mercredi 5 mai 2021

Archéologie en Guadeloupe

113 sépultures précolombiennes découvertes

guadeloupeL'Institut national de recherche archéologique préventive (Inrap) a annoncé mardi la découverte d'un site d'habitat précolombien en Guadeloupe, avec 113 sépultures, une découverte d'une ampleur inédite dans l'archipel. 

Ce site d'habitat précolombien, estimé entre le XIe et le XIIIe siècle, ainsi que 113 sépultures de la même période, ont été mis au jour lors de fouilles préventives menées aux Abymes, entre octobre 2020 et mars 2021. Des vestiges de la période coloniale ont également été trouvés à cette occasion.


Cette découverte est d'une ampleur inédite dans l'archipel, par le nombre de sépultures, qui ne se trouvaient qu'à une cinquantaine de centimètres sous la surface du sol actuel, selon l'Inrap. 

"Les sites précolombiens fouillés jusqu'ici ont donné quelques inhumations, des dizaines avec de la chance. Là, on a la possibilité d'observer un grand nombre d'informations sur un même lieu, un même type et vraisemblablement une même période d'occupation", a expliqué à l'AFP Nathalie Serrand, archéologue et responsable de recherche à l'Inrap, qui fait partie de l'équipe de six archéo-anthropologues qui a participé à ces opérations.

Ces ossements constituent un "panel diversifié" avec des hommes et des femmes de tous âges. Ils sont caractéristiques des sépultures de la période précolombienne, dans des petites fosses et avec les corps très fléchis, dont les membres inférieurs ont été ramenés vers le thorax. 

Leur étude devrait permettre d'en savoir plus sur l'organisation de ce lieu de vie et de ses habitants. Des structures sur poteaux et des rejets de consommation alimentaire et de la vie quotidienne ont aussi été découverts sur place.

"Il va falloir comprendre comment l'espace des vivants et celui des morts s'articulait. C'est une très grosse zone de 7.000 m2 qui représente peut-être un tiers ou un quart du village. On pourra en tirer énormément d'informations, car c'est un fichier de 300 ans sur une population qu'on appelle +troumassoïde+", s'est félicitée Mme Serrand.

Par ailleurs, à l'ouest de ce site précolombien, d'autres vestiges datant des XVIIIe et XIXe siècles, soit la période coloniale, ont également été mis au jour, à proximité des restes d'une ancienne habitation nommée "Mamiel". Ils feront également l'objet d'études archéologiques.

Les fouilles ont été menées préalablement à la construction d'un lotissement commercial sur six hectares dans le secteur de Petit-Pérou, alors que des découvertes  similaires avaient déjà été réalisées sur le chantier du futur CHU de la Guadeloupe, situé à proximité. (selon AFP)

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mardi 4 mai 2021

Poussières extraterrestres

Plus de 5 000 tonnes de poussières extraterrestres tombent chaque année sur la Terre

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Chaque année, notre planète rencontre des poussières de comètes1 et d'astéroïdes. Ces poussières interplanétaires traversant notre atmosphère donnent naissance aux étoiles filantes. Une partie d’entre elles atteignent le sol sous forme de micrométéorites. Un programme international mené depuis près de 20 ans par des scientifiques du CNRS, de l’Université Paris-Saclay et du Museum national d’Histoire naturelle avec le soutien de l’Institut polaire français, a pu déterminer que 5200 tonnes par an de ces micrométéorites atteignent le sol terrestre. L’étude est disponible dans la revue Earth & Planetary Science Letters depuis le 15 avril.

Des micrométéorites tombent depuis toujours sur notre planète. Ces poussières interplanétaires provenant de comètes ou d’astéroïdes sont des particules de quelques dixièmes à centièmes de millimètres qui ont traversé l’atmosphère et atteint la surface de la Terre.

Pour collecter et analyser ces micrométéorites, six expéditions menées sous la responsabilité de Jean Duprat, chercheur du CNRS, ont eu lieu au cours des deux dernières décennies, à proximité de la station franco-italienne Concordia (Dôme C) à 1100 kilomètres des côtes de Terre Adélie, au cœur de l’Antarctique. Dôme C est un lieu idéal de collecte en raison de la faible accumulation de neige et de la quasi-absence de poussières terrestres.

Ces différentes expéditions ont permis de collecter suffisamment de particules extraterrestres, de tailles comprises entre 30 et 200 micromètres, pour mesurer leur flux annuel, qui correspond à la masse accrétée, par la Terre, par m2 et par année.

En ramenant ces résultats à l’ensemble de notre planète, le flux total annuel de micrométéorites représente 5200 tonnes par an. Il s’agit là du principal apport de matière extraterrestre sur notre planète, loin devant celui des objets de plus grandes tailles comme les météorites, dont le flux est inférieur à une dizaine de tonnes par an.

La comparaison du flux de micrométéorites avec les prévisions théoriques confirme que l’essentiel d'entre elles provient très probablement de comètes (80%) et le reste d’astéroïdes.

Autant d’informations précieuses pour mieux comprendre le rôle joué par ces poussières interplanétaires dans l’apport en eau et en molécules carbonées sur la jeune Terre.

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lundi 26 avril 2021

Guadeloupe : Napoléon 1er l'esclavagiste

En Guadeloupe, le nom de Napoléon Bonaparte est lié à celui de Louis Delgrès, colonel métis de l'armée française, célèbre pour s'être rebellé contre le rétablissement de l'esclavage décrété par le Premier consul, préférant mourir que vivre enchaîné.

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Quand le commissaire chargé par le Comité de salut public, Victor Hugues, est venu en 1794 proclamer le décret d'abolition de l'esclavage en Guadeloupe, il en a profité pour rallier la population à sa cause, et chasser les Anglais qui occupaient alors l'île.

"On ne peut comprendre l'histoire de la Révolution en France sans tenir compte de l'expansion des idéaux républicains consacrés par l'émancipation et par la mobilisation décisive d'armées d'anciens esclaves au service de la République contre les Anglais", assure l'historien Laurent Dubois dans son livre "Les esclaves de la République".

"En 1801-1802, différents régimes autonomes administrés par d'anciens esclaves et gens de couleur s'étaient emparés du pouvoir à la Guadeloupe et à Saint-Domingue" (aujourd'hui Haïti), ajoute-t-il.

Alors quand Bonaparte, devenu Premier consul, décide par la loi du 30 Floréal de l'an X (20 mai 1802) de maintenir l'esclavage "conformément aux lois et règlements d'avant 1789", premier acte vers un rétablissement, la décision ne passe pas. 

Pourtant, "cela ne concernait pas la Guadeloupe, ni Saint-Domingue, par exemple, puisque l'esclavage y avait été aboli", explique à l'AFP l'historien René Bélénus, auteur de "La rébellion de la Guadeloupe 1801-1802".

Avant même que la loi ne soit promulguée par Bonaparte, celui-ci dépêche début 1802 les troupes consulaires du général Richepance, censées rétablir "l'ordre esclavagiste" et préparer le terrain pour le retour de l'esclavage.

"Vivre libre ou mourir"

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Cette troupe de 3.500 hommes se confronte vite à la résistance de plusieurs militaires, dont Louis Delgrès, qui, nourri de l'idéal révolutionnaire, déclare: "la résistance à l'oppression est un droit naturel", et rallie les hommes dits "de couleur", contre Richepance, le 10 mai 1802.


C'est le début la guerre de Guadeloupe, un conflit sanglant, qui court de Pointe-à-Pitre au Sud de la Basse-Terre, et dont la mémoire est encore vivante dans cette île des Antilles.

A Basse-Terre, entre le volcan de la Soufrière et la mer des Caraïbes, le Fort Saint-Charles, qui prendra plus tard le nom de Fort Delgrès et deviendra un lieu de souvenir, a été le témoin d'une célèbre bataille, quand Delgrès et ses hommes s'y replient le 20 mai 1802.

Submergés, ils réussissent à s'échapper par la Porte du Galion, à l'arrière de l'édifice, et se réfugient au pied de la Soufrière. 

Acculés à l'habitation Danglemont au Matouba, dans la montagne, le colonel Delgrès choisit avec 300 hommes de se suicider à l'explosif, le 27 mai 1802, plutôt que de tomber aux mains de Richepance qui écrasait la rébellion. 

Un mémorial rend aujourd'hui hommage à ces 300 hommes fidèles à la maxime révolutionnaire "vivre libre ou mourir" qu'ils ont clamée avant l'explosion.

En juillet 1802, Bonaparte signe un arrêté : "La colonie de la Guadeloupe (...) sera régie, à l'instar de la Martinique (...) par les mêmes lois qui y étaient en vigueur en 1789". L'esclavage est donc rétabli, et ne sera définitivement aboli qu'en 1848.

Aujourdhui, la figure de Louis Delgrès nourrit la sensibilité nationaliste de l'île, et elle est souvent convoquée dans les discours politiques. Ses alliés, même parfois des personnages fictifs, sont rentrés au rang de légende, comme par exemple, la Mulâtresse Solitude, dont la vie, très fortement romancée dans une biographie d'André Schwartz-Bart, n'est en réalité que très peu connue. 

A la sortie d'une visite du fort Delgrès, des visiteurs s'étonnent pourtant: "On ne connaissait pas l'histoire de cette guerre", disent Paola et Corentin. "A l'école, on n'apprend pas trop que Bonaparte était un esclavagiste", témoignent ces trentenaires.

"La rébellion de Guadeloupe a été écrasée", rappelle René Bélénus. "Après ça, les politiques locaux ont milité ardemment pour l'assimilation". (selon "AFP")

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mercredi 21 avril 2021

Guyane : difficile combat contre le variant brésilien

Le variant brésilien ? "Aucune idée de ce que c'est, il n'y a que les scientifiques qui le savent", sourit Gui, Guyanais de 84 ans. Contrairement à la population, les autorités locales s'inquiètent, ont renforcé les restrictions et étendu la vaccination aux plus de 30 ans.

guyane

En Guyane, département qui partage une frontière fluviale et terrestre de 730 kilomètres avec le Brésil, "Le variant P1, dit brésilien, représente aujourd'hui plus de 84% des prélèvements positifs", a indiqué cette semaine le préfet Thierry Queffelec.

Selon les autorités sanitaires, "la couverture vaccinale de 5,32% en Guyane reste trop limitée pour protéger le territoire", elles ont donc annoncé élargir la cible vaccinale aux personnes de plus de 30 ans, dans cette région où une personne sur deux a moins de 25 ans.

Pourtant, au centre de vaccination de l'Encre, le seul de Guyane, les patients venus recevoir leur injection ne semblent pas tous s'en inquiéter. 

Outre Gui, l'octogénaire, qui se dit, en souriant, pas du tout effrayé par le variant brésilien, Thomas, 32 ans, se montre tout aussi décontracté. Il espère même pouvoir voyager au Brésil bientôt grâce au vaccin. 

Le personnel de santé enchaîne les vaccins sans temps mort, "entre 60 et 100 piqûres par jour", précise l'un d'eux. Cependant, pas de bousculade, ni de file d'attente, les patients arrivent 15 minutes avant l'heure du rendez-vous, se font enregistrer et passent dans une des sept lignes de vaccination.

Hervé, 73 ans, est venu avant tout pour prémunir sa famille. En revanche, le variant l'inquiète un peu plus que les autres. "Nous sommes voisins du Brésil, où la contamination est énorme, il était nécessaire de me protéger à ce niveau-là", car il n'est pas serein: "nous n'avons pas de frontière", déplore-t-il, "on ne sait pas qui rentre et qui sort".

Contenir le variant

La suspension des liaisons aériennes entre la France et le Brésil a braqué les projecteurs sur la Guyane voisine. Mercredi, le ministère de l'Intérieur annonçait la mise en place de tests antigéniques à l'arrivée des vols en provenance de Cayenne, en plus du test PCR négatif et du motif impérieux obligatoire pour voyager. 

Le lendemain, la préfecture dévoilait un nouveau train de mesures : un couvre-feu du samedi 19H00 au lundi 05H00 dans huit communes, dont Cayenne et Kourou, un auto-test à réaliser à l'aéroport pour les voyageurs vers Paris, et un renforcement des contrôles à la frontière avec le Brésil.

A l'hôpital de Cayenne, le plan blanc a été déclenché mercredi, 18 des 23 lits de réanimation étant occupés, en majorité par des malades du Covid-19. La Guyane a connu une remontée fulgurante du taux d'incidence ces dernières semaines. Il culmine à 173 cas pour 100.000 habitants et atteint 200 à Cayenne et les communes limitrophes.

La prégnance du variant brésilien incite maintenant des personnes à se faire vacciner.

Fatoumata Traoré, infirmière au Centre Hospitalier de Cayenne, remarque que beaucoup d'institutrices viennent au centre de vaccinations. "Elles craignent d'être contaminées à la reprise des cours par des élèves qui seraient allés au Brésil pendant les vacances", explique-t-elle à l'AFP, "ces personnes n'étaient pas très motivées mais sont venues".

Le récent arrêt des liaisons aériennes entre la France et le Brésil ne concerne pas le département, car il n'y a plus de liaisons aériennes entre la Guyane et le Brésil depuis longtemps, l'unique compagnie assurant ces vols a quitté le territoire dès le premier confinement.

Mais si la frontière terrestre est fermée depuis plus d'un an, elle reste poreuse, des piroguiers parviennent à déjouer la surveillance sur le fleuve Oyapock. Le trafic des pirogues a diminué mais n'a pas cessé. En revanche, le prix de la traversée a augmenté. (selon "Tahiti.infos")

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samedi 13 février 2021

Un séisme de magnitude 7,7 ébranle les îles Loyauté et la Nouvelle-Calédonie

Un violent séisme de magnitude 7,7 a ébranlé mercredi la région des îles Loyauté et de la Nouvelle-Calédonie dans le Pacifique, a annoncé l'Institut de géophysique américain (USGS).

loyaut_2Le tremblement de terre a déclenché une alerte au tsunami, a indiqué le Centre d'alerte aux tsunamis du Pacifique.

L'USGS a dans un premier temps rapporté une magnitude de 7,9, qu'il a ensuite révisée à 7,5 puis 7,7.

L'épicentre du séisme a été localisé à environ 400 kilomètres au sud-est de l'archipel des îles Loyauté, et à environ 430 kilomètres du Vanuatu, selon l'USGS.

La Nouvelle-Calédonie est située au sud-ouest de l'océan Pacifique, à environ 1.500 km à l'est de l'Australie.

La région englobant la Nouvelle-Calédonie et le Vanuatu voisin fait partie de la Ceinture de feu du Pacifique, l’une des zones d'activité sismique les plus intenses de la planète.

La plaque australienne portant la Nouvelle-Calédonie et les îles Loyauté plonge sous l'arc du Vanuatu en créant la fosse du Vanuatu.

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jeudi 11 février 2021

La première guerre mondiale dans l'Outremer

22 septembre 1914 : le bombardement de Papeete

PapeeteDifficile d’imaginer que c’est à Papeete, bien loin du front européen de la Grande Guerre, qu’une des premières escarmouches navales s’est produite. Pour éviter un ravitaillement aux ennemis et protéger les Etablissements français d’Océanie, Papeete a subi le feu ennemi durant près de deux heures.

Quand on pense à la guerre de 14-18, on pense aux Poilus, aux tranchées. Aux grandes batailles en Europe. Mais la guerre a été mondiale et a même eu brièvement un écho ravageur jusqu’à Tahiti. La Polynésie française n’existait même pas alors, administrativement le territoire se dénommait alors les Etablissements Français d’Océanie (EFO). La Grande Guerre aurait pu épargner complètement ce coin de paradis, mais ce ne fut pas le cas. Dès août 1914, lorsque la guerre entre l’Allemagne et la France était déclarée, le commandant Maxime Destremau qui commandait les troupes locales à la tête de la canonnière La Zélée, basée à Papeete, entame des préparatifs pour défendre Tahiti. Il sait lui qu’une partie de la puissante flotte allemande est basée en Asie et que ces navires de guerre peuvent à tout moment passer dans les eaux françaises voire même menacer les EFO.

destremeauEn quelques semaines seulement, le commandant Destremau et ses hommes de La Zélée vont organiser avec le soutien de civils, la défense de Papeete contre une éventuelle attaque de la marine allemande basée dans le Pacifique. En stratège averti, il pense immédiatement que les navires allemands vont être tentés par une escale technique par besoin de ravitaillement en charbon à Papeete. Il faut à tout prix empêcher cela.

La suite de l’histoire lui donne raison. Le 22 septembre 1914, au petit matin, deux navires de guerre allemands se présentent à l’entrée du port : tout est prêt sur place pour saborder La Zélée de manière à bloquer la passe. Le scénario de défense mis au point par le commandant Maxime Destremau, incluant la mise à feu du stock de charbon, sur les quais fonctionne. Les navires allemands finissent par s’éloigner de l’île mais ouvrent le feu sur la ville. Les obus de canon pleuvent sur le centre ville. Le quartier du marché et les alentours de la cathédrale sont dévastés par les obus et les incendies qu’ils provoquent. On dénombre deux morts et plusieurs blessés. Ce bombardement presque inédit pour les habitants de Papeete sert de révélateur : de nombreux habitants vont ensuite s’engager dans cette guerre mondiale qui aurait pu leur rester étrangère.

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lundi 8 février 2021

Après la Grande Guerre ...

Martinique et Guadeloupe ont failli être cédées aux Etats-Unis

guadeloupeA la fin de la Grande Guerre, la France a envisagé de céder les Antilles aux Etats-Unis contre l’effacement partiel de ses dettes contractées durant le conflit. Un épisode resté tabou.

Ce dimanche 9 février 1919, le théâtre municipal de Fort-de-France est bondé. Ils sont plusieurs centaines à assister à la réunion publique organisée par le Comité de défense de la population française de la Martinique. L’heure est grave. Depuis l’ouverture, le 18 janvier à Paris, de la conférence de la Paix au Quai d’Orsay, la plus ancienne des colonies françaises vit au rythme de l’arrivée de rumeurs insistantes selon lesquelles la France serait prête à vendre les Antilles aux Etats-Unis. Une transaction qui permettrait d’éponger une partie des énormes dettes contractées durant le conflit mondial et de venir en aide aux régions dévastées du nord et de l’est de la métropole.

Rumeur ou simple hypothèse ?

Le scénario d’une vente a bel et bien été étudié au plus haut niveau même si très peu de documents en font état. Seule, ou presque, la presse de l’époque a conservé la trace de ce qui fait figure de tabou de l’Histoire. Le secret est de mise car la question est extrêmement sensible : l’impôt du sang versé par les Antillais durant la Grande Guerre a considérablement renforcé l’attachement à la «mère patrie». Abandonner des anciens combattants serait aussi très mal vu en France…

En 1919, sur l’estrade du théâtre de Fort-de-France, les propos que tient Victor Sévère à la foule ulcérée ne sont guère rassurants. Le maire radical-socialiste de Fort-de-France énumère «les justes raisons que les Martiniquais peuvent avoir de craindre la cession aux Etats-Unis de leur île de cœur, de langue et de mœurs» (cité par Jacques Adélaïde-Merlande, Bulletin de la société d’histoire de la Guadeloupe, mai 2014).

A la tribune, un ancien combattant bardé de décorations rapportées des champs de bataille promet de renvoyer toutes ses médailles à Paris si le projet devenait un jour réalité. Très vite, le meeting tourne à la manifestation anti-américaine. Dans la salle, certains se souviennent qu’en mars 1916, les Etats-Unis n’avaient pas caché leur désir de profiter du contexte pour rafler leurs îles aux Français et aux Anglais. «A bas les Etats-Unis !» hurlent des participants, indignés par la perspective d’être un jour vendus comme du bétail.

Les protestations et les défilés de rues se multiplient

Le gouverneur de la Martinique, Camille Guy, tout comme le président du Conseil général, Gabriel Hayot, ont bien senti la panique s’emparer de la population et monter au fur et à mesure de la multiplication des articles de presse faisant état du possible abandon de l’île. Le 20 janvier 1919, le gouverneur a même alerté Paris, réclamant une déclaration officielle propre à calmer les esprits. En vain. Cette absence de réponse n’a fait que renforcer l’inquiétude… Des semaines durant – malgré le démenti gouvernemental qui finit par tomber sur le bureau de Camille Guy –, les protestations et les défilés de rues se multiplient. Une Ligue de défense de la nationalité française de la Martinique est constituée à la hâte. Elle adresse une lettre au président des Etats-Unis. La Ligue réclame que Woodrow Wilson, qui porte si haut le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, repousse «tout débat tendant à modifier l’état national de la Martinique en vertu du nouveau droit international» (cité par Léo Elisabeth, dans La Caraïbe et son histoire, éd. Ibis rouge, 2001).

Dans la foulée, une association patriotique voit le jour et se fixe pour mission de «montrer à la métropole notre degré de civilisation et d’assimilation avec la mère patrie». En coulisse, les francs-maçons, si puissants en Martinique, s’activent aussi. La loge Droit et Justice, qui milite pour l’assimilation (c’est-à-dire l’égalité totale entre colonisés et colonisateurs), alerte le très influent Grand Orient de France, dont les frères peuplent à Paris les allées du pouvoir tout autant que le gouvernement.

Une excellente affaire commerciale

 Aux Etats-Unis, la presse soutient bec et ongles l’idée d’un achat. Elle s’inscrit parfaitement dans la fameuse doctrine Monroe qui, depuis 1823, entend assurer la sécurité militaire tout autant que commerciale du pays. Washington, qui a déjà fait main basse sur Porto Rico et occupe Haïti, lorgne sur Fort-de-France, la ville portuaire la mieux équipée des Caraïbes. Les Américains savent aussi que l’acquisition des Antilles serait une excellente affaire. Grâce aux exportations exponentielles de sucre et de rhum durant toute la guerre, les îles connaissent en 1919 une santé économique florissante. En février 1920, un article du Chicago Tribune avance un nouvel argument : la vente des Antilles permettrait à la France, en pleine crise financière, de redresser la situation du franc face au dollar.

Dans les îles, l’émotion reprend de plus belle. Henry Bérenger, sénateur radical-socialiste de la Guadeloupe et président du Comité de défense des anciennes colonies, adresse une protestation au président du Conseil Alexandre Millerand. Alcide Delmont, le secrétaire général du Comité de défense des intérêts généraux de la Martinique, et Henry Lémery, un sénateur radical, ne sont pas en reste. Le 29 février, Millerand sort enfin de son silence et jure que «le gouvernement de la République n’a jamais envisagé pareille cession».

Face à la colère des Antillais, Poincaré doit démentir tout projet de cession

Pendant des mois, l’affaire connaît son lot de développements dans la presse américaine. Immanquablement, ils déclenchent des vagues d’indignation aux Antilles. En juin 1922, le gouvernement de Raymond Poincaré doit démentir avec vigueur tout projet de cession. Rien n’y fait. En janvier 1923, le Chicago Tribune – encore lui – révèle que le sénateur démocrate du Missouri James Reed travaille sur une proposition de rachat.

Le ministre des Colonies, le radical-socialiste Albert Sarraut, proteste officiellement. Le New York American réplique avec une arrogance inouïe : «Nous ne réclamons pas les vieux bouts de territoire de la France, mais nous voulons qu’elle cesse de dépenser notre argent pour se livrer à des diversions impérialistes.» La crise se prolonge jusqu’à fin août 1923.

Entre-temps, le sénateur Lémery tente le tout pour le tout. Il dépose une proposition de loi «tendant à transformer en départements français les colonies de la Martinique, de la Guadeloupe et de la Réunion». Une façon de sanctuariser les Antilles en les rendant inaliénables. Son initiative est un échec mais elle inspirera la loi de départementalisation qui sera finalement votée en 1946.

Aux Etats-Unis, l’achat des Antilles ne fait toutefois pas l’unanimité

Chez les républicains comme chez les démocrates, les élus sont divisés. Ceux qui sont favorables à l’opération ont néanmoins un soutien de poids, les prohibitionnistes, qui y voient surtout le moyen de mettre un terme à la contrebande d’alcool alimentée par les îles françaises ! En France, si les milieux d’affaires, la droite conservatrice ou encore l’écrivain Claude Farrère soutiennent la vente, le Cartel des gauches, au pouvoir à partir de 1924, s’y oppose. Le ministre Albert Sarraut multiplie les mesures de rétorsion symboliques : ainsi, en 1925, il interdit aux bâtiments de la marine américaine de mouiller aux Antilles. De même, une croisière aérienne organisée par le Chicago Tribune se voit notifier un refus de survol.

L’intérêt américain pour les Antilles s’atténue à partir de 1926. A cette date, les Etats-Unis reçoivent, en effet, l’assurance formelle du négociateur français sur les dettes de guerre – celui-ci n’est autre que le sénateur de la Guadeloupe Henry Bérenger – que la France honorera les 6,8 milliards de dollars de créances, étalées sur soixante-deux ans, prévues par le plan Dawes. Avec le krach boursier de 1929, l’achat des îles ne préoccupe plus l’Amérique. La République peut dès lors se préparer à célébrer, en 1935, le tricentenaire du rattachement des Antilles à la France. (selon "GEO")

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vendredi 15 janvier 2021

Saint-Pierre-et-Miquelon

spem

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lundi 11 janvier 2021

Un nouveau département : Mayotte

Dans l'Océan Indien...

mayotte

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samedi 9 janvier 2021

Polynésie : îles du bout du monde

Les îles Gambier

gambier 

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