sa peau
Selon une commission d’enquête des Nations Unies, ils sont 5000 chaque mois à fuir l’Erythrée pour échapper à la répression du pouvoir. Un véritable exode des jeunes. Des mineurs se rendent à pied dans d’autres pays, seuls et souvent sans en informer leurs parents. Ils craignent de devoir consacrer leur vie à un travail forcé. C’est la troisième population, après les réfugiés syriens et afghans, à tenter de gagner l’Europe. «La situation des appelés en Erythrée est désespérée et dément les affirmations de certains pays hôtes, selon lesquels, la plupart des Erythréens se présentant à leurs frontières sont des migrants économiques», indique Michelle Kagari d’Amnesty International. L'organisation demande à tous les Etats de reconnaître ce système comme une violation des droits humains. Et de ne pas refouler les Erythréens qui fuient pour sauver leur vie. (selon France.info - Afrique)
Un Ivoirien de 25 ans, qui venait de purger quatre ans de détention à Grasse, dans le sud de la France qui et devait être libéré puis expulsé vers la Côte d’Ivoire, a été retrouvé pendu, seul, dans sa cellule.
Une source proche du dossier souligne qu’il « a été retrouvé lors de la dernière ronde du matin, dans la nuit de samedi à dimanche, vers 06 h 00. Il était seul en cellule et l’autopsie devrait confirmer le suicide ».
Il était incarcéré pour des faits d’aide à l’entrée illégale d’étrangers sur le territoire national. Au sein du lieu de détention, on explique qu’il n’a pas laissé d’explications.
Le journal Nice-Matin relaie ce drame dans ses colonnes et parle d’un jeune homme arrivé en France via l’Italie. Ce pays, qui semble être celui de sa première entrée en Europe ne voulait pas le reprendre. Le jeune migrant savait donc que la police aux frontières allait venir le chercher pour l’expulser. « On n’en sait pas plus sur les enjeux, si c’est la perspective de retourner en Côte d’Ivoire ou s’il était menacé à l’extérieur » précise la source proche du dossier qui n’a pas divulgué l’identité de la victime.
L’échec de la migration ou un retour sans réussite après avoir foulé le sol européen est vécu par de nombreuses familles africaines comme une humiliation. La pression reste énorme car les volontaires au départ ont soit contracté des prêts ou les familles ont dû s’endetter pour financer le voyage. Des paramètres et plusieurs autres qui conduisent par moment à forcer le destin ou à préférer la mort à l’humiliation.
Ce mardi à 3h, Laura, jeune femme arménienne arrêtée lundi matin avec son enfant de 10 mois et conduite au centre de rétention de Metz, est transférée vers Roissy avec d’autres personnes pour être expulsée vers l’Italie. L’association "Asil’ Accueil" a souhaité communiquer suite à cette expulsion.
« Cette mise à exécution programmée à haut renfort policier est non seulement d’une violence intolérable, mais elle court-circuite délibérément les institutions judiciaires et les droits fondamentaux de la personne humaine, car on peut supposer que dans les heures qui suivent, une décision de remise en liberté soit prononcée au regard notamment de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ainsi que de la convention internationale des droits de l’enfant.
On peut imaginer le choc traumatique de cette femme ainsi que de son mari, absent du domicile au moment de l’arrestation. Ceci en totale contradiction avec ce qu’on peut lire couramment dans les écrits du préfet : « La présente décision ne porte pas une atteinte disproportionnée à leur vie personnelle et familiale ». Honte à ces méthodes serviles, destructrices d’humanité. Exprimons notre indignation, aujourd’hui dans le débat public, demain dans les urnes. » explique Jean-Louis Didelot pour Asil’Accueil. (selon Saint-Dié/info)
Dans le Bade-Wurtemberg, une centaine de chefs d’entreprise réclament que les autorisations de séjour soient liées aux contrats de travail. Ils ont embauché beaucoup de migrants depuis trois ans, une main d’oeuvre intégrée, menacée désormais d’expulsion.
69 réfugiés afghans expulsés vers leur pays le jour de son 69ème anniversaire. La remarque et le rictus du ministre de l’Intérieur allemand, Horst Seehofer, ont suscité une vive polémique le mois dernier en Allemagne. Le pays manque en effet de main-d'oeuvre qualifiée, surtout dans le sud du pays. Pour de nombreuses entreprises, les demandeurs d'asile, arrivés en nombre depuis trois ans, ont permis de répondre à leurs besoins. Mais certains sont aujourd’hui sous le coup d'une expulsion. Les chefs d'entreprise concernés sont de plus en plus nombreux à protester et à exiger que des migrants intégrés sur le marché de l'emploi puissent rester en Allemagne.
Parmi ces demandeurs d’asile déboutés se trouvait Ahmed Ahmadi. Arrivé comme des centaines de milliers de réfugiés ces dernières années en Allemagne, il était intégré et avait un travail. Son employeur Wolgang Strahl est sous le coup de l'émotion : "Je suis déçu, ajoute Wolfgang Strahl. Je ne pensais pas que ça puisse frapper Ahmad qui est expulsé alors qu’il était parfaitement intégré."
Des conséquences économiques pour les entreprises mais aussi pour l'État
Beaucoup de chefs d’entreprise comme Wolfgang Strahl dénoncent ces pratiques. Ils ne comprennent pas que leur engagement pour l’intégration des réfugiés, ou tout simplement le temps passé et l’argent dépensé pour leur formation, soient remis en cause du jour au lendemain. Jürgen Rudeck a une petite entreprise de peinture sur métaux et il n’arrive pas à satisfaire toutes les commandes. "Il y a trois ans, les pouvoirs publics nous ont demandé de contribuer à l’intégration des réfugiés. Nous l’avons fait. Et maintenant, on les expulse. Cela a des conséquences négatives sur notre chiffre d’affaires et sur nos bénéfices. L’État perd des recettes car nous payons moins d’impôts."
Dans le Bade-Wurtemberg, région où règne pratiquement le plein emploi et où les entreprises recherchent désespérément de la main d’œuvre qualifiée, une centaine de chefs d’entreprise ont lancé une initiative pour que leurs salariés ne soient pas expulsés. "Ma proposition serait que si un demandeur d’asile a un contrat de travail, son autorisation de séjour soit liée à ce contrat", explique Jürgen Rudeck.
L’Allemagne veut adopter une loi favorisant la migration économique. Elle pourrait répondre aux cas de ces migrants souvent dans l’impasse. Et pendant ce temps, la France se refuse à cette politique...
Après la "fameuse réunion très houleuse concernant l'accueil de migrants à l'ancienne gendarmerie de Villé" de novembre 2017, j'ai tenu à revenir sur un sujet : l'accueil des "mineurs étrangers isolés". Voici d'ailleurs le sujet tel que je l'avais traité il y a quelque temps :
Dans la banlieue strasbourgeoise, un vieux château accueille des enfants isolés migrants.
Le Château d'Angleterre, au nord de Strasbourg, en pleine campagne, un vieux manoir qui servait déjà de pavillon de chasse aux nobles exilés d'Angleterre. Depuis 1909, il est devenu une dépendance de l'orphelinat du Neuhof (autre œuvre sociale de Strasbourg). Il est alors réservé aux « mauvais garçons » et sert de maison de correction. Aujourd'hui, il accueille trois types de jeunes de 13 à 21 ans : des jeunes ayant une vie familiale difficile, placés par un juge pour enfants, des jeunes délinquants et des « mineurs étrangers isolés » ayant perdu leurs parents en cours de migration.
« L'EEP assure depuis 1949 une mission de protection de l'enfance pour des mineurs en situation de danger. La structure peut accueillir, 36 adolescents en internat, 24 en accueil de jour et accompagner 4 adolescent en placement à domicile. Ils sont âgés de 13 à 21 ans et sont confiés soit par ordonnance du juge des enfants, soit par le Service de protection de l’enfance. Il est aussi conventionné pour l’accueil de 50 Mineurs Non Accompagnés et 50 Jeunes Majeurs hébergés en appartements collectifs extérieurs. »
En ce moment, l'association accueille 32 jeunes migrants, dans ses différentes structures (3 centres dont le Château d'Angleterre Bischheim, un centre à Breitenbach-Kreutzweg et un autre à Urbeis-Climont). J'ai pu en rencontrer quelques-uns : afghans, pakistanais, soudanais, ivoiriens ou sénégalais.
Le directeur de l'accueil m'a indiqué : « Tous ces jeunes que nous recevons sont en grand désarroi. Ils vivent un conflit intérieur, entre leur attachement à leur pays d’origine, leur famille, et l’avenir qu’ils peuvent avoir en France. Parfois ils ont été envoyés là par leurs proches, parfois ils ont fui un conflit… Ils n’ont pas choisi d’être sur cette route et ils ont tous vécu des histoires traumatisantes pour leur âge. C’est pourquoi nous avons dans notre équipe une psychologue et que la première étape de l’accueil commence par un point de leur situation personnelle. Ensuite, nous les aidons à se scolariser, à disposer de papiers en règles, à parler français, etc. Nous stoppons leur migration, et avec un peu de chance, ils se taillent un avenir en France. Ainsi, nous avons un jeune apprenti, qui sera très probablement embauché par la SNCF. »
J'ai moi-même pu discuter avec certains. L'un des jeunes ivoiriens, 16 ans aujourd'hui, m'indique que sa famille a quitté Bouaké en 2010, lors de la crise post-électorale. Ils ont passé par le Burkina-Faso, le Niger, la Libye, où le père a disparu (certainement vendu comme esclave). La maman, avec ses 3 enfants, est partie vers les Balkans, avant de disparaître en Méditerranée. Il est le seul survivant. Il est arrivé en Allemagne en 2015, où il a pu faire une demande de réfugié, qui n'a pas abouti. Il est parti il y a 3 mois vers Strasbourg avec deux de ses camarades africains, mais il s'est fait « ramasser » par la police qui l'a acheminé vers ce château d'Angleterre. Il aimerait aller à Paris où il a de la famille (un oncle et des cousins). Mais l'administration lui refuse ce déplacement.
Ici, il est un peu perdu. Certes il parle parfaitement le français, et il participe à un atelier de menuiserie. Mais les autorités veulent le renvoyer en Côte d'Ivoire où il ne connaît plus personne. Son pays n'est plus en guerre, l'administration française le classe en « réfugié économique », donc « expulsable ». Cette même administration se réfugie aussi, selon le directeur, derrière la législation européenne : « On ne peut faire une demande de réfugié, or ces jeunes ont déjà déposé une requête en Allemagne. » Après la perfide Albion, voilà la perfide Europe ! A Calais, elle empêche d'aller en Angleterre les anglophones d'Afghanistan, du Pakistan, de Syrie, et le long de la frontière allemande, elle interdit aux francophones d'Afrique de l'Ouest, si chère aux Bolloré, Bouygues ou Vinci, de se rendre en France !
Et lorsqu'ils ne sont pas rejetés, ils sont intégrés dans des « centres de rééducation » réservés normalement aux jeunes délinquants. Ils sont mis à disposition de municipalités où ils doivent travailler dur, dans les travaux forestiers ou agricoles, punis bien qu'innocents. Alors beaucoup de ces jeunes, conduits ici par la police, surtout pendant les week-ends, se restaurent, se reposent, puis repartent à l'aventure. Certains retournent bien malgré eux du côté allemand du Rhin, car au moins ils peuvent travailler et gagner quelque argent. Même si ce ne sont que des « Eurojobs » (payés 1 € par heure) et des emplois très précaires. Et il se chuchote de plus en plus que la nouvelle « loi Macron » concernant les migrations, devrait permettre de jeter en prison les jeunes mineurs.
Ci-dessous : extrait du journal "L'Alsace" du 18/4/2018.
Lors du débat de lundi, Mr. Bierry a pu apporter des précisions : le département cherche de plus en plus des familles d'accueil pour ces jeunes. Alors que normalement, pour des enfants placés le département doit dépenser 90 €/jour, l'Etat ne fournit pour les jeunes migrants que 300 €/mois. D'où certaines difficultés. Cependant, Mr. Bierry relève un côté positif : la plupart de ces jeunes cherche à s'intégrer positivement. L'échange sur ce sujet a été des plus intéressants.
Plus de 200 migrants résidant dans un centre pour immigrants à Melbourne en Australie ont entamé une grève de la faim pour protester contre leurs conditions de vie, ont indiqué mercredi des détenus et des militants des ONG à l'AFP.
Les migrants ont une série de demandes, allant de tables et chaises pour pouvoir effectuer leurs démarches administratives jusqu'à la liberté de sortir après minuit sans garde, selon un détenu irakien Ali Youssouf. "Je n'ai jamais vu de centre de détention comme celui-ci avant", dit ce migrant de 30 ans retenu au Melbourne Immigration Transit Accommodation (MITA). Le gouvernement australien et le SERCO -- une société privée sous contrat qui fournit le personnel n'ont pas répondu immédiatement aux demandes de réaction. Les migrants doivent rencontrer jeudi des responsables du gouvernement pour tenter de trouver une solution. Des grèves de la faim sont courantes dans les centres de rétention des migrants sur le continent australien. L'année dernière, des centaines de personnes d'un centre de Sydney ont entamé une grève de la faim en raison de règles de visite jugées trop strictes. Les personnes retenues ont également eu recours à des grèves de la faim de courte durée pour obtenir l'attention des médias et faire pression sur le gouvernement conservateur australien pour qu'il ferme ces centres. Le gouvernement australien nie les mauvais traitements, mais s'est engagé à "réduire progressivement" le réseau de rétention d'immigrants sur l'île-continent. Alors qu'il hébergeait quelque 10.000 personnes en 2013, ils ne sont plus qu'un millier aujourd'hui. Ian Rintoul, militant de l'ONG Refugee Action Coalition, estime qu'il n'y avait "aucune excuse pour les centres de détention" et appelle à leur fermeture. Les gouvernements australiens appliquent depuis des décennies une politique de rétention obligatoire pour les étrangers en situation irrégulière, y compris pour ceux qui restent après l'expiration de leur visa. Selon ses détracteurs, cette politique coûte à l'Etat 170.000 dollars par an (148.000 euros) par étranger, selon les chercheurs de l'University of New South Wales. Ses partisans jugent ce système dissuasif et nécessaire pour le contrôle des frontières. Depuis 2013, Canberra refoule systématiquement en mer les bateaux de clandestins. Ceux qui passent entre les mailles du filet sont envoyés sur l'île de Nauru ou sur celle de Manus, en Papouasie-Nouvelle-Guinée. Les arrivées de bateaux, auparavant quasi-quotidiennes, sont devenues rarissimes. (Selon "Tahiti-infos")