mardi 14 mai 2019

De la Chine au bassin du Congo, la mafia du bois

L’ONG  britannique « Environmental Investigation Agency  INC »vient de mettre à jour une filière « criminelle »  du commerce  international du bois en Afrique centrale dont un groupe chinois, Dejia Group, est le maitre d’oeuvre. 

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Il en est du bois précieux tel l’Okoumé, comme de l’héroïne.  Son commerce – illicite- peut rapporter énormément d’argent. Des millions de $ selon l’ONG  britannique « Environmental Investigation Agency  INC» (sic !) qui vient de rendre public un rapport de 80 pages qui es tle fruit d’une *enquête de quatre longues années

Cette ONG spécialisée dans la dénonciation des « crimes environnementaux »  présente la particularité, afin  de remplir sa mission,  de recourir aux « undercover investigations » soit d’utiliser des « infiltrés » sur le même modèle donc, que les services spécialisés dans la lutte contre les narcos -trafiquants. 

Ses récentes investigations mettent en cause de hautes personnalités gabonaises et congolaises, mais aussi le groupe chinois Dejia Group, un des leaders mondial  du secteur forestier. 

Le bois américain contaminé

Rien de vraiment nouveau sous le soleil, estimeront certains. Pourtant l’enquête d’EIA ne se limite pas à ce constat. Elle tend a démonter que, du  bassin du  Congo, en passant par l’empire du Milieu, c’est aujourd’hui une bonne partie de la filière bois des Etats unis qui aujourd’hui est contaminée avec un bois ou ses dérivés, coupés ou exporté illégalement, ceci suite à la mise en place  d’une vaste entreprise de corruption des responsables gabonais ou congolais ;

Bref un bois présentant tous les divers labels exigés par la réglementation internationale mais pourtant pourri de la tête aux pieds :

Il semble que même sous le règne du très climato sceptique Donald Trump – et à l’aune des relations sino –américaines- cela ne fasse pas rire les Yankee dont les « Bricorama » locaux proposent désormais aux consommateurs américains, attelés à se construire une petite maison dans la prairie, toute les déclinaisons d’un bois 100 %  « made in  corruption ». 

1,5 million d’hectares

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Cible principale de l’ONG  le groupe Dejia, contrôlé par le magnat chinois Xu Gong De,  qui gère au bas mot  1, 5 millions d’hectares de forêts tropicales au Gabon et au Congo. (La chine est le principal importateur de bois du bassin du Congo, ce pour une valeur estimée à 800 millions de $. Aucune loi n’y régit l’importation de bois illégal).  C’est l’un des groupes forestiers les plus influents d’Afrique. M. Xu est présent dans la région et tout spécialement  au Gabon depuis le début la fin des années 80 où il a été « attiré à l’époque par son proche parent, » Jean Ping le chef de cabinet alors d’Omar Bongo devenu depuis l’opposant principal d’Ali Bongo (1). 

Ainsi les enquêteurs « sous couverts » d’EIA,  reprochent t-ils   à son groupe, entre autres délits et crimes,  d’avoir manipulé en 2016  le processus d’attribution de la concession forestière de Lebama au Congo (140 000 hectares), mais aussi la surexploitation illégale  d’espèces réglementées (15 000 arbres pour une seule filiale congolaise), et encore l’exportation d’agrumes  pour 80 millions de $ du Congo au-dessus du quota légal. (Entre 2013 et 2016). 

Enfin et pour faire bonne mesure,  la soustraction au titre de l’impôt au Gabon au Congo pour plusieurs millions de $. (3 à  7 millions de $ par an selon l’estimation plancher d’EIA)

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Autant de délits, qui bien que mis à jour localement,  sont restés impunis « à cause des pots de vin (versés par Dejia) régulièrement à des fonctionnaires de tous niveaux et aux décideurs, y compris certains ministres » précise l’ONG.

Le ministère des mallettes 

Mister XU et son groupe entretiennent aussi les meilleures relations avec les dirigeants du Congo-Brazza : Denis Sassou N’Guesso et son inamovible  ministre de l’économie forestière Henri Djombo, (19 ans titulaire du poste). Mr Djombo a ainsi occupé ou occupe d’éminentes fonctions internationales : président de l’Organisation africaine du bois,  Président la Commission des Forêts d’Afrique Centrale, président du Bureau du conseil international de coordination du Programme sur l’homme et la biosphère de l’UNESCO. 

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Mr Djombo s’avère donc être l’une des plus éminente figure de la préservation de la forêt du bassin du Congo, deuxième massif forestier du monde après celui de l’Amazonie.  

Une sommité dont l’ EIA rapporte devenue  « l’un des proches alliés de la famille» XU et qu’ « en échange de ses services», une « mallette pleine d’argent liquide (lui) était fréquemment remise ». 

Selon les détails rapportés par les taupes d’EIA,  une « mallette » ne saurait contenir moins de 157 000 $.

Henri Djombo, vieux crocodile du Parti congolais du Travail (PCT),  ne serait donc  pas « de bois » et la « fréquence » évoquée  explique  comment en 2016, une filiale du groupe chinois, la Sicofor, a remporté haut la main, l’appel d’offre de « la dernière zone forestière disponible» en République du Congo. 

L’erreur d’Henri Djombo (recyclé depuis comme Ministre d’ Etat à l’Agriculture) est d’avoir été insuffisamment partageux. Nombre des informations ayant alimentées les investigations d’EIA « viennent tout droit de son ministère» assure à Mondafrique une source proche du dossier. 

« L’infâme association » 

Quoi qu’il en soit, le groupe chinois fort des services ainsi rendus pèse 36 % de tout le bois exporté du Gabon et du Congo Brazzaville vers les Etats-Unis et 40 % de l’Okoumé , (une essence particulièrement protégé ) utilisée par les consommateurs américains. Ceci à partir de filiales off shore basées à Hong Kong : «  Le groupe Djeia a pu introduire environ 25 millions de $ de produits de source illégale aux Etats Unis au cours des dix dernières années » estime EIA. 

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Certes  nombre des clients Yankee de Djeia ne découvrent ni  l’eau humide ni le caractère illégal de ces importations : Ainsi, Jim Green, patron d’Evergreen, premier importateur US d’Okoumé, n’abuse t-il pas lui de la langue de bois : «  Tout le monde réclame un pot de vin ; toute la machine doit être graissée pour que les choses marchent bien. Je m’en fiche, je le comprends, c’est comme ca que ca fonctionne. Je le fais ». 

« Business is business » certes, mais cette relation commerciale n’en est pas moins qualifiée d’ « infâme association » par EIA qui relève que ,de fait, c’est l’ensemble la chaîne d’approvisionnement en bois des Etats Unis qui est contaminée. Des millions de consommateurs américains participent, malgré eux, par leurs achats d’un bois certifié « vert » à la pérennisation d’un vaste système de corruption, d’exploitation illégale de la forêt et d’évasion fiscale massive.

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Ce soutient indirect à la « mafia chinoise du bois » irrite d’autant plus l’administration US que Washington est en pleine guerre commerciale avec Pékin. La publication du rapport  intervient alors même que Brazzaville est depuis des mois en pleine renégociation de sa dette avec le FMI, soit près de 10 milliards de $ et dont les chinois détienne au bas mot  30 %. Et  les USA sont aussi les premiers contributeurs financiers du  FMI… 

Dans ce contexte explique à Mondafriqueun opposant congolais qui a suivi de près et participé à l’enquête d’EIA, « cette affaire de bois toxique est explosive. Au delà des considérations environnementales et réglementaires, renflouer Brazzaville, revient pour les américains à financer les fraudes fiscales  des entreprises chinoises au détriment de l’Etat congolais »

Autrement dit Washington devrait ainsi subventionner les exportation frauduleuses chinoises sur son propre territoire. 

Et d’en déduire que  « ne va pas passer comme une lettre à la poste !

(1) Jean Ping est le neveu de Mister XU,  magnat du groupe Dejia, et «principal contributeur de sa dernière campagne présidentielle » selon des confidences recueillies par l’ONG. 

A Libreville on promet de  « recouper », à Brazzaville on reste de marbre.   

Dans un communiqué alambiqué en date du 29 mars 2019,  le ministre Gabonais des Forets et de l’Environnement, Guy-Bertrand Mapangou, indique  s’interroger  « sur les véritables objectifs poursuivis par les auteurs de cette enquête à charge et au caractère inquisitoire, alors que la règle en la matière impose l’impartialité qui suppose le respect des principes tels que la présomption d’innocence, le contradictoire, etc. » (sic).

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Mais c’est pour préciser ensuite  que : «  le Gouvernement gabonais rejette ces accusations et la tentative maladroite des auteurs de l’enquête menée, visant à discréditer le Gabon à partir d’actes isolés qu’aurait commis un opérateur privé ». 

Et d’expliquer que les autorités ont ouvert  leur propre enquête « afin de mieux recouper ces allégations et se réserve le droit de poursuivre les auteurs de tous ces actes répréhensibles, dès que la lumière sera faite ».

Du pain sur la planche pour le ministre déjà mobilisé par l’opération anti-corruption baptisée  « Mamba » et initiée peu avant les révélations d’EIA avec pour objet d’éradiquer « la mafia »,  selon les propres termes du ministre, qui gangrénerait son administration.  

Les tentatives de Mondafrique d’obtenir une réaction de la SICOFOR  à Pointe Noire et de M. Henri Djombo (auteur d’un ouvrage joliment titré «  les bénévoles »)  sont restées infructueuses. (Une enquête d’Eric Laffitte, journaliste à "Mondafrique")

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lundi 22 avril 2019

Corruption étatique et fiscale

La France a effacé la dette fiscale d’un riche industriel indien

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Le journal « Le Monde » révèle qu’au moment où la France négociait la vente de 36 « Rafale » à l'Inde par le groupe français Dassault, l’État français a effacé plus de 143 millions d’euros de dette fiscale d’un industriel indien, lui-même impliqué dans cette vente. Une découverte qui s’ajoute à des soupçons de corruption autour de cette vente, qui agitent l’Inde depuis fin 2017.

Il s'appelle Anil Ambani au centre sur la photo, en compagnie de Florence Parly, ministre des armées, et de Eric Trappier, PDG de Dassault. C'est un proche du Premier ministre indien, Narendra Modi, et un richissime industriel impliqué dans la vente de 36 avions Rafale français à l'Inde, en 2015.

Anil Ambani possède un groupe de télécommunications avec une filiale en France, Reliance Flag Atlantic France. Que les services fiscaux français ont soumis à deux redressements, après avoir découvert des pratiques d'évasion fiscale remontant à 2007. En janvier 2015, l'entreprise de l'Indien Anil Ambani devait plus de 150 millions d'euros au fisc français. Quelques mois plus tard, fin octobre, un accord à l'amiable est conclu et plus de 143 millions d'euros de cette dette sont effacés.

Outre une perte abyssale pour les caisses de l'État français, ce que révèle le journal Le Monde, c'est comment ce proche du Premier ministre indien a, dans l'intervalle, raflé plusieurs partenariats industriels très juteux, avec Dassault et Thalès notamment, dans le cadre de la vente des chasseurs Rafale à l'Inde.

Ce favoritisme supposé d’Anil Ambani en France va être certainement utilisé par l’opposition indienne pendant cette campagne pour les législatives. Le parti du Congrès soutient depuis des mois que le Premier ministre Narendra Modi a aidé l’entrepreneur à obtenir des contrats. Et la Cour suprême indienne vient d’accepter d’inspecter des documents qui, selon l’accusation, prouveraient ces irrégularités.

Et en France, que va-t-il se passer ? Surtout que le ministre de l'économie de l'époque s'appelait Emmanuel Macron ?

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jeudi 21 juin 2018

Côte d'Ivoire : Bouaké, une ville à sec

Que ce soit dans de grandes métropoles ou dans de petits villages isolés, il va falloir apprendre à s'habituer à la pénurie d'eau en Afrique. France 24 s'est rendue à Bouaké, en Côte d'Ivoire, où vivent 1,5 million de personnes et où l'eau se fait de plus en plus rare.

Le journal ivoirien "L'Eléphant déchaîné" se saisit de la même menace qui pèse sur Yopougon, la plus grande commune qui compose Abidjan la capitale économique du pays.

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mercredi 18 octobre 2017

Assassinat d'une blogueuse...

... à Malte, membre de l'Union Européenne 

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La blogueuse maltaise Daphne Caruana Galizia a été tuée par une bombe placée sous sa voiture, lundi 16 octobre. Elle était à l'origine d'accusations de corruption qui avaient provoqué des élections anticipées en juin. Cette lanceuse d'alerte circulait dans près de son domicile à Bidnija, dans le nord de l'île, quand une puissante explosion a détruit sa voiture. La violence de la détonation est telle que la carcasse calcinée du véhicule a même propulsé dans un champ voisin.

"Ce qui s'est passé aujourd'hui est inacceptable à de nombreux niveaux, a déclaré le Premier ministre Joseph Muscat, dont l'entourage proche, par ailleurs, avait été la cible de violentes attaques de la journaliste. Aujourd'hui est une journée noire pour notre démocratie et notre liberté d'expression".

Agée de 53 ans, Daphne Caruana Galizia a travaillé comme chroniqueuse dans plusieurs médias maltais, mais elle était surtout connue pour le blog dans lequel elle a révélé plusieurs affaires de corruption. Début juin, Joseph Muscat a remporté une large victoire lors des législatives anticipées, convoquées après une série de scandales impliquant plusieurs de ses proches. Le blogueuse avait joué un rôle central dans ces révélations.

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L'épouse du premier ministre directement visée

Michelle Muscat, l'épouse du Premier ministre, est ainsi accusée d'avoir ouvert un compte au Panama pour y abriter, entre autres, des pots-de-vin versés par l'Azerbaïdjan, en échange de l'autorisation donnée à une banque azérie de travailler à Malte. "Le plus gros mensonge de l'histoire politique maltaise", avait alors réagi Joseph Muscat, tout en promettant de démissionner si les faits étaient avérés à la suite d'une enquête qu'il a lui-même réclamée.

Joseph Muscat, toutefois, n'a pas appliqué ce principe à son ministre de l'Energie, Konrad Mizz, et à son chef de cabinet, Keith Schembri, toujours en poste alors qu'ils détenaient des comptes secrets au Panama. Dans son dernier texte, (en anglais), publié une heure avant sa mort, Daphne Caruana Galizia répétait justement ses accusations contre Keith Schembri. "Il y a des escrocs partout où l'on regarde maintenant, la situation est désespéré", écrivait-elle, en l'accusant d'utiliser son influence au gouvernement pour s'enrichir.

Un Wikileaks entier en une seule femme

Au printemps, le magazine Politico avait classé (en anglais) Daphne Caruana Galizia parmi les "28 personnalités qui font bouger l'Europe", la décrivant comme "un WikiLeaks entier en une seule femme, en croisade contre le manque de transparence et la corruption à Malte". A Bruxelles, le groupe PPE (droite, majoritaire), a évoqué "un crime innommable et une attaque contre la liberté d'expression", tandis que le commissaire européen maltais Karmenu Vella (Pêche et Environnement) a dénoncé "une attaque contre notre démocratie".

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Posté par jl boehler à 00:19 - - Commentaires [3] - Permalien [#]
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