Le 7 juillet 1998 à 7h20, mon fils Jean-François était victime d'un accident sur la route RN 59. Le 12 juillet, je lançais l'appel suivant dans la presse :
Je suis le père d'une des deux victimes de l'accident survenu sur la RN59 en date du 7 juillet dernier. Comme beaucoup d'autres, mon fils est décédé d'une façon injuste, sans même avoir commis de faute de conduite, en se rendant à son travail dans la vallée de Ste-Marie-aux-Mines. Depuis son décès, j'ai lu et entendu les prises de position des uns et des autres en ce qui concerne la RN59. Malgré la révolte qui grondait en moi, je me suis tu, me réservant de m'exprimer après des obsèques que je voulais dignes.
Mon fils empruntait quotidiennement cette route depuis plus de 7 ans. Combien de fois n'est-il pas revenu à la maison, alors que nous nous faisions déjà du souci, en nous disant : j'ai encore été retardé par un accident. Cette simple phrase vaut toutes les statistiques que l'on peut élaborer.
La mort de mon fils n'est ni un hasard, ni une fatalité ! C'est le résultat de négligences, de conflits de grands et petits intérêts qui ont laissé cette route devenir la plus dangereuse, la plus meurtrière d'Alsace, voire du grand Est. Sa mort, si injuste et si cruelle soit-elle, doit servir pour l'avenir, pour empêcher d'autres catastrophes humaines sur cette route de la mort inadaptée à l'importance de son trafic.
Depuis cet évènement, de nombreux appels se sont fait entendre une fois de plus pour dénoncer l'insécurité, notamment entre Châtenois et Lièpvre. Les quotidiens des derniers jours font paraître les prises de position des élus qui se renvoient la balle à coups de variantes de leurs projets pour en justifier les retards. Pour les usagers, les seules variantes, ce sont les sinistres, les blessés, les morts. Il ne m'appartient pas de juger des griefs que se lancent les élus les uns aux autres, mais chaque jour qui passe est un jour supplémentaire de danger pour les automobilistes et les chauffeurs de poids-lourds ! Je suis convaincu que seule la protestation unanime de tous les habitants, des amis des victimes, des usagers de cette route coupe-gorge pourra faire avancer les choses ! Evitons donc que le temps continue à passer ! Agissons immédiatement ! Créons une association de défense des usagers de la RN59.
J'appelle au rassemblement, le samedi 18 juillet à 15 h, pour une marche silencieuse de Val de Villé à Lièpvre ! Plus nous serons, plus nous aurons de chances d'amener enfin les élus et l'administration à se bouger.
Près de 600 personnes participèrent à la manifestation, mais peu d'élus. 10 ans plus tard, le résultat se mesure encore toujours à l'aune de l'implication de ces derniers.