dimanche 10 novembre 2019

Angela Merkel exhorte l'Europe à défendre ses valeurs

Samedi, à l'occasion des 30 ans de la chute du Mur de Berlin, la chancelière a rappelé que le modèle de démocratie libérale est de plus en plus mis en cause. Elle a aussi pris ses distances avec le jugement d'Emmanuel Macron sur l'OTAN.

angela

La chancelière allemande Angela Merkel a exhorté l'Europe à défendre ses valeurs fondamentales comme «la démocratie et la liberté» face aux contestations grandissantes, samedi à l'occasion du 30e anniversaire de la chute du Mur de Berlin qui avait mis fin au Rideau de fer sur le Vieux continent.

«Les valeurs qui fondent l'Europe, la liberté, la démocratie, l'égalité, l'Etat de droit et la préservation des droits de l'homme ne vont de soi» et «doivent toujours être défendues», a-t-elle assuré dans la chapelle de la Réconciliation, un des lieux de mémoire de la division de la ville qui dura de 1961 au 9 novembre 1989.

Elle est édifiée sur le terrain d'une ancienne église détruite sous la dictature communiste est-allemande parce qu'elle se trouvait dans la zone du no man's land entre les deux parties de la ville.

«A l'avenir il convient de s'engager» pour défendre les valeurs de l'Europe, a ajouté la chancelière, alors que le modèle de démocratie libérale est de plus en plus mis en cause dans le monde, mais aussi dans une certaine mesure sur le continent même.

Certains pays d'Europe de l'Est comme la Hongrie ou la Pologne, pourtant pionniers dans la contestation de la dictature communiste dans les années 1980, se voient aujourd'hui accusés par l'Union européenne de ne pas respecter pleinement les règles de l'Etat de droit.

La tentation du nationalisme

«La démocratie libérale est contestée et remise en question», a également jugé le chef de l'Etat allemand, Frank-Walter Steinmeier, dans une allocution en présence des présidents de Pologne, Hongrie, République tchèque et Slovaquie, quatre pays ayant jadis préparé le terrain à la chute du mur de Berlin.

«Le 9 novembre nous rappelle qu'il faut combattre la haine, le racisme et l'antisémitisme», a aussi dit pour sa part la chancelière. Cette journée marque en parallèle en Allemagne l'anniversaire de la Nuit de Cristal de 1938 durant laquelle les nazis incendièrent les synagogues du pays.

La chute du Mur de Berlin s'était déroulée à la suite d'une révolution pacifique et les images des Allemands, exultant de joie et tombant dans les bras les uns des autres avaient fait le tour du monde. Les coups de pioche dans cet édifice de béton de plus de 150 kilomètres de long avaient marqué la fin d'un monde coupé en deux durant la Guerre froide et fait à l'époque espérer une longue ère de détente et d'unité. Ces espoirs se sont aujourd'hui dissipés, avec un parfum de résurgence de la Guerre froide entre Occidentaux d'une part, Russie et Chinois de l'autre.

Vendredi à Berlin, le secrétaire d'Etat américain Mike Pompeo a enjoint à «prendre conscience que nous sommes dans une compétition de valeurs avec les nations non-libres», montrant du doigt tout particulièrement la Chine et la Russie.

Le jugement «intempestif» d'Emmanuel Macron

Deux jours avant le 30ème Jubilé de la fin du mur de Berlin, le chef de l'Etat français Emmanuel Macron a jeté un pavé dans la mare diplomatique en diagnostiquant que l'Otan était «en état de mort cérébrale». Il a notamment déploré l'absence de coordination entre les Etats-Unis et les partenaires de l'Alliance atlantique et le cavalier seul de la Turquie, membre de l'organisation, intervenue récemment dans le nord de la Syrie.

Abandonnant son habituel ton policé, Angela Merkel, depuis toujours très atlantiste, a assuré ne pas partager la vision «radicale» et le «jugement intempestif» d'Emmanuel Macron.

Sur le plan intérieur aussi, l'Allemagne est loin d'afficher le même optimisme qu'il y a 30 ans. La fracture politique et économique entre l'Est et l'Ouest du pays, plus riche, reste d'une brûlante actualité, en particulier avec le succès de l'extrême droite de l'Alternative pour l'Allemagne (AfD) dans l'ex-RDA communiste.

De nombreux citoyens de l'ancienne Allemagne ont toujours aujourd'hui le sentiment d'être traités comme des citoyens de seconde classe. (selon "LE TEMPS")

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mardi 27 août 2019

La France arrête et expulse un journaliste de Radio-Dreyeckland

Castaner se permet tout : après une première expulsion illégale, nouvelle arrestation du journaliste allemand Lukas S.

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La coopération entre les services secrets allemands et français porte ses fruits – la France a procédé à l’arrestation de plusieurs personnes allemandes soupçonnées de vouloir manifester contre le G7. Y compris et à nouveau le journaliste Lukas S.de Fribourg-en-Brisgau.

Oui mais voilà : après le jugement du Tribunal Administratif de Paris qui avait non seulement déclaré cette arrestation et cette expulsion illégales, mais qui avait condamné la France à verser 1000 € de dommages et intérêts à ce journaliste allemand, ce dernier est retourné en France lundi soir, après s’être assuré auprès des garde-frontières français qu’il était autorisé à retourner en France. Ce que les garde-frontières avaient « omis » de lui dire, c’est qu’une nouvelle instruction du Ministère de l’Intérieur le menaçait de 3 ans de prison s’il devait revenir en France avant la fin du sommet G7.

La semaine dernière, tandis qu’il se dirigeait vers le Sud-Ouest, la police l’a arrêté à Saint-Jean-de-Luz. Selon le député allemand Andrej Hunko, cette nouvelle attaque sur la liberté de la presse est le fruit d’une coopération entre les services secrets allemand et français – le Bundeskriminalamt / Verfassungsschutz (BKA) ont mis à la disposition de ses collègues français un fichier contenant les données personnelles de « personnes susceptibles de déranger ».

Le député Andrej Hunko avait soumis une question écrite au gouvernement pour savoir si cette arrestation s’était faite sur la base de ce fichier qui, lui, est fortement contesté, car il ne contient pas seulement les données privées de personnes qui se sont fait remarquer pour des infractions, mais également de personnes figurant dans leurs contacts, comme par exemple – des journalistes. La réponse du gouvernement allemand à la question du député était simple. « Oui ! Et les services français peuvent exploiter ce fichier jusqu’au 15 septembre » – comme si les services français allaient effacer ce fichier après cette date…

Pour le député Andrej Hunko, la mise à disposition de ce fichier constitue un scandale : « Les services secrets allemands échangent donc des données avec la France et créent une situation où, dans le cadre du sommet G7, des personnes sont poursuivies uniquement à cause de leurs opinions politiques. »

Ce qui est particulièrement perfide, c’est qu’au moment où les garde-frontières français avaient permis à Lukas S. de revenir en France, une nouvelle instruction du ministère de l’Intérieur le menaçait déjà de trois ans de prison « s’il entrait sur le territoire français avant la fin du sommet G7 et celle du sommet alternatif à Hendaye ». En clair – les autorités françaises l’ont laissé entrer en France dans l’unique but de pouvoir l’arrêter à nouveau. A croire que le jugement du Tribunal Administratif de Paris ne pèse pas lourd face à l’ intention des autorités de poursuivre tous ceux qui défendent d’autres positions que le gouvernement.

Les autorités françaises, elles, ont désigné cette nouvelle arrestation comme une « mesure administrative », ce qui est désormais possible dans le cadre de la nouvelle « loi anti-casseurs » qui permet la suppression de toute expression non souhaitée par le pouvoir en place. Elles ont procédé une évaluation de la possibilité d’expulser Lukas S. à nouveau, et cette « évaluation » s'est arrêtée lundi soir, à la fin du sommet G7 à Biarritz. Le journaliste a été libéré sans aucune poursuite à son encontre et sans aucune explication.

Il est ahurissant de constater que la coopération franco-allemande bat de l’aile lorsqu’il s’agit de mener une politique pour les citoyens et citoyennes, mais qu’elle fonctionne parfaitement lorsqu’il s’agit de faire taire des personnes qui font leur travail, même s'ils expriment des opinions politiques qui dérangent autant en France qu’en Allemagne. (Selon "Eurojournalist").

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samedi 24 août 2019

Chez nos voisins de Sarre

Les scolytes causent encore de gros dégâts

scolyteAu cours de l'année en cours, les scolytes ont de nouveau causé des dégâts considérables dans la forêt domaniale de la Sarre.

Par rapport à l’année précédente, les experts forestiers s’attendaient à un doublement de la quantité de copeaux de bois, a déclaré le ministère de l’Environnement à Sarrebruck. Sur environ 360 hectares, 10% de la superficie d’épinettes de la forêt domaniale, des dégâts causés par les scolytes seraient signalés. On prévoit actuellement qu'une superficie totale de près de 100 hectares.

Les dégâts causés par l'attaque de scolytes auraient considérablement augmenté dans toutes les régions du pays, a rapporté le ministère. Ils continueraient d'augmenter au cours du second semestre et seraient encore plus visibles de septembre au premier trimestre de 2020. Les scolytes se propagent massivement, surtout par temps sec et chaud.

C'est l'un des parasites les plus dangereux pour la forêt. Même les arbres en bonne santé peuvent mourir très rapidement en cas d'attaque. Les insectes forent des passages dans l'écorce et le bois pour la ponte - et interrompent l'alimentation entre la racine et la couronne. En Sarre, les dommages causés par le "coléoptère" en 2018 ont été estimés à environ un million d'euros.

L'été chaud et sec a provoqué dans la forêt un dommage extrême. "Au moins l'étendue de l'année précédente", a-t-on déclaré. Les résultats d'un inventaire des dégâts forestiers sont attendus dans les prochaines semaines. De nouvelles inspections ont également permis de constater des "dégâts de séchage" chez le sapin de Douglas. En outre, ce même type de dégâts sont visibles chez de vieux hêtres notamment dans le "Saarkohlenwald".

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jeudi 27 juin 2019

L’Allemagne à la conquête du marché ivoirien

Le Réseau économique allemand en Côte d’Ivoire (REACI) a été lancé jeudi avec pour objectif de promouvoir la destination Côte d’Ivoire comme un marché attractif auprès des investisseurs allemands.

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L’Allemagne cherche à conquérir de nouveaux marchés en Afrique et le Réseau économique allemand en Côte d’Ivoire (REACI) fait désormais partie des instruments de promotion de ses investissements privés sur le continent. « Ce nouvel instrument regroupe toutes les institutions allemandes de promotion des échanges économiques et de développement, pour les rendre plus accessibles au secteur privé ivoirien », a expliqué Rene Megela, responsable de la REACI et représentant de la coopération internationale allemande (GIZ) en Côte d’Ivoire.

L’Allemagne est un des plus gros consommateurs de produits ivoiriens. On estime à 980 millions d’euros les importations de la Côte d’Ivoire vers ce pays européen en 2018, soit une augmentation de 21% par rapport à 2017. En revanche sur la même période, la Côte d’Ivoire n’a été que le septième client de l’Allemagne en Afrique subsaharienne, avec 212 millions d’euros d’exportations bien que la Côte d’Ivoire soit membre du Compact with Africa. Il s’agit d’une initiative du gouvernement allemand pour la création d’un fonds d’investissement pour le développement des petites et moyennes entreprises d’Europe et d’Afrique.

L’Allemagne veut donc reconquérir le marché ivoirien et cette ‘offensive’ de traduit déjà par l’ouverture en novembre 2018 d’un bureau de la DEG, la banque allemande de coopération, destinée au financement du secteur privé. Elle détient un portefeuille de 2,1 milliards d’euros a-t-elle annoncé dans la foulée des premières journées économiques de l’Allemagne en Côte d’Ivoire. Cette ouverture intervient après celle de Johannesburg (Afrique du sud), de Nairobi (Kenya) et d’Accra (Ghana).(selon Traoré Bakary à Eburnie-today)

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samedi 15 juin 2019

Pension de guerre pour un ancien membre de la Waffen-SS?

L’Allemagne est soupçonnée de verser une pension aux victimes de la guerre à des auteurs présumés nazis dans d’autres pays européens. Parmi les bénéficiaires figure également un Alsacien ayant servi dans la Waffen-SS.

naziLes médias belges avaient rendu le sujet public au printemps 2018. Et après que le Parlement bruxellois ait déjà demandé des éclaircissements et une suspension des services du gouvernement fédéral, l'appel aux explications est maintenant entendu en France. Là encore, les bénéficiaires d’une telle pension de guerre sont versés aux victimes de la Seconde Guerre mondiale, par exemple les invalides de guerre, conformément à la loi fédérale sur les crédits, qui a été adoptée à l’origine en 1950.

Les pensions de guerre vont à plus de 2 000 personnes à l'étranger

Au total, la République fédérale transfère à plus de 2 000 personnes à l’étranger entre 300 et 400 € par mois, dont 1 450 à destination des pays européens. Ces chiffres sont mentionnés par le gouvernement fédéral dans sa réponse à une demande de la faction de gauche du Bundestag, qui avait répondu à la résolution du parlement belge. Cependant, jusqu'à la déclaration de l'ambassadeur d'Allemagne à Paris il y a plus d'un mois, le total des 54 bénéficiaires en France était mal connu. Quel rapport ont-ils eu avec l'Allemagne nazie?

L'Ambassadeur Nikolaus Meyer-Landrut a assuré au ministère de l'armée française que les bénéficiaires étaient des citoyens français dans seulement neuf cas. Une autre partie est les veuves et les orphelins. Sur 18 personnes, la prestation sera transférée à des citoyens allemands enregistrés en France. Les détails de quatre hommes en France sont particulièrement étonnants - le quotidien Le Monde cite les déclarations de Meyer-Landrut. Les personnes en question sont d'anciens membres de la Waffen-SS.

Parmi eux se trouvait un Alsacien qui, écrit Le Monde, avait appartenu à la première unité de police, après l’occupation allemande de la région frontalière, à partir de 1940, dans le sillage de la Division SS "Totenkopf". Néanmoins, l'ambassade allemande assure que les bénéficiaires de la pension, conformément à la loi fédérale sur les pensions, peuvent être exclus du fait qu'ils sont des criminels de guerre.

  99 personnes ont été privées de la pension

À la fin des années 90, les dossiers de la République fédérale d’Allemagne étaient comparés avec 76 000 noms de présumés criminels de guerre figurant dans les avoirs du Centre Simon Wiesenthal à Jérusalem aux fins d’une réécriture de la loi fédérale sur les pensions. À la fin de l’examen des cas de près d’un million de bénéficiaires à cette époque, également avec l’aide d’autres sources, la pension n’a été retirée que dans 99 cas. Les historiens allemands Stefan Klemp et Martin Hölzl ont travaillé pour le ministère du Travail et des Affaires sociales compétent sur l'histoire de la LPP et sa version révisée. Son rapport est disponible depuis 2016. Ils y rappellent les 50 000 auteurs nazis qui figuraient parmi les destinataires.

En Alsace, le long silence en Allemagne est perçu comme scandaleux pour une autre raison. Le prétendu destinataire de l'Alsace avait volontairement séjourné dans la Waffen-SS. Soudain, malgré l’histoire des 130 000 recrues forcées originaires de la région Alsace-Lorraine occupée par les nazis, les "malgré-nous", nous sommes de retour dans le voisinage de criminels de guerre volontaires. Gérard Michel, président de l'association des orphelins de guerre des malgré-nous, est scandalisé. La République fédérale refuse de reconnaître l’injustice à leur encontre, mais verse des pensions à des membres individuels des Waffen-SS. L’historien Nicolas Mengus demande également à l’Allemagne de révéler enfin qui reçoit une pension de guerre. (Bärbel Nückles, Badische Zeitung)

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jeudi 6 juin 2019

L’Allemagne est-elle la terre promise des migrants ?

Vu de l’extérieur, l’Allemagne semble être le pays qui ouvre grandement ses bras aux migrants à la recherche d’une vie meilleure en occident ou fuyant les conflits. Ce constat est-il fondé ? Immersion au cœur du mécanisme allemand de prise en charge et d’appui aux migrants grâce à la trajectoire typique de trois migrants au cœur de Berlin.

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 Un reportage de SUY Kahofi, dans "Eburnie. today" (Côte d'Ivoire)

La voix du commandant annonçant la descente vers Berlin me tire de mon sommeil après un rare voyage en avion que j’ai passé à dormir poing fermé. Il y a de quoi…La veille, j’ai passé du temps à relire mes nombreux articles sur la migration clandestine et à réfléchir au sort de ces nombreux jeunes africains qui ont quitté leur pays en quête d’une vie meilleure sur le vieux continent. C’est d’ailleurs avec l’un d’entre eux que j’ai rendez-vous dans le quartier de Wedding à Berlin. Son nom : Abou Bakar Sidibé, co-réalisateur du documentaire « Les Sauteurs » de l’anglais « Those who jump ».

Ce documentaire fut l’un des tout premiers sur la migration irrégulière tourné par un migrant à l’intérieur d’un camp sauvage dans le nord du Maroc. Dans une Allemagne en pleine campagne pour les élections européennes, la question de la migration irrégulière et des migrants est omniprésente dans le discours politique et dans les médias. Le long de mon parcours pour Wedding au centre de Berlin, les affiches des candidats tapissent ici et là des pancartes, des panneaux et des écrans.

Une dizaine de minutes au départ de la grande gare de Hauptbahnhof et me voici à la bouche de métro où m’accueille Abou Bakar Sidibé avec son sourire qui ne le quitte jamais. Je connais Abou grâce à son film mais j’étais loin de m’imaginer que présent en Allemagne depuis le 4 avril 2015, il n’ait pas encore un titre de séjour permanent. Son point de vue sur le système de prise en charge des migrants en Allemagne plante le décor de notre échange.

 

 Abou Bakar me reçoit dans son studio bien aménagé autour d’un café et d’une cigarette. Nos échanges sont par moments perturbés par le passage assez bruyant des trains. Il fait froid…au point de me faire oublier le doux climat de Dakar d’où je suis parti. Un temps sans doute semblable à celui dans lequel mon interlocuteur a vécu sous des tentes de fortune à 900 mètres d’altitude dans la forêt de Gourougou au nord du Maroc.

Mais ce chemin ne sera finalement pas celui que va suivre ce jeune malien. Titulaire d’une maitrise en anglais, Abou Bakar comme plusieurs jeunes africains était confronté à la réalité du chômage avec un contexte socio-politique dans son pays qui rendait la situation encore plus inquiétante : le Mali était en crise. C’est après une longue maladie et moult nuits de réflexion qu’il décide de quitter le domicile familial pour l’Europe.

Un rêve à 5.000 f CFA (40 euros)

Abou Bakar Sidibé quitte son quartier de Lafiabougou à Bamako avec 5.000 f CFA en poche. Un soir de novembre 2011, il réunit dans un sac plastique quelques vêtements et se glisse hors de la demeure familiale. « Personne n’avait écho de mon voyage » indique le jeune homme. Mais 5.000 f CFA c’est juste de quoi se payer le transport pour Ségou. Une fois dans la ville il ne lui reste que 1.500 f CFA.

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Le voyage sur la Libye semble déjà compromis car son souhait c’était de rallier Niamey puis le nord du Niger. Dans la chaleur étouffante de Ségou, il fallait faire le point et surtout trouver de l’argent pour avancer. Seule richesse en cet instant : un complet en bazin. Il le vend à 7.500 pour rallier Bobo Dioulasso au Burkina Faso. Au pays des hommes intègres, il vivra de la solidarité des apprentis chauffeurs et des voyageurs pour manger, bradant à 500 ou 300 f CFA ces quelques vêtements pour espérer poursuivre son voyage.

Mais la réalité est là et elle ne se nourrit pas de rêve Européen. Abou n’a plus de vêtements à vendre encore moins d’argent pour poursuivre le voyage. Grâce à l’aide d’un bienfaiteur providentiel, il arrive à joindre son cousin en Guinée Équatoriale qui lui envoie 25.000 f pour financer son voyage sur Niamey via Ouagadougou.

La route est longue mais Abou évite de dormir et d’y penser car l’Europe l’appelle. Mais une fois à Niamey, les échos qui lui sont parvenus de la Libye ne l’ont pas rassuré. Des histoires d’africains qui se faisaient enlever, torturer voire tuer lors de la traversée l’ont découragé. Il sollicite l’aide du consulat du Mali à Niamey pour regagner son pays mais sans succès. C’est finalement sa sœur ainée qui va l’aider à regagner le Mali…mais pas Bamako. Abou Bakar Sidibé prend le chemin de Gao avec un nouvel objectif : rallier le Maroc et de là…l’Espagne !

Gourougou : le ‘Calais africain’

De son départ de Bamako jusqu’à son retour à Gao, Abou Bakar Sidibé avait déjà fait un an sur les routes mais son rêve Européen était loin de se matérialiser. A défaut de l’Italie via la Libye, il visait désormais l’Espagne via le Maroc.

Avec son compagnon d’infortune, ils dormiront à la belle étoile jusqu’à ce qu’il retrouve un ami d’enfance, élément de la gendarmerie nationale malienne. Cet ami leur offre le gîte et le couvert pour plusieurs semaines mais Abou ne s’attarde pas. Il reprend des forces et continue son chemin vers l’Europe. En janvier 2012, Abou passe la frontière nord du Mali et se retrouve dans les foyers de migrants à Borj Badji Moktar en Algérie où par le plus heureux des hasards il retrouve son frère cadet lui aussi en route pour le Maroc. C’est d’ailleurs ce dernier qui lui dira qu’il est possible d’être en Espagne sans quitter le sol africain, une référence aux enclaveqs de Ceuta et Melilla.

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« Je me suis dit que c’était jouable mais il nous fallait de l’argent pour financer le voyage. Nous sommes allés à Tamanrasset et Ghardaïa où nous avons vécus de petits boulots puis Alger…près d’un an dans ce pays du Maghreb pour rassembler de l’argent. De là nous avons longé la frontière nord et rallié le Maroc à pied ». De Oujda, Abou et son frère ainsi qu’un autre compagnon regagnent Nador puis la forêt de Gourougou le 27 septembre 2013. Il aura fallu deux ans à Abou Bakar Sidibé pour arriver au Maroc et poser les yeux sur « Melilla, l’Europe en terre africaine ».

La forêt de Gourougou est le ‘Calais africain’. C’est là que se retrouvent les migrants avant l’attaque sur la Valla, la barrière. Ces hommes aux dreads que l’on y trouve ne sont pas des disciples d’Haïlé Sélassié. Leur religion n’est pas le rastafarisme mais Melilla…la belle, objet de tous leurs rêves, objet de tous leurs fantasmes. « La première fois ça m’a fait un choc de voir des hommes vivres dans une telle misère, tout sale, mangeant dans des bouts de jerricanes et ayant à peine de quoi se laver ». Pour manger à Gourougou, il faut souvent descendre en ville faire les poubelles et pour un bain il faut chercher de l’eau à une fontaine…quand l’eau coule pour les migrants.

Contrairement aux idées reçues, Gourougou est aussi l’antre d’une organisation solide mise en place par les migrants. On s’y retrouve par communautés et chaque communauté est dirigée par un chairman entouré de ministres. En plus de gérer le camp, ces leaders organisent les assauts sur la barrière qui sépare le Maroc de l’Espagne. Ici les règles sont strictes si bien que parler à la police marocaine peut signer l’arrêt de mort d’un migrant. C’est dans cette forêt aux multiples descentes de la police marocaine que va se jouer le destin d’Abou Bakar.

Je filme donc je suis !

Abou Bakar va vivre pendant 15 mois à Gourougou où il participera à plusieurs assauts sur la barrière de Melilla. Son petit frère plus chanceux a pu sauter pour se retrouver en Europe. Ce dernier l’appelle pour lui remonter le moral mais le doute s’installe chez Abou Bakar. Au gré de la vie faite de dangers dans le Gourougou, une équipe de reportage de la chaîne espagnole Antena 3 débarque dans le camp. Abou Bakar va servir de fixer et de traducteur à l’équipe de télé. La diffusion du reportage en Espagne (télé, radio, journal) va le propulser grâce à la magie des réseaux sociaux.

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C’est dans la foulée de ce succès qu’il fait la connaissance du journaliste espagnole Joseph Blasco et des cinéastes Estephan Wagner et Moritz Siebert. Ces deux derniers vont lui proposer de filmer sa vie dans le camp de migrants de Gourougou. « Estephan et Moritz m’ont proposé de filmer ma vie au quotidien dans le Gourougou. Au début j’étais intéressé par l’argent que je devais recevoir : 20 euros. Mais au fil du temps j’ai commencé à aimer la caméra et à aimer rendre compte de la vie du ghetto ». Le 20 octobre 2014, Abou Bakar arrive à passer la clôture de Melilla et le 4 avril 2015 – après quelques mois en Espagne – il arrive en Allemagne.

Les précieuses séquences filmées à Gourougou sont assemblées pour donner vie au documentaire le plus primé de Scandinavie en 2016. Le parcours d’Abou jusqu’à la frontière hautement militarisée de l’Europe lorsqu’il tombe amoureux de la réalisation de films. « Les choses sont allées vite en 2016 avec de nombreuses distinctions et festivals ». « Les Sauteurs » de l’anglais « Those who jump » décroche entre 2016 et 2017 près de 14 distinctions internationales pour 22 sélections lors de différents festivals. Le documentaire sera diffusé dans une centaine d’autres rencontres internationales dédiées au cinéma.

En dépit de ce succès, Abou Bakar reste un migrant en quête d’un statut comme les 1,8 millions d’autres en Allemagne depuis 2013 (Source Bundestag allemand 2018). Il n’est plus dans les camps d’asile depuis 2017 mais il n’a qu’un titre de séjour temporaire de trois ans : il attend toujours d’être régularisé. Les choses semblent s’éterniser car il fait parti de ceux qu’on appelle dans le milieu des migrants les « mauvais migrants ». L’expression désigne les migrants économiques, ne fuyant ni guerres, ni catastrophes, ni persécutions. Ils se considèrent comme brimés par le système allemand qui intègre plus facilement les Syriens, Irakiens, Afghans et Erythréen mais semble plus dur dans le traitement des cas d’africains (sub-sahariens).

Pour Stefan Von Borstel, attaché de presse du BAMF (Bundesamt für Migration und Flüchtlinge/ Office fédéral des migrations et des réfugiés), il s’agit d’une catégorisation qui n’a rien d’officiel car le système allemand ne fait pas de distinction entre les migrants. « Ils peuvent avoir l’impression d’être marginalisés mais je vous rassure que le traitement des dossiers des migrants se fait au cas par cas. Personne n’est jugée d’avance en raison de ses origines. Plusieurs facteurs entre en ligne de compte avant de décider si oui ou non un migrant peut avoir ou non le titre de séjour ».

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Parmi ces facteurs, le climat socio-politique du pays, la stabilité après une période de guerre ou de crise, la cohérence du témoignage d’une personne fuyant des persécutions… Toutes ces réalités sont prises en compte lors du traitement du dossier d’un migrant. « Par exemple, tous les migrants originaires d’Irak n’ont pas automatiquement le titre de séjour parce que venant d’un pays en crise. Certaines régions sont stables et cela peut jouer sur la décision finale d’accorder ou non le droit d’asile à quelqu’un » indique Stefan Von Borstel. Au total, 1,3 millions de personnes ont demandé l’asile en Allemagne dont 750.000 sont reconnus comme des réfugiés.

Le passage d’un train me ramène à la réalité d’Abou Bakar Sidibé. Il espère qu’avec l’évolution des lois sur l’asile et la migration il pourra décrocher un titre de séjour permanent. Il a aujourd’hui un travail et une formation qui lui permettent d’aspirer à un avenir meilleur. Mais la situation est plus compliquée pour un autre malien en Allemagne, Youssouf Kéïta, que je retrouve dans le parc de Görlitzer.

Youssouf Kéïta continue d’espérer et veut croire qu’il aura tôt ou tard ses papiers afin d’avoir un meilleur emploi et pouvoir envoyer de l’argent à sa famille restée au Mali. Pour lui, il est hors de question de passer par des raccourcis comme le mariage avec une allemande pour avoir ses papiers.

Pour le moment il vit d’un petit boulot et de son ‘business’ dans le parc de Görlitzer. ‘Business’, un mot qui cache à peine le trafic de drogue dont vivent de nombreux migrants. L’odeur de la fumette est omniprésente dans le parc subdivisé en zone d’influence. Maliens, Sénégalais, Gambiens et Nigérians se partagent le parc et vendent ‘leurs produits’ aux passants. Parmi ces jeunes gens, de brillants étudiants et diplômés africains aux rêves brisés par la réalité des difficultés en Allemagne. Ceux qui n’ont pas sombrés dans la drogue s’accrochent à l’espoir d’être régularisés et trouvent par moment de l’aide, un repas chaud et une oreille attentive de l’autre côté de la rue au siège de l’ONG d’appui aux migrants Joliba.

Après quelques pas dans la ruelle opposée au parc, je me retrouve au siège de l’ONG dans une ambiance détendue. Un petit garçon né d’une union mixte joue avec des cubes sous le regard de sa mère originaire d’un pays d’Afrique d’expression anglaise. Son monologue en allemand est de temps en temps interrompu par un bénévole qui lui lance un mot amical. A Joliba, ‘mauvais migrants’ ou ‘bons migrants’ il n’y a pas de distinction. Le migrant est avant tout une personne qui a droit au respect et à toute la considération précise Anja Gronau coordinatrice de l’ONG. Joliba, comme plusieurs ONG en Allemagne, travaille à apporter aux migrants une assistance dans plusieurs domaines.

Concernant le débat sur la migration, Anja estime que le système ne devait pas faire de distinction entre les migrants mais bien au contraire les aider à mieux s’intégrer. C’est aussi le point de vue de Bruno Ouattara, un togolais d’une soixantaine d’année arrivé en Allemagne en 1987. Bruno Anoufo de son nom à l’état civil a obtenu son titre de séjour permanent en 2006 soit 19 ans après son arrivée dans le pays. Le regard rivé sur le Landwehrkanal, les souvenirs de la longue marche pour l’émancipation des migrants et leur reconnaissance remonte avec nostalgie chez Bruno Ouattara. En 32 ans passées en Allemagne il a été témoin de l’évolution du système allemand de gestion des migrants.

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« Je suis arrivé dans ce pays à un moment où migrer n’était pas ce phénomène de mode. Je fuyais la répression policière au Togo au lendemain de la conférence nationale. J’ai trouvé refuge au Bénin puis le Ghana avant d’atterrir en Allemagne ». Bruno Ouattara a connu les camps de réfugiés, les longues procédures de demandes d’asile et surtout le regard inquisiteur de la société. « Les choses ont sensiblement changé. Avant, un africain dans un transport en commun et c’était la police qui débarquait pour exiger les papiers. Deux africains assis dans un parc et c’était les contrôles. Il y avait aussi les rapatriements dans des conditions insoutenables. Aujourd’hui cela n’existe pratiquement plus ».

Ce caractère plus ‘humain’ du traitement des migrants n’occulte pas le fait que 280.000 personnes ont quitté l’Allemagne soit parce qu’elles ont été expulsées ou transférées vers un autre Etat en application du règlement de Dublin. Bruno Ouattara est connu dans le milieu des migrants en Allemagne pour être un ‘agitateur’, un homme engagé pour les droits des migrants. Il a organisé plusieurs marches de protestations visant à mettre fin au harcèlement policier des migrants et surtout à ouvrir les yeux des allemands sur la manière dont les migrants sont traités dans leur pays.

Bruno Ouattara reste convaincu que le système allemand dans sa classification a réussi à fragiliser les migrants. Ces derniers se mobilisent de plus en plus en petits groupes isolés en fonction de leurs pays d’origine ce qui n’est pas fait pour influencer sur les lois prises par l’Allemagne au niveau de sa politique migratoire. « La migration est aussi vieille que le monde et nul ne peut l’empêcher. Malgré les moyens financiers et matériels déployés par l’Europe, il y aura encore des africains qui viendront aussi longtemps qu’ils n’auront pas chez eux les conditions de leur plein épanouissement » soutient Bruno Ouattara.

L’idée d’investir dans une militarisation de la lutte contre la migration clandestine ou d’allouer des enveloppes de crédit aux Etats africains pour des programmes de lutte est utopique indique mon interlocuteur. Tout cet argent servira bien plus à enrichir un groupuscule de dirigeants qu’à créer les conditions d’un meilleur climat économique capable de maintenir les jeunes sur le continent. Le gouvernement fédéral allemand n’est visiblement pas de cet avis. Il a considérablement augmenté le financement des mesures de lutte contre les causes de la migration dans les pays et régions en crise, le faisant passer de 1 milliard d’euros en 2014 à 2,6 milliards d’euros en 2017.

L’Allemagne reste l’un des pays européens les plus engagés contre la migration clandestine mais également celui qui aura ouvert ses portes aux migrants. Cette image est celle que l’on retient généralement de ce pays. Cependant, pour les migrants en Allemagne la réalité de la reconnaissance et de l’intégration est tout autre. L’idée d’une Allemagne terre d’accueil est différente d’un migrant à l’autre selon son propre parcours pour avoir le droit de résider dans ce pays, poumon économique de l’Europe.

SUY Kahofi

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lundi 3 juin 2019

Quand l’État allemand arrache des enfants à leur famille

Si le problème est bien connu et depuis longtemps des eurodéputés, avocats spécialistes du droit familial et autres spécialistes de l'Allemagne, le grand public l'ignore souvent.

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Un documentaire qui sera diffusé lundi par France 3 met en lumière le calvaire des parents non allemands qui se battent pour garder un lien avec leur enfant que l’État veut garder sur son territoire.

« Des milliers de personnes sont concernées », «Des pratiques inimaginables», «L’Allemagne se réserve le droit de garder les enfants sur son sol, un aveuglement qui crée des drames». Les extraits tous azimuts de médias français claquent au début du documentaire Déchirures de familles qui sera diffusé lundi sur France 3 Grand Est. Ils évoquent tous un même sujet : la préférence allant systématiquement au parent allemand pour la garde de l’enfant en cas de séparation d’un couple binational. Vendredi soir, le film a été diffusé en avant-première à Strasbourg au cinéma l’Odyssée et suivi d’un débat avec les protagonistes.

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Le problème est grave. Pourtant, s’il est bien connu et depuis longtemps des eurodéputés, avocats spécialistes du droit familial et autres spécialistes de l’Allemagne, le grand public l’ignore souvent. À la frontière qui sépare l’Allemagne de la France ou du Luxembourg, les couples se forment naturellement dans l’Europe de Schengen. Ils font des enfants, sans savoir le risque qui plane en cas de séparation avec un Allemand. Le jour où ils l’apprennent, souvent de façon violente, c’est trop tard, ils sont pris dans une machinerie étatique. C’est ce qui s’est passé pour Séverine, Christophe et Joseph.

La première vivait en Allemagne avec son fils français. Quand elle s’est séparée de son ex-conjoint dont elle dit avoir subi des violences, elle est retournée chez ses parents avec son fils dont elle avait alors l’autorité parentale. Ce dernier a été inscrit à l’école maternelle du village et continuait de voir son père. Le tribunal a convoqué cette mère avec son enfant, et le petit lui a été retiré sur-le-champ. Il est parti sans affaires, en short et t-shirt, chez son père. Un procédé normalement illégal. Après plusieurs mois, cette mère a obtenu une garde partagée, à condition de vivre sous le même toit que l’homme dont elle dit avoir été victime de violences et sa nouvelle compagne.

Interdiction de parler à la presse

Dans le débat qui a suivi le film, elle explique le harcèlement qu’elle doit subir en silence de peur qu’on lui retire son fils ou encore le chantage exercé sur elle. Obligée de consulter une pédagogue désignée par le tribunal, celle-ci lui a demandé de signer un papier dans lequel elle s’engage à retirer tous les écrits sur internet où elle parle du système familial allemand, y compris la pétition déposée au Parlement européen dans laquelle elle dénonce les pratiques de l’État allemand et du Jugendamt, l’administration chargée de la protection de la jeunesse.

Joseph, lui, n’a plus le droit de voir son enfant depuis des mois. La chambre de sa petite fille, dans laquelle elle a vécu avant la séparation, reste désespérément vide.

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Christophe était sur le point d’obtenir la garde partagée de son fils en Moselle, là où la famille a toujours vécu. Il ne se remet pas de la suite des évènements. La mère s’est enfuie avec son enfant en Allemagne où elle a obtenu la garde. Il ne voit son fils plus qu’un week-end sur deux et doit tout accepter pour ne pas prendre le risque, comme Joseph, de ne plus voir son enfant. Ainsi, après une audience, il a accepté à contrecœur qu’on donne un médicament à son enfant contre l’hyperactivité, alors que celui-ci est décrit comme particulièrement calme par les gens qui le côtoient.

Dans la salle de cinéma comble, on entend les bruits de mouchoirs, et pour cause, des parents de toute la France qui sont dans cette situation sont venus assister au film dans lequel ils placent beaucoup d’espoir.

«Quand ils ont pris votre enfant, ils essayent de prendre votre argent», explique Séverine Breit, qui dit actuellement se battre pour garder sa maison, dont elle est propriétaire à 50%. Son ex-compagnon va la mettre aux enchères sans son consentement. Une nouvelle procédure coûteuse débute, mais elle est obligée de se battre, puisque quitter cette maison, c’est peut-être perdre la garde partagée. Un danger qui la ronge.

Les parents qui n’ont plus le droit de voir leur enfant sont dans l’obligation de payer une pension alimentaire et se ruinent littéralement en frais d’avocat et de justice. Ils sont exténués par des années de procédures et de souffrance.

Mandat d’arrêt contre une mère

Paule-Andrée prend la parole, la voix étranglée par les larmes : «Je voulais dire qu’ils vont beaucoup plus loin que ce qu’on voit dans le documentaire. Ils utilisent le mandat d’arrêt européen pour le simple divorce.» Cette maman en a été victime lorsque ses filles (dont le père a la garde en Allemagne) ont fait une fugue pour rejoindre leur mère. Heureusement, dans son cas, les autorité françaises ont pu le faire annuler. D’autres ont eu moins de chance et ont passé des mois en prison dans leur propre pays.

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Natalie Kühlmorgen s’exprime à son tour : «Moi, je suis allemande et je peux vous dire que je n’irai plus jamais dans mon pays.» Son histoire ressemble à un film d’horreur. Mariée à un médecin français qui travaille à Strasbourg, le couple était installé à Kehl, juste de l’autre côté de la frontière. Il y a une dizaine d’années, la famille prévoyait de déménager en France. Un jour, alors qu’elle va chercher ses filles à l’école, elle ne les trouve pas. Ces dernières avaient été placées brutalement, sans qu’un jugement soit prononcé, dans une famille d’accueil pour qu’elles restent sur le sol allemand. Pendant six mois, le couple n’avait le droit qu’à quelques heures de visite, jusqu’au jour où lors d’une de ces visites les parents volent leurs propres enfants avec la complicité de la police française.

«Voilà jusqu’où l’État allemand peut aller […]. Je peux vous assurer que ce sont des blessures qui ne se referment jamais.» La fille la plus âgée est adulte aujourd’hui et est encore traumatisée par l’épisode, d’autant qu’elle aurait subi des attouchements par l’homme de la famille d’accueil. Un documentaire avait été réalisé sur cette histoire surréaliste et tous les faits sont avérés. Pourtant, la mère reprend : «Quand on raconte notre histoire, personne ne nous croit. On nous fait passer pour des fous.»

Audrey Libiez, journaliste

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samedi 25 mai 2019

Frimar ou Colbourg ?

Le maire de Vieux-Brisach propose une ville franco-allemande.

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Pourquoi ne pas penser en grand à la coopération: Oliver Rein, le Bürgermeister de Vieux-Brisach propose un projet commun de développement urbain. À d'autres endroits, cependant, cela dépend de la coopération avec la France.

"Construisons ensemble une ville sur le Rhin, c'est ce que nous appelons Freimar ou Colburg", a déclaré le maire de Vieux-Brisach, Oliver Rein, à la réunion de la région de Fribourg. Des représentants de la ville de Fribourg ainsi que des districts ruraux de Breisgau-Hochschwarzwald et d'Emmendingen sont représentés au sein du comité. Le maire de Fribourg, Martin Horn, a déclaré qu'il s'agissait d'une proposition "courageuse" visant à résoudre le problème du logement dans la région. Horn était moins convaincu du nom. "Nous devons reparler de Freimar."

Le sujet a été abordé dans la discussion sur l'avenir post-nucléaire de Fessenheim. Il s'est avéré qu'il reste encore beaucoup de points à éclaircir. Entre autres choses, il est question de créer un parc industriel international et de créer une liaison ferroviaire entre Fribourg et Colmar. Après la réunion, on a appris que le gouvernement fédéral ne voulait pas payer pour la connexion ferroviaire, qui coûte jusqu'à 270 millions d'€.

Il n’est pas clair non plus quelle technologie (électrification ou non ?) devrait être utilisée pour les trains, même s’ils devaient seulement être mis en route. Cette décision est prise en France. Du côté allemand, la route entre Breisach et Fribourg est en train d’être électrifiée. En France, la traction à l'hydrogène est également à l'étude. Si des systèmes incompatibles sont utilisés, les passagers devront changer de train sur la liaison Fribourg-Colmar. Selon l’administrateur du district, Dorothea Störr-Ritter, ce scénario est tout à fait envisageable.
Il existe également un désaccord entre l'Allemagne et la France sur une autre question. L'entreprise énergétique française EdF envisage de construire sur le site de la centrale nucléaire de Fessenheim une usine de démantèlement des composants de réacteurs radioactifs. L'Allemagne rejette les plans d'un soi-disant Technocentres. "Les Français connaissent notre position, mais nous ne savons pas comment ils la gèrent, et ce n'est pas nous qui décidons", a déclaré Störr-Ritter.
Le voeu du Bürgermeister de Alt-Breisach risque de rester pieux encore de nombreuses années.

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lundi 8 avril 2019

Colère à Berlin

Des milliers de personnes manifestent contre la "folie des loyers"

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Plusieurs milliers de personnes ont manifesté, samedi 6 avril, à Berlin, contre "la folie des loyers" et la spéculation immobilière. D'autres manifestations ont eu lieu à Munich, Cologne, Francfort, Göttingen, Fribourg ou encore Mannheim.

Dans la capitale, les manifestants se sont rassemblés sur l'emblématique Alexanderplatz, d'où ils devaient gagner le quartier de Kreuzberg, en voie d'embourgeoisement et frappé par des hausses de loyers depuis plusieurs années. Les organisateurs tablaient, avant le début de la marche, sur au moins 6 000 participants.

"Pas de démolition d'immeubles habitables"

"Pas de démolition d'immeubles habitables", ont notamment lancé les manifestants. D'autres arboraient une pancarte "Surprise ! Le marché ne se régule pas de lui-même". Certains étaient déguisés en "requins de l'immobilier". Les organisateurs ont aussi lancé samedi un appel à signatures pour que soit organisé un référendum local sur l'expropriation par la mairie de Berlin des sociétés immobilières détenant plus de trois mille logements.

Les manifestants dénoncent en particulier des groupes comme Deutsche Wohnen et Vonovia, qui ont racheté des milliers d'édifices, profitant de prix bien plus bas que dans d'autres capitales européennes, avant de les louer à des loyers élevés. A Berlin, le prix du logement à la location a ainsi doublé en dix ans. Cette évolution des prix est portée par la popularité des grandes villes, où Allemands et Européens viennent s'installer par dizaines de milliers chaque année sans que l'offre ne suive.

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mardi 26 mars 2019

Valsartan, médicament contaminé !

Par substances cancérigènes dans l'antihypertenseur Valsartan une femme est gravement malade. À présent, un avocat de Fribourg-en-Brisgau (pays de Bade) a engagé une action en justice contre trois sociétés pharmaceutiques pour son client. 

valsartanIl s’agit du premier procès national en la matière, dirigé contre trois sociétés pharmaceutiques allemandes qui produisent le médicament antihypertenseur Valsartan. Heiko Melcher, avocate spécialisée en droit médical à Fribourg, s'est présentée au tribunal de district de Constance au nom d'une cliente âgé de 80 ans et originaire de Tengen à Hegau (district de Constance). La patiente ayant eu un cancer du rein au printemps 2018, a pris quotidiennement le valsartan, un médicament antihypertenseur à forte dose, pendant six ans à une dose maximale de 320 milligrammes. À l'été 2018, des contaminants contenant les nitrosamines NDMA et NDEA (N-nitrosodiméthylamine et N-nitrosodiéthylamine) ont été découverts dans des préparations de valsartan qui transformaient la matière active de deux fabricants chinois. Ces substances sont cancérogènes.

Un marché contesté !

Le géant pharmaceutique suisse Novartis détient depuis 20 ans le brevet du médicament antihypertenseur. Après l'expiration de la protection par brevet, des génériques de diverses sociétés sont entrés sur le marché. Ce marché des génériques est contesté, les sociétés allemandes - comme cela est courant dans de nombreux autres secteurs - achètent le médicament pour le médicament à des fabricants étrangers, comme en Asie et en Amérique latine. Il est moins cher et plus rapide de produire là-bas, confirme le pharmacologue renommé Fritz Sörgel, directeur de l'Institut de recherche biomédicale et pharmaceutique de Nuremberg. Les fabricants étrangers d'ingrédients actifs seraient mis sous pression par les sociétés allemandes à propos des contrats de rabais et suivraient sous cette pression de nouvelles filières de production. "C'était bien causé par un solvant venu à la contamination", dit Sörgel. On pense que les polluants ont été présents pendant six ans, le fabricant de médicament étranger a ensuite changé le processus de synthèse.

 D'abord la Chine, puis l'Inde et le Mexique !

Les contaminants ont été découverts pour la première fois par le fabricant chinois Zhejiang Huahai Pharmaceutical. Plus tard, un deuxième producteur de drogue problématique, Zhejiang Tianyu, a été découvert. Rien qu'en Chine, 17 sociétés pharmaceutiques allemandes ont été approvisionnées, explique l'avocat Melcher. Entre-temps, selon Sörgel, qui a examiné 152 préparations dans son institut, une contamination de producteurs de principes actifs en Inde et au Mexique a également été découverte. 

Par ordre de l'Institut fédéral des médicaments et des dispositifs médicaux, qui fait partie du secteur des affaires du ministère fédéral de la Santé, tous les lots livrés du médicament en question ont été retirés du marché. Les patients ont pu retourner leurs médicaments. L'Agence européenne des médicaments (EMA) a également lancé une procédure d'évaluation des risques.

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En février 2019, dans un rapport provisoire, elle a annoncé que la plupart des médicaments à base de Sartane, ou la plupart d'entre eux, ne contenaient pas ou très peu de contaminants. En ce qui concerne les médicaments contenant l'ingrédient actif du fabricant chinois Zhejiang Huahai, l'EMA est parvenue à la conclusion suivante: sur 100 000 patients qui ont pris le médicament à la dose la plus élevée (320 milligrammes) pendant six ans, 22 en raison d'un cancer à la NDMA et huit en NDEA (lorsque vous prenez la préparation pendant quatre ans à la dose maximale). L’avocat Melcher estime que, selon cette estimation, 900 000 patients atteints de valsartan dans toute l’Allemagne sont atteints d’un cancer dû aux impuretés: "Un risque non négligeable".

Le pétitionnaire a reçu les comprimés de trois fabricants de génériques différents: 1A-Pharma, Mylan dura et Hexal; Tous les trois sont maintenant poursuivis. La juge Mirja Poenig, porte-parole du tribunal d'instance compétent de Constance, a confirmé que la procédure préliminaire écrite avait été ordonnée le 20 février. "Deux des trois accusés ont déjà indiqué leur intention de se défendre. Il est donc probable qu'une nomination soit faite ultérieurement, à moins qu'un règlement amiable extrajudiciaire ne puisse être atteint ou qu'un ordre d'expertise ne soit préparé." En ce qui concerne l'audience, ce n'était "pas sérieusement prévisible".

La porte-parole d'Hexal, Katja Minak, a déclaré, également au nom de la filiale de Hexal, 1A-Pharma, que les lots concernés avaient été rappelés depuis le 4 juillet 2018, et a confirmé les poursuites judiciaires à l'encontre des deux sociétés: "À notre avis, les demandes sont non fondées." Mylan dura laissa les demandes de renseignements de la BZ sans réponse. 

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L’avocat Melcher a calculé que le procès pouvait durer plusieurs années et que son client serait peut-être décédé avant tout jugement. Il en avait discuté avec son client et avec sa famille et avait décidé de mettre fin à la procédure. Dans le cadre de la procédure, le renversement de la charge de la preuve s’applique, ce qui signifie: Les sociétés défendeuses doivent prouver que le cancer du demandeur peut avoir d’autres causes.

La plainte repose sur une responsabilité objective en vertu de la loi allemande sur les médicaments et sur l'omission des contrôles nécessaires, explique Melcher, citant trois objectifs: premièrement, fournir des informations sur la fabrication, si le fabricant était au courant d'interactions ou de problèmes et dans quelle mesure il existait des contrôles sur la production , "On pense que les médicaments doivent avoir les contrôles les plus stricts." Deuxièmement, ils veulent faire valoir une demande en dommages et intérêts, troisièmement, la conclusion: Melcher considère l'action comme un cas modèle pour d'autres patients. (selon "Badische Zeitung")

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