lundi 11 décembre 2017

Chemin de fer en Afrique : au tour de Bolloré !

Côte d’Ivoire: lancement des travaux du chemin de fer Abidjan-Ouagadougou

Rame_de_Sitirail_0Les usagers de la ligne de chemin de fer Abidjan-Ouagadougou attendaient avec impatience la rénovation de la voie gérée par la Sitarail. Jusqu’ici, il ne faut pas être pressé pour relier les deux capitales en train  puisque cela nécessite une journée et demie. Mais la réhabilitation devrait permettre de sérieusement raccourcir le temps de trajet. Les travaux ont donc officiellement été lancés à la gare du Plateau à Abidjan.

Evidemment, ce n'est pas le TGV

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Cette voie unique qui va d’Abidjan à Ouagadougou c’est l’autre axe, avec la route, qui permet de transporter 200.000 passagers et 800.000 tonnes de marchandises par an. Mais cette voie de 1.145 kilomètres est vétuste. Les wagons qui datent des années 1970 sont fatigués au point que l’on roule à 40 kilomètres/heure de moyenne

Mais aujourd’hui, les travaux de rénovation de 853 kilomètres de voie vont être entamés. Au total, 50 ouvrages d’art vont être construits, 31 gares réhabilitées, des ponts, des passages à niveau. Les travaux d’un coût total de 260 milliards de francs CFA - 400 millions d’euros - seront financés par le groupe français Bolloré, le même que celui qui détient le marché du fuel domestique en Alsace, concessionnaire de cette voie de chemin de fer à travers les sociétés Sitarail et Bolloré Railways, et dureront jusqu’en 2021.  Le trafic sur cette voie de chemin de fer unique ne sera pas interrompu pour autant, nous assurent les responsables du groupe français. 

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Les travaux par phases de huit heures se feront en alternance avec le passage des trains de marchandises ou de passagers. Résultat dans trois ans, donc, avec cette nouvelle voie et ces nouveaux wagons, des trains-couchettes. On passera à 300.000 passagers et un million de tonnes de marchandises par an. Henri Bolloré envisage de continuer la ligne au-delà de Ouagadougou vers Niamey au Niger, puis vers le Bénin et Cotonou. Pour l'instant il s'agit pourtant d'améliorer le réseau existant qui date du temps de la colonisation.

rame9Jonction prévue avec la ligne Parakou - Cotonou au Bénin

rame5Un manque évident de gares

rame6Peu de passages à niveau sécurisés

rame1Vieux pont écroulé depuis 2016

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dimanche 3 décembre 2017

Sommet UE-UA à Abidjan

Ouattara applique la réciprocité à Macron

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Les présidents français ont cette coutume de ne jamais recevoir les dirigeants africains à leur descente d'avion à l’aéroport. Alassane Ouattara qui a récemment fait l’expérience lors de sa réception par Emmanuel Macron lui a réservé le même type accueil, une sorte de réciprocité. Le jeune président français avait reçu le chef de l'État ivoirien sur le perron de l'Élysée comme l'ont toujours fait tous ses prédécesseurs.

En effet, pour la première fois de l’histoire de la relation franco-ivoirienne, ce n’est pas le président ivoirien qui a fait le déplacement à l’aéroport Félix Houphouët-Boigny pour accueillir son homologue français, mais son vice-président. Emmanuel Macron qui arrivait à Abidjan pour le Sommet UE-UA en provenance de Ouagadougou ne verra évidemment aucun problème dans le fait d’être reçu par le vice-président Daniel Kablan Duncan pendant que le président Alassane Ouattara se chargeait en personne d’accueillir le président Teodoro Obiang Nguema Mbasogo, président de la République de Guinée équatoriale, personnalité autrement plus importante que le nouveau petit Napoléon français.

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Rappelons que le premier empereur français ne connaissait de l'Afrique que les pyramides égyptiennes, où il s'est exclamé : "Du haut de ces pyramides, quarante siècles vous contemplent !" autrement plus sérieux que "Il va réparer la climatisation" dans l'amphithéâtre de Ouagadougou.

Ceci dit, la réciprocité a été respectée comme du temps de Sarkozy. Macron, lors de ses vacances à Marseille, a été invité à Mougins, dans l'arrière-pays cannois, comme il a été invité à Assinie, résidence secondaire de Ouattara (une de plus) en Côte d'Ivoire. 2 - 0 pour Ouattara ! Puis Macron a été invité par Ouattara (ou Ouattara par Macron ?) à poser le premier pavé du métro abidjanais qui a scellé la réconciliation Bouygues - Alsthom. Amitié capitaliste franco-française retrouvée et financée on ne sait pas combien par le contribuable français : 2 milliards d'€ prêtés selon Le Drian, 1,4 milliards d'€ offerts selon Macron. Et comme le chef a toujours raison, rien n'est encore inscrit au budget par les députés français. 3 - 0 pour Ouattara ! Drogba doit se régaler devant la télé !

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mercredi 4 octobre 2017

Après la visite de Le Drian à Abidjan

Les 1,4 milliards d'Euros de financement deviennent 2 milliards prêtés

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Le ministre des Affaires Etrangères Jean-Yves Le Drian était à Abidjan, comme annoncé. Voici ce qu'en dit RFI (Radio France International) : "Le ministre français de l'Europe et des Affaires étrangères français Jean-Yves Le Drian a assisté, lundi 2 octobre, à l'ouverture de la deuxième édition des rencontres économiques franco-africaines, Africa 2017, dont l'objectif est de relancer les échanges entre la France et l'Afrique dans le secteur privé. Il a réitéré le soutien de la France à la Côte d'Ivoire, soulignant que Paris avait accordé un prêt de deux milliards d'euros devant notamment servir au financement du métro urbain d'Abidjan.

C'est l'un des projets emblématiques du moment dans la capitale économique ivoirienne. La construction du métro de la ville, qui permettra le transport d'environ 300 000 personnes par jour, vise à « résoudre le problème des embouteillages à Abidjan, qui engendrent des pertes importantes pour l'économie ivoirienne », a ainsi indiqué l'ancien ministre des Transports Gaoussou Touré.

C'est l'heure de la présentation du projet en gare de Treichville : « Bonjour à tous. Je suis Kinapara Coulibaly, directeur général du Bureau national d’études techniques et de développement (BNETD)… » Sur l’écran, un magnifique train gris et bleu traverse la ville d’Abidjan à vive allure ; mais c'est un convoi qui est encore virtuel. Le tracé de cette ligne n°1, lui, est déjà dessiné : 37 kilomètres du nord au sud de la ville, « en passant par la commune d’Abobo, Adjame, Plateau, Treichville, Marcory et Port-Bouët… », continue Kinapara Coulibaly."

Voitures pare-choc contre pare-choc

Pour mieux se rendre compte de l'ampleur du chantier à venir, direction l’unique voie de chemin de fer à bord d’une draisine. Avant d’arriver dans le sud du quartier d’Adjamé, le petit train jaune se fraie un passage entre les habitants qui traversent les voies. De part et d’autre, des rails, des baraques de taule et de parpaings. Sur la bretelle d’autoroute en contrebas, les voitures sont pare-chocs contre pare-chocs.

Dans cinq ans, cette scène n’existera peut-être plus. « Quand on traverse ces zones très déshéritées, précise Jean-Yves le Drian, le ministre français de l’Europe et des Affaires étrangères, qui vont être transformées inévitablement, il faudra aussi un accompagnement social très important. Il va permettre la réhabilitation de plusieurs quartiers. Il va permettre un brassage de population. Et il va être aussi très important pour l’environnement. »

Selon nos informations, 80 millions d’euros ont été programmés au titre du dédommagement pour le démantèlement de l’habitat informel sur le tracé de la ligne numéro 1 du métro d’Abidjan."

Ivoiriens entubés, l'arnaque est en place !

Le Drian est un excellent VRP et négociateur pour Macron qui est en fait le vrai décideur de cette affaire. Il n'est pas utile de revenir sur la façon dont Bouygues a remplacé Alsthom sur ce marché ivoirien. Voyons plutôt la suite.

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Il s'agit de rendre l'affaire crédible et populaire, et non de convaincre les responsables ivoiriens qui se sont déjà ralliés aux exigences macroniennes. Alors on présente un beau métro bien conçu et on l'oppose aux pauvres rues de la banlieue abidjanaise. Il apparaît comme une évidence que les abidjanais ne peuvent pas continuer à vivre dans ces conditions, surtout qu'on leur promet "l'émergence pour 2020" ! Evidemment, Le Drian n'est pas là pour prendre en compte leurs voeux prioritaires : ce sera le métro de Bouygues ! Et comme les asiatiques (Japon et Corée du Sud) présentent des projets 30% moins cher, on va jusqu'à promettre de "financer" la différence. Différence de 1,4 milliards d'€ donnés devient brutalement un crédit de 2 milliards : et voilà le tour de passe-passe est réussi ! Finalement, les ivoiriens paieront, leurs dirigeants se féliciteront de cette réussite qui les fera réélire, Macron et Bouygues seront contents du bon tour joué à Alsthom-Lohr-Siemens l'allemand.

Quant aux 80 millions de dédommagement, on peut se demander où ils iront. Lors des inondations du début d'année 2017, le président Ouattara était venu à Strasbourg quémander une aide (qui s'est élevée à 18 millions d'€) dont peu d'Ivoiriens sinistrés ont vu la couleur. Bien au contraire, la plupart a été sommée de "déguerpir" et vit encore aujourd'hui dans la précarité et la misère. Dans ces histoires, on peut se demander qui sont "les brouteurs" (terme ivoirien pour désigner les arnaqueurs). Pas forcément ceux que l'on croit. Dans le monde rothschildo-macronien, tous les moyens sont bons, y compris l'exploitation de la misère du monde.

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samedi 29 juillet 2017

Inondations en Afrique

Les sinistrés d'Abidjan se sentent oubliés

abidjanDepuis le début de la saison pluvieuse, au moins vingt personnes sont mortes en Côte d'Ivoire du fait d'inondations ou de glissements de terrain. Dans certaines communes d'Abidjan, les habitants des quartiers sinistrés vivent dans la crainte de nouvelles pluies diluviennes, parfois sans solution de relogement malgré les promesses d'aide financière. Reportage à la cité Coprim, à Yopougon.

Don Paul Kohou regarde avec crainte l’imposante fissure qui strie depuis peu les murs de sa chambre. Si une partie de sa maison, nichée au bord du canal de terre de la cité Coprim à Yopougon, tient encore en partie debout, ce n’est plus le cas de celle de son voisin. Après des pluies diluviennes, une partie de l’immeuble d’à côté s’est brutalement effondrée dans le canal, le 25 mai dernier, entraînant dans sa chute une partie de sa petite villa.

Depuis le début de la saison pluvieuse, le fonctionnaire de 59 ans a vu des pans entiers de deux autres immeubles se fracasser dans le canal, qui a aussi englouti six autres villas basses. Malgré les impressionnants dégâts, Don Paul Kohou « remercie Dieu » : jusqu’à présent, les dommages ne sont que matériels. Seule une femme a été légèrement blessée. Elle était chez elle lorsque sa maison s’est effondrée après un énième glissement de terrain.

Contraints de dormir ailleurs

Dans cette partie de la cité Coprim, l’absence de victimes s’explique d’abord par les réflexes développés par ses habitants. De mémoire de riverain, le premier éboulement remonte à juin 2015. Depuis, à chaque pluie, les occupants des 48 habitations nichées en bordure de canal ont donc pris l’habitude de s’éloigner de leurs maisons par peur de nouveaux glissements de terrain. « Nous ne pouvons pas prendre le risque de dormir chez nous lorsqu’il pleut, nous avons peur que tout s’effondre. Nous sommes contraints de dormir à l’extérieur, en face, ou chez ceux qui peuvent nous accueillir », s’indigne Rigobert Blaka, dont la maison penche désormais dangereusement vers le canal.

La plupart des riverains en veulent à la mairie de Yopougon. Ils assurent que la commune leur avait annoncé en décembre 2015 la réfection tant attendue du canal. Car il y a encore une dizaine d’années, le fossé de terre avait l’envergure d’un petit caniveau que les riverains pouvaient enjamber d’un simple saut. Mais la vigueur des dernières saisons pluvieuses, couplée à la construction d’ouvrages ne laissant pas l’eau s’écouler, ont considérablement creusé le lit de la rigole.

La mairie pointée du doigt

Faute de travaux, le petit canal s’est depuis transformé en un ravin de plus de dix mètres de large par endroit. « Si des travaux avaient été faits pour l’aménager et le consolider, il n’y aurait jamais eu ces glissements de terrain et nos maisons n’auraient pas été mises en danger », déplore Don Paul Kohou, devenu le porte-voix de l’association informelle des habitants de la cité.

Des critiques que balaie la mairie de Yopougon. « La mairie n’a ni les moyens, ni les prérogatives pour effectuer ces travaux, qui relèvent de la compétence de l’État », assure Yaya Coulibaly, directeur de cabinet du maire de la commune, Gilbert Koné Kafana. « Chaque année, le maire demande aux personnes vivant dans des zones à risque de quitter les lieux », tient-il également à préciser.

Reste que les habitants, dont les économies d’une vie ont pour la plupart été investies dans ces maisons, n’ont pas les moyens de se reloger. « On nous dit de quitter les lieux, mais nous n’avons pas les moyens de partir : les logements sont trop chers à Abidjan pour que nous nous logions ailleurs », rétorque Don Paul Kohou.

« Nous vivons dans nos maisons la mort dans l’âme »

Des sinistrés que les autorités se sont pourtant engagées à aider. Le 14 juin dernier, une délégation ministérielle est venue promettre des travaux, ainsi qu’une enveloppe financière aux riverains. « Les propriétaires des 48 villas se sont ensuite vus proposer 300 000 Francs CFA [457 euros] pour se reloger provisoirement. Mais pour l’instant nous sommes seulement six riverains à avoir reçu l’argent. Quarante-deux autres attendent toujours. Le dossier traîne, et nous ne savons toujours pas quand commenceront les travaux », déplore Don Paul Kohou, qui fait partie des six premiers bénéficiaires.

En attendant, le canal continue de s’élargir, creusé par les eaux usées et les ordures qui s’y accumulent. Un quatrième immeuble, toujours habité, menace désormais de s’effondrer. « On évoque l’incivisme et l’inconscience des personnes qui continuent de vivre dans les zones dangereuses, mais comment ceux qui n’ont pas l’argent pourraient-ils faire pour en partir ? », s’indigne Don Paul Kohou. Avant de lâcher, amer : « Nous vivons dans nos maisons la mort dans l’âme. » (selon Claire Rinfroy, "Jeune Afrique")

NB : Lors de son voyage à Paris et Berlin, le président Ouattara a sollicité à Strabourg l'aide de l'Europe. Qu'est devenue cette aide ?

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jeudi 6 juillet 2017

Affaire Kieffer : vers de nouvelles pistes ?

Un rôle joué par la Guinée-Bissau ?

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Cinq pages de révélations surprenantes, et ce n'est pas fini ! Les prochains numéros de "L'éléphant déchaîné" nous réservent encore des surprises. Jusqu'à maintenant, tout le monde s'était accordé sur le fait que l'enlèvement et l'assassinat  de Guy-André Kieffer était lié à la corruption ambiante dans la filière café-cacao. Oui mais voilà ! De nouvelles pistes sont évoquées (au moins quatre) dont la plus importante est la Guinée-Bissau. D'ailleurs, "l'éléphant déchaîné" arrive à la conclusion :  "Enfin Guy André Kieffer (GAK) travaillait sur le paiement des salaires, par le régime Gbagbo, à hauteur de 1,5 milliard de FCFA, des fonctionnaires de la Guinée Bissau, en mars 2004. « L’Eléphant» est en mesure d’affirmer aujourd’hui que c’est cette dernière enquête dont beaucoup de confrères ont déjà parlé, qui a emporté le journaliste." Une sombre histoire de 18 millions de dollars, donnés par un pays exsangue à un pays voisin, pour payer les salaires de ses fonctionnaires. On croit rêver. Et celle-ci arrive le jour où Dominique de Villepin, ministre des affaires étrangères, délègue à Abidjan ses deux "spécialistes" de l'Afrique, Nathalie Delapalme et Bruno Joubert. Curieux, au point qu'on se demande si cette affaire n'est pas franco-française, et n'aurait rien à voir avec la Côte d'Ivoire. A ce titre, il serait intéressant de savoir d'où venaient ces 18 millions de dollars : de l'Etat français ? du trafic d'armes ? ou d'autres filières encore ?

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La thèse de l'assassinat commandité par Simone Gbagbo est de plus en plus mise à mal. Quand bien même aujourd'hui, pour des raisons d'opportunité le régime Ouattara la maintient derrière les barreaux. Il est vrai que le beau-frère de la première dame, Michel Legré, qui devait rencontrer Kieffer le jour de son enlèvement est aujourd'hui décédé et ne témoignera plus. L'article de "l'éléphant déchaîné" conclut par ailleurs : "Pourquoi avec toutes les informations très précises et très rapidement obtenues, les autorités françaises, notamment celles du Quai d’Orsay, ont-elles fait preuve d’une incroyable mollesse dans le traitement du dossier de la disparition de Guy André Kieffer?" Plus d'éclaircissements dans un prochain numéro.

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samedi 1 juillet 2017

Brouteurs.com

La troisième saison de "Brouteurs.com" arrivera en novembre sur la télévision ivoirienne et sur TV5Monde.

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Le destin du réalisateur est lié à celui des brouteurs. En 1998, alors qu'internet en était encore à ses balbutiements en Afrique, Alain Guikou, qui n'imaginait pas alors faire du cinéma, tenait un des premiers cybercafés d'Abidjan, à Yopougon, un des deux grands quartiers populaires de la capitale économique ivoirienne.

"J'avais un client particulier qui passait sa journée à envoyer des mails, à passer des coups de téléphone. Il me faisait la recette quotidienne", raconte-t-il. L'homme était en réalité un brouteur, un cyber-escroc à la sauce ivoirienne.

"Il voulait absolument pouvoir venir 24/24h, 7/7j. Il m'a même offert 500.000 F CFA par mois (760 euros)", une somme importante pour le pays.

Selon Alain Guikou, ce "client" coule désormais des jours heureux en Europe, où il a disparu après avoir fait fortune en délestant des "pigeons" de leur argent...

Le phénomène s'est amplifié dans les années 2000 pour devenir une sorte de spécialité ivoirienne, même si le Nigeria et le Cameroun ont aussi leurs cyber-aigrefins.

Propositions de mariages, d'investissements, usurpations d'identité, fraudes à la carte bancaire, fausses factures, affaires louches... Les arnaqueurs, souvent qualifiés d'arnacoeurs, rivalisent d'imagination pour leurs escroqueries. Des scénarios qui constituent autant d'épisodes de Brouteurs.com.

"C'est un peu comme quand Al Pacino rencontrait les mafieux de New-York pour s'en inspirer. Les mecs étaient fiers de lui raconter leurs histoires. Ici aussi, ils sont fiers de me raconter ce qu'ils font", assure ce fan des films de mafia, qui raconte qu'aujourd'hui certains "sont prêts à (le) payer pour apparaître" dans la série.

Le parc Banco vendu à prix d'or 

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Après le succès d'une première série policière (Signature, 2007), l'autodidacte Alain Guikou débute en 2010 le tournage des 26 premiers épisodes de "Brouteurs.com" avec des budgets maigrelets, qui s'étoffent avec le succès.

"On m'a même raconté qu'au Canada, la diaspora africaine se rassemble pour regarder la série", assure l'un des acteurs de la série, Franck Vléhi.

Avant d'incarner Géraud, l'escroc en chef, Franck Vléhi a rencontré un des brouteurs mythiques du pays dont la légende veut qu'il ait vendu le Banco, le parc national protégé situé dans Abidjan, à un Qatari pour "8 milliards de F CFA" (12,2 millions d'euros) !"

"Je voulais comprendre leur psychologie", affirme l'acteur. "Il m'a dit : +quand tu pars à la pêche et que tu veux pêcher un tilapia, un ver de terre suffit. Mais quand tu veux pêcher un requin, il faut carrément le capitaine (gros poisson des eaux africaines) !+"

"Arrivée en jet privé au Qatar, vêtu de blanc ! Suite dans un hôtel de luxe... Il (le brouteur) s'est fait passer pour un riche héritier ivoirien" faisant du business.

Dans la série, Géraud escroque dès la saison 1 un riche Saoudien de 400 millions de F CFA (610 00 euros).

Honte, ruine, suicide

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L'actrice Aurélie Eliam, qui tient le rôle du lieutenant de police Cynthia, a elle-même eu à souffrir des brouteurs.

En 2008, des arnaqueurs se sont servis d'anciennes photos d'elle posant comme mannequin pour "appâter" des amoureux argentés.

"Un monsieur a failli porter plainte contre moi auprès d'Interpol... Je me suis aperçue qu'on parlait de moi sur un forum: +Aurélie Eliam, actrice et arnaqueuse+ On disait que j'avais volé plusieurs milliers d'euros", explique-t-elle.

On voit souvent les arnaques comme "une histoire marrante", souligne Alain Guikou qui rappelle toutefois les conséquences tragiques pour les victimes, de la honte à la ruine et même parfois au suicide.

"Un jour, je me suis retrouvé au maquis (restaurant populaire) avec un brouteur qui s'esclaffait à propos d'un pigeon qu'il avait au téléphone: +Ecoute ça, le Mugu (victime) est en train de pleurer !", raconte le réalisateur.

En braquant les projecteurs sur ces arnaques, la série a eu un effet collatéral: certains brouteurs craignent désormais de se faire démasquer.

"Quand j'étais en vacances à Washington DC", raconte ainsi Franck Vléhi, "un mec" l'ayant reconnu lui a glissé à l'oreille: "+Maintenant arrêtez de dévoiler nos plans ! ça nous tue et ça tue notre business !+"

 selon AFP

 

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jeudi 29 juin 2017

Disparition de Guy-André Kieffer : une affaire enfin relancée ?

Qui a intérêt à cacher quoi ?

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Guy-André Kieffer est l’aîné d’une fratrie de trois garçons issu d’une famille alsacienne, avec un père ingénieur dans le nucléaire et une mère au foyer. Dans les années 1970, il part au Québec et y devient attaché parlementaire d’un député canadien. Il se marie, a un enfant et acquiert la double nationalité franco-canadienne puis divorce à deux reprises. Il revient en France pour passer son diplôme de journaliste, retourne au Canada où il rencontre sa future épouse, Osange Silou-Kieffer, journaliste guadeloupéenne, en 1979, celle-ci le décrivant comme "plutôt trotskiste et idéaliste".

Journaliste économique, il travaille d'abord à Libération. Il rejoint ensuite, dès sa création en 1984, le quotidien La Tribune, créé par quatre journalistes économiques du quotidien Le Monde. Il y reste 18 ans. Guy-André Kieffer s'intéresse au monde des affaires dans le domaine des matières premières.

En 2002, il part pour la Côte d'Ivoire, où le président Laurent Gbagbo lui commande un audit sur la filière cacao. Cet audit met rapidement en lumière des malversations.

Il élargit le champ de ses investigations au financement des ventes d'armes en Côte d'Ivoire. Il publie de nombreux articles critiques concernant l'économie de le Côte d'Ivoire, dans la presse ivoirienne (sous différents pseudonymes) et dans La Lettre du Continent, publiée en France.

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Disparu le 16 avril 2004, il aurait été enlevé sur le parking d'un supermarché d'Abidjan, alors qu'il avait rendez-vous avec Michel Legré le beau-frère de la première dame Simone Gbagbo. Par la suite il aurait été assassiné. Son corps n'a jamais été retrouvé, ses geôliers et ses assassins jamais arrêtés, ni même identifiés sérieusement.

En 2015, la garde des sceaux Christiane Taubira s'était rendue à Abidjan. Malgré toutes les promesses de collaboration du président Alassane Ouattara, les portes se sont fermées rapidement devant elles, notamment celles de la MACA (prison d'Abidjan).

Qui a donc intérêt à cacher quoi ? Peut-être le saurons-nous grâce à des journalistes d'investigation ivoiriens du journal satirique "L'éléphant déchaîné", équivalent de notre "Canard enchaîné". 

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jeudi 20 avril 2017

Franc CFA : quel avenir ?

"Le Franc malgré son nom est la monnaie des Africains" (Michel Sapin)

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Le ministre français de l’Economie Michel Sapin a refusé vendredi d’évoquer le débat sur le Franc CFA en Afrique, se retranchant derrière la souveraineté des Africains sur le sujet lors d’une réunion des ministres des Finances de la zone franc à Abidjan.

"Ce n’est pas un sujet que j’aborde car c’est un sujet qui appartient aux Africains. Le Franc malgré son nom est la monnaie des Africains, ce n’est plus la monnaie de la France, il a disparu en Europe. Sur toutes ces questions-là, c’est aux Africains de se prononcer et ce n’est pas à nous de le faire à leur place", a affirmé le ministre.

"Il y a un rôle institutionnel bien connu: nous sommes un élément de garantie de la monnaie mais, pour le reste, le rôle est avant tout d’écouter, de faciliter et d’appuyer lorsqu’il le faut", a-t-il précisé.
"La France est là en amie pour soutenir, aider des pays qui sont puissants, ont beaucoup d’avenir, mais qui doivent faire face à un certain nombre de difficultés", a-t-il ajouté alors que de nombreux pays de la zone CFA ont actuellement des problèmes budgétaires touchés par un ralentissement de l’activité et une baisse de certaines matières premières.
Le "CFA", utilisé par 15 pays francophones d’Afrique de l’ouest et du centre (155 millions d’habitants), est lié à l’euro par un système de parité fixe. Pour garantir cette parité, les Etats africains doivent déposer 50% de leurs réserves de change auprès du Trésor français.
La zone Franc comprend 14 pays d’Afrique subsaharienne (Bénin, Burkina Faso, Côte d’Ivoire, Guinée Bissau, Mali, Niger, Sénégal, Togo, Cameroun, Congo, Gabon, Guinée Équatoriale, Centrafrique et Tchad). Le quinzième membre est l’archipel des Comores.
Ce lien fort avec l’euro est considéré par beaucoup comme un gage de stabilité. Mais certains économistes, responsables africains et militants accusent le CFA de freiner le développement de l’Afrique et considèrent que ce lien avec l’ancienne puissance coloniale est une perte de souveraineté, les pays étant tributaires de la zone euro.
Paris s’est dit ouvert, à la mi-mars dernier, "à toutes les propositions" que les 15 pays de la zone franc pourraient formuler lors de la réunion d’Abidjan où il sera aussi question des programmes du FMI et l’accès des pays à des emprunts.
pgf/jlb

franc

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lundi 20 mars 2017

Médicaments de rue en Afrique

Le règne de Roxy-Adjamé

En Afrique, pas de sécurité sociale, pas de remboursement des soins. Alors on se soigne quand on peut, au moindre coût, ou on ne se soigne pas.

medicament_de_rue_1Roxy, le marché de médicaments de rue d’Abidjan ne désemplit pas. La plus grande pharmacie de rue d’Abidjan est ce lieu où depuis plusieurs années le trafic et la vente de médicaments de rue se lègue comme un héritage de mère en fille. En ces lieux, le secret du ravitaillement en médicaments est bien gardé d’une vendeuse à l’autre. En effet, 80% des petites mains qui rapportent chaque année des millions de francs CFA aux réseaux de trafiquants sont des femmes. Après plusieurs minutes d’échange, une jeune dame qui affirme se prénommer Fatou accepte de parler.

« Tout le monde sait que nous sommes ici. Même vos collègues blancs viennent souvent avec leurs caméras pour nous poser des questions. Ils nous demandent où on trouve nos médicaments, qui nous donne les médicaments ou bien si on va les acheter à la pharmacie… » indique-t-elle.

Fatou semble être une des doyennes des lieux. Elle propose des médicaments depuis plus de 15 ans ! Elle a commencé son activité dans les rues du quartier marchant d’Adjamé avec sa mère avant même l’adolescence. Avec son expérience dans le domaine de la vente de médicament de rue, Fatou ne fait aucune difficulté pour nous révéler l’origine des molécules vendues sur le marché sous une chaleur écrasante, avec la poussière qui recouvre les boites de médicaments et la proximité d’une décharge qui attire les mouches et autres rongeurs.

« Les médicaments que nous proposons sur le marché viennent principalement du Ghana, du Nigeria, de la Guinée et certains produits viennent de la Côte d’Ivoire. Maintenant il y a des médicaments chinois : ce qu’on utilise pour les massages, pour éclaircir la peau (dépigmentation) ou grossir les seins et les fesses… », affirme la vendeuse.

Chine, Ghana, Guinée, Nigeria et Côte d’Ivoire, les révélations de Fatou nous font prendre conscience de l’existence d’un lucratif business organisé à l’échelle ouest-africaine voire mondiale par des mains obscures. A voir les médicaments disposés dans les bassines à même le sol, plusieurs d’entre eux vendus sont effectivement des produits qui sont loin d’être autorisés par les services sanitaires Ivoiriens. Mais au fond, cela n’inquiète en rien certains Ivoiriens qui préfèrent se ravitailler auprès de ces doctoresses du bitume qui sans jamais avoir mis les pieds dans une faculté de médecine indiquent aux patients la posologie des médicaments qu’elles proposent. Pour les acheteurs qui ne se laissent pas décourager par les conditions de conservation des médicaments, les arguments ne manquent également pour défendre le choix de Roxy.

« Vous savez, c’est la situation économique du pays qui nous pousse à venir vers ces vendeuses. Nous sommes conscients qu’il y a des dangers liés à l’automédication : c’est bien comme ça qu’on appelle ce que nous faisons. Mais faute de moyens nous sommes obligés de nous ravitailler ici. En plus, il y a plusieurs produits de la pharmacie qui se retrouvent ici. Il y a seulement un problème de conservation sinon il y a de bons médicaments dans la rue », affirme Bah Edouard un client venu chercher un médicament contre le rhume.

Edouard la quarantaine passée, présente même l’activité des vendeuses de Roxy comme étant « d’utilité publique ». En effet, ce ne sont pas seulement les personnes démunies qui se ravitaillent à Roxy. Il passe en ce lieu plus d’ordonnances que dans les officines conventionnelles. Sur la cinquantaine de clients (56 ndlr) avec lesquels nous échangeons, 80% affirment connaitre les médicaments pour lesquels ils viennent à Roxy. 75% lisent avec intérêt la date de péremption des médicaments ; les 25% restant (probablement analphabètes) se confient à la sagesse et au savoir-faire des vendeuses. Leurs prescriptions ne sont pas loin d’égaler celles des pharmaciens et des médecins. Les 27 vendeuses que nous avons côtoyées ont une excellente maitrise des médicaments qu’elles vendent ! Ces acquis sont-ils le fruit de la pratique ? Les vendeuses sont-elles formées par leur circuit de ravitaillement ou des médecins ? Autant de questions pour lesquelles il va falloir creuser davantage.

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Du poison vendu à bas prix

Côté prix, la différence entre la pharmacie et la rue est plutôt tentante pour le consommateur. Une célèbre boite de vitamine vendue à 4185 f CFA en pharmacie est proposée à 2800 voire 2600 après un petit marchandage avec les vendeuses de Roxy. Le patient peut même s’offrir les ampoules buvables pour 75 ou 100 f CFA. Un autre sirop vendu en pharmacie pour les insuffisances en fer et proposé à 3200 f CFA est vendu à Roxy à 1750 f CFA et ce prix peut chuter jusqu’à 1400 CFA. En ce qui concerne les différents types de médicaments, un tour rapide dans les bassines nous permet de voir que les antalgiques arrivent en première position suivies des anti-inflammatoires, les antipaludiques et les antibiotiques. Ces médicaments se retrouvent sous toutes les formes: injectables, comprimés, solutions buvables… Pour les ARV et les anti-tuberculeux, il faut passer commande et les vendeuses garantissent la livraison de médicaments « plus bons et efficaces que ceux qui sont distribués gratuitement dans les hôpitaux ». 

En apparence les médicaments vendus à Roxy sont bons et moins chers mais pour les professionnels de la santé ces produits font plus de mal que de bien et c’est le docteur Sery qui le démontre.

« Il y a le problème de la conservation qui fait que le principe actif de ces produits n’agit plus vraiment sur le mal et au lieu de guérir la maladie, le médicament peut aggraver le mal ».

Le docteur Sery souligne également que dans la rue les médicaments ne sont pas aussi abordables qu’on le pense. Les vendeuses fixent le prix à la tête du client et font même de la surenchère en fonction du produit. Il y a aussi de véritables problèmes de santé liés à ces médicaments de rue : les organes vitaux des patients sont en danger ! Les reins, les poumons, le pancréas, le foie ou la vésicule biliaire sont des zones qui peuvent être sérieusement endommagées par ces médicaments de rue.

Au-delà, la résistance de certaines pathologies face aux antibiotiques est en grande partie liée à ces médicaments à faible action ou ces placébos vendus par des femmes qui en ignorent les dosages. C’est la raison pourquoi laquelle, les médecins invitent surtout les grands malades tels que les diabétiques, les cardiopathes et les personnes qui sont des terrains favorables au rhumatisme ou aux maladies héréditaires d’éviter l’auto-médication et de fuir les médicaments de rue.

Qui ravitaille le marché de Roxy ?

En ce qui concerne le ravitaillement des vendeuses de Roxy, une véritable omerta existe dans le milieu. Cependant, une question taraude forcément l’esprit du visiteur d’un jour qui découvre les bassines de médicaments à Roxy. Comment des médicaments officiellement autorisés peuvent-ils se retrouver dans la rue ? Des professionnels de la santé sont-ils de mèche avec la mafia du bitume ? Il n’y a pas de doute : des mains obscures font sortir des médicaments du circuit officiel pour les reverser dans le circuit officieux.

« Nous avons écho de telles pratiques vu les médicaments autorisés que ces femmes revendent, il est clair que certains docteurs ou grossistes font sortir des médicaments du circuit officiel pour alimenter le circuit officieux. Et les raisons qui l’explique sont différentes : contourner les taxes, liquider rapidement les médicaments pour se faire plus d’argent, vendre des médicaments qui ne sont plus autorisés mais qui sont restés en stocks… » explique le docteur Sery.

 Dans ce contexte de fraude et de trafic si bien organisés, la lutte contre les médicaments de rue devient difficile. Le consommateur se posera sans doute la question suivante : si de bons médicaments se retrouvent sur le marché à même le sol avec la bénédiction de certains grossistes et docteurs, pourquoi donc s’approvisionner dans les officines conventionnelles ? A cette question, certains ivoiriens ont déjà leur élément de réponse. Grâce aux campagnes de sensibilisation du Ministère de la santé publique sur les dangers des médicaments de rue, de nombreux ivoiriens ont décidé de tourner le dos aux médicaments de rue.

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« Je choisis la pharmacie parce que je veux protéger ma vie et celle de mes proches », affirme Beugré Richard un père de famille croisé dans une pharmacie des II Plateaux.

Pourtant Beugré Richard ne condamne pas ses concitoyens qui se ravitaillent dans la rue. Il estime que c’est faute de moyens que l’Ivoirien se rabat sur les médicaments de rue. Il interpelle les autorités pour que le prix des médicaments soit revu à la baisse pour soulager les populations appauvries par 10 ans de crise. Il indique que l’option des médicaments génériques est une bonne idée pour freiner le trafic des médicaments de rue. Cependant, il faut sensibiliser les ivoiriens sur la présence de ces médicaments génériques et surtout penser à afficher leurs listes dans les pharmacies.

Omerta totale sur le trafic

Le trafic de faux médicaments est aujourd’hui considéré par les experts internationaux comme une activité plus lucrative que certains secteurs clés du crime organisé. En ce qui concerne le financement et la rentabilité des faux médicaments, l’IRACM (Institut de recherche contre les médicaments contrefaits) indique que pour 1.000 $ US investis, le trafic d’héroïne rapporte environ 20.000 $ US tandis que la même somme investie dans le trafic de faux médicaments peut rapporter entre 200.000 et 450.000 $ US, soit 20 à 45 fois plus rentable que le trafic de drogue !

Ces montants représentent à l’échelle mondiale plusieurs milliards de $ US puisque 123 pays sont directement touchés par les médicaments de la rue. La preuve avec l’opération Pangea VII menée par Interpol en mai 2014 et qui a permis la saisie de faux médicaments pour une valeur totale de 22 millions d’euros ! L’opération a conduit à la fermeture de plus de 10.000 sites Internet servant d’interface à la vente des faux médicaments. Le fléau est réel mais le caractère du produit au cœur de ce trafic (le médicament ndlr) fait que l’appareil répressif des Etats affectés peine à entrer en action. Un laisser-faire qui pousse les vendeuses sur les marchés à considérer leur activité comme à la limite légale.

In fine, les commerçantes de Roxy estiment qu’elles font plus de bien que de mal. Dans cette mafia où elles sont les petites mains, rien ne semble les inquiéter. Elles affirment jouir de la protection d’hommes politiques influents aussi bien dans la commune d’Adjamé qu’à l’échelle nationale. Quant aux unités anti-drogue et de lutte contre les stupéfiants, les 27 vendeuses que nous avons côtoyées indiquent « verser de l’argent pour leur silence ». Cette pratique de corruption est quasi quotidienne !

Nous quittons les pharmacies et leurs climatisations apaisantes pour la chaleur étouffante du marché de Roxy. La peur d’être délogée un matin avec les faux médicaments qui tapissent les bassines n’habite plus vraiment les vendeuses. Nous essayons tout de même de savoir qui sont les têtes pensantes du réseau de ravitaillement des pharmacies de rue. Nos tentatives pour avoir un nom ou un numéro téléphone se sont heurtées à une véritable omerta partagé par toutes les vendeuses.

« Nous avons des sœurs qui livrent sur le marché, elles disent recevoir les médicaments de certaines personnes…c’est une chaîne mais je ne peux pas vous dire qui sont ces hommes » explique Biba une autre vendeuse.

« C’est notre secret » renchérit d’un air amusé Fatou ! Un secret très bien gardé mais que nous allons percer en partie alors que nous quittions le marché la nuit tombée. Une fourgonnette appartenant à un important distributeur de produits pharmaceutiques stationne à Roxy, livre sous nos yeux des cartons et repart. Demain tous ces médicaments inonderont Abidjan car Roxy approvisionne en faux médicaments la quasi-totalité de la capitale économique ivoirienne. (selon "eburnietoday.com", enquête de Suy Kahofi).

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jeudi 16 mars 2017

Abidjan : un quartier entier jeté à la rue

Mardi 14 mars 2017. Yopougon. Le sous-quartier de «Karata» à Andokoi a été, le théâtre d`une scène de démolition de plusieurs habitations par des bulldozers sous la supervision de la force publique (gendarmes et policiers).

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Le sous-quartier de «Karata» à Andokoi dans la commune de Yopougon à l'ouest de la capitale économique ivoirienne a été, mardi, le théâtre d'une scène de démolition de plusieurs habitations par des bulldozers sous la supervision de la force publique (gendarmes et policiers). 

Près d'une centaine de familles ont erré toute la journée dans les rues du quartier entièrement rasé avec leurs affaires personnelles (matelas, lits, assiettes, habits, appareils électroménagers...). 

Gendarmes, armes aux poings empêchant l'accès de la voie d'entrée principale de quartier, policiers et autres loubards loués pour la circonstance encerclant les décombres où des riverains délogés continuaient jusque dans la soirée, à ramasser leurs affaires sous les décombres.

Interrogés sur place, des déguerpis expliquent la triste journée qu'ils ont vécu. ‘’ C'est vers 10 heures ce matin, que des gendarmes et policiers, accompagnés de loubards, sont venus nous sommer de ramasser nos affaires prétextant que des bulldozers vont incessamment raser le quartier’’, explique-t-il.

‘’Ils se sont concertés un moment avec les chefs de quartiers et autres imams et les minutes qui ont suivi, les machines ont commencé à tout casser sans même nous laisser le temps de prendre toutes nos affaires», raconte, peiné, un jeune homme d'une trentaine d'années.

«Des éléments de la force publique nous avaient prévenu début décembre dernier qu'ils allaient nous déguerpir le 05 de ce même mois. Ils sont revenus quelques jours avant la fin du mois de décembre et nous nous sommes opposés. Ils nous ont gazé ce jour, mais ils n'ont pas pu démolir», relate-t-il .

Quant au motif du déguerpissement, il a été expliqué aux populations que le sous-quartier aurait été vendu à un opérateur économique franco-libanais par le chef de terre pour une vingtaine de millions de FCFA. « Comment expliquer que dans notre propre pays on nous jette à la rue pour vendre l'espace à un étranger ? », s’offusque-t-il.

Ce n'est évidemment pas comme en France, où l'on menace d'exproprier un quartier entier à Châtenois, annexe Val de Villé, avec des maisons d'habitation et une entreprise de 20 salariés, sans crier gare, après avoir établi une Déclaration d'Utilité Publique (DUP) qu'on ne respecte pas, juste pour faire plaisir à de pseudo-écologistes qui veulent sauver quelques papillons au détriment d'un quartier et de vies humaines sur la RN 59.

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