La généalogie, une science des hommes
Ce week-end, généalogistes amateurs et professionnels se sont retrouvés à l’Espace des Tisserands à Châtenois. Le Cercle généalogique d’Alsace (CGA) y organisait le 4e salon régional entièrement dédié à la discipline. Cette « science annexe de l’histoire » peine à recruter de nouveaux adeptes mais attire bon nombre de curieux.
Ce dimanche, dans l’une des salles de l’Espace des Tisserands de Châtenois. En cette fin de matinée, les ordinateurs gérés par le représentant d’un célèbre site internet de généalogie sont pris d’assaut.
« Nous sommes vraiment là par curiosité, pour voir un peu d’où viennent nos ancêtres », indique un couple venu de Sélestat, qui n’entend pas pousser ses investigations au-delà de cette journée.
D’autres, un peu plus avancés dans leurs démarches, ont rallié le 4e salon régional de la généalogie d’Alsace à la recherche de conseils pour sortir d’une impasse, lire un acte, le traduire.
« C’est souvent le début d’un maillage assez vaste, dont les limites vont être définies par les sources disponibles notamment pour la période avant la Révolution Française », explique Bertrand Rietsch, membre du Cercle généalogique d’Alsace (CGA), en charge de l’organisation de cette rencontre.
« Pour cette période, tout va dépendre de la confession religieuse des ascendants. »
« Nous menons un véritable travail d’enquête »
Pourquoi ? « Parce qu’au sein des communautés juives, il n’y a pas d’équivalent aux registres paroissiaux catholiques – rédigés en latin – que l’on trouve dans la région à partir de 1680 », date du rattachement de l’Alsace au Royaume de France. « Chez les protestants, ils sont écrits en allemand et produits dès 1550. »
Patience, humilité, curiosité et courage font donc partie des qualités requises pour se lancer dans ce type de recherches.
« Nous menons un véritable travail d’enquête, poursuit Bertrand Rietsch. Chaque information doit être confirmée par un document. Et quel bonheur de le trouver ! D’y découvrir le nom, la signature, la griffe d’un de ses lointains parents ! Tout ceci demande beaucoup, beaucoup de temps. C’est pour cela, entre autres, que l’on peine à recruter des gens, et notamment des jeunes. Il y en a très peu dans nos associations. »
« Durant le Covid, au sein de notre structure comme dans d'autres, il y a eu une érosion des membres. Depuis la fin de la pandémie, quelques personnes nous ont rejoints, mais ça ne compense pas celles que nous avons perdues. »
« Destinées malmenées ou façonnées par des événements »
Au-delà de l’histoire d’une famille, la généalogie permet également de reconstituer le tissu social d’un village, d’un groupe de personnes. « Certains parlent de la généalogie comme d’une science annexe de l’histoire. L’histoire façonne la vie des hommes et réciproquement », poursuit Bertrand Rietsch.
Cela entraîne parfois des déplacements lointains. Au fil de ces mobilités, des noms de famille se retrouvent dans d’autres pays, traversent les océans, les montagnes, au-delà même de l’Europe.
« La découverte de ces destins individuels montre comment des destinées ont pu être malmenées ou simplement façonnées par des événements politiques généraux, souvent marqués par des postures d’intolérance et de fanatisme qui ont débouché, dans certains cas, sur des catastrophes sociales. Cela dévoile également la manière dont se définissait à une époque donnée la notion de frontière », complète Luc Adoneth, maire de Châtenois et président du CGA.
Tout au long de ce week-end, en plus des associations présentes, des conférences étaient organisées tant pour un public aguerri, que pour les non-spécialistes. (selon les DNA)

