jeudi 5 février 2015

Qu'elle est belle l'Europe !

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A l'automne dernier, de nombreuses associations caritatives et des élus avaient manifesté contre l'expulsion de la famille Ametovic, qui a été obligée de rejoindre un camp de Roms en Serbie. Il y a 3 semaines, une délégation fribourgeoise s'est déplacée en Serbie, au camp de Roms à Nis, en est revenue et a rendu public comme promis son rapport. Cinq pages de texte, des images et des  videos qui décrivent la condition désespérée des six enfants de leur maman. Edifiant, et ça se passe en Europe !

Les six enfants (de 1 à 10 ans) sont malades, et leur mère vit dans la peur dans un pays dont elle ne connaît pas la langue et qui n'est pas le sien. Arrivée à Belgrade, la famille était dans un dénuement total. Expulsée d'Allemagne, elle a dû payer une amende pour entrée illégale en Serbie. Un comble ! Elle a dû attendre trois mois pour obtenir une aide sociale de 80 €/mois. Sadbera Ametovic n'a pu s'en sortir que grâce à des aides venues des organisations non gouvernementales de Fribourg. Sans ces dons, elle n'aurait pu acheter la nourriture et les couches pour les enfants.

Les enfants étaient encore habillés comme à leur départ de Fribourg. En plein hiver, les vêtements étaient sales et humides. Trois des enfants n'avaient pas de chaussures. Ils avaient tous froid, le bébé, Martin, était à l'hôpital avec une sévère bronchite spastique. Bien que les soins sont gratuits pour les habitants, la mère doit payer les médicaments car le jeune Martin est considéré comme un étranger puisqu'il est né en Allemagne.

La mère est mal en point aussi, avec des troubles gynécologiques, des insomnies, des crises d'angoisse. Les enfants, traumatisés, sont nerveux. La cabane où ils vivent est en ruines : pas de fenêtres, des moisissures, le plafond détruit. Aussi, la journée, la famille va vivre chez le père de Sadbera. Mais il n'y a ni eau ni chauffage. La nuit, ils vont dans une pièce d'un oncle qui est momentanément parti en Allemagne, où ils dorment sur le sol. Lorsqu'il reviendra, les Ametovic risquent de devenir des sans-abri. Le cadre de vie des Ametovic est horrible : partout il n'y a que des excréments et des cadavres d'animaux en décomposition. Leurs "toilettes" consistent en un trou à l'air libre à côté de la cabane. 

Les plus petits pourraient bénéficier d'une garderie, mais elle est payante. Les aînés pourraient aller à l'école, mais on y parle le serbe, une langue que ces jeunes ne connaissent pas. Les autorités serbes menacent maintenant d'inscrire les jeunes dans une école pour handicapés mentaux.

La délégation est revenue. La conclusion est que le cas des Ametovic n'est pas le seul, mais le plus grave. Le Conseil Municipal de Fribourg-en-Brisgau a appuyé un courrier des Grüne et du SPD à l'Etat. Ils préconisent le retour des Ametovic en Allemagne.

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mercredi 4 février 2015

Conférence de Christian Pierret, ancien ministre

Des nouvelles de la Société de géographie de Saint-Dié ...

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mardi 3 février 2015

Salaire minimum pour les chauffeurs routiers en Allemagne

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La décision allemande d’instaurer un salaire minimum à 8,50 euros de l’heure génère la polémique chez les partenaires commerciaux européens, en particulier les transporteurs polonais qui accusent le gouvernement de protectionnisme. Les chauffeurs routiers étrangers traversant l’Allemagne reçoivent donc une augmentation de salaire conséquente, qui dérange les firmes d’exportants.

« La Pologne appelle la partie allemande à ne pas appliquer ses nouveaux règlements, en particulier à l’égard des routiers effectuant des transports en transit (de personnes et de marchandises) à travers le territoire de la République fédérale, jusqu’à l’examen de la conformité de ces règlements et de leur interprétation au droit de l’UE« , a déclaré le ministère polonais de l’Infrastructure et du Développement, qui englobe aussi les transports.

Les réactions sont nombreuses en Europe centrale, où la Hongrie et la République Tchèque se déclarent elles aussi inquiètes de la mesure allemande. La rémunération des chauffeurs varie en moyenne de 1.290 euros en Hongrie, à 1.685 euros en Slovénie, en passant par 1.524 euros en Slovaquie, et 1.428 euros en Pologne. En comparaison, le salaire moyen allemand avoisine les 2000 euros *. Des surcoûts qui suscitent l’ire des compagnies de transports qui en appellent à Bruxelles et s’interrogent sur la « conformité au droit européen« .

Comme le souligne un copropriétaire d’une entreprise de transports tchèque, « la charge administrative est excessive. Comment sommes nous censés prouver que nous rémunérons exactement 8,50 euros de l’heure, alors que le paiement se compose d’un salaire et de primes variables valorisant la performance, la qualité du travail et l’économie de carburant ?« 

Un autre patron polonais souligne que « les exigences des clients varient en permanence, les décalages et modifications horaires sont fréquents et il est impossible de savoir à l’avance combien d’heures de travail les routiers effectueront en territoire allemand« .

« C’est une action hostile, contre l’économie polonaise. Ils veulent nous éjecter du marché » dénonce Władysław Frasyniuk, chauffeur de poids-lourds et ancien leader du mouvement Solidarnosc. 

Le salaire minimum ne concernerait pas les hôtesses et stewards dans les transports aériens. La contradiction est pointée du doigt par tous les détracteurs de la MiLoG (Loi sur le salaire minimum). La nouvelle réglementation routière influerait non seulement sur les transports mais aussi sur les exportations polonaises, dont les coûts augmenteraient de 10 à 15 %.

Concrètement, c’est au rôle de la douane allemande de vérifier que la nouvelle règle est bien respectée. Avant d’envoyer ses chauffeurs en Allemagne, le transporteur étranger doit faire face à la machine bureaucratique: renseigner un formulaire sur le site de la douane allemande (uniquement disponible en allemand), envoyer sa programmation au centre des finances de Cologne…  Si le paiement du salaire minimum n’est pas respecté, le transporteur s’expose à des amendes pouvant atteindre les 500 000 euros.

Sur le plan politique, la grande coalition au pouvoir s’expose à un nouveau différend. La mesure est perçue comme une victoire pour le SPD, comme le déclare sa secrétaire générale Yasmin Fahimi: « Les lobbyistes du dumping-salarial vont devoir l’accepter et abandonner progressivement leur opposition à une rémunération équitable des travailleurs.« 

Les contrôles prévus sont toutefois déplorés par les firmes et par les libéraux, comme le souligne le vice-président du groupe parlementaire Michael Fuchs: « C’est une tragédie que 1600 douaniers soient mobilisés, alors que dans certains Länder des policiers font défaut. Les sociétés sont contrôlées, mais les cambrioleurs, eux, pas arrêtés. Pour ce contrôle du salaire minimum, le gouvernement fédéral va dépenser 100 millions d’euros par an. Il serait préférable d’ajuster mieux que ça les fonds et la répartition des policiers. »

Toutefois, des interrogations se posent au sujet de l’application de la mesure. Les contrôles douaniers à venir soulèvent un paradoxe, celui de la vérification du paiement des chauffeurs, dont la fraude est condamnable en Allemagne. Mais qu’en est il en France et dans les pays partenaires, où les conducteurs de poids-lourds sont plus observés pour des questions de santé que pour des harmonisations salariales ? En Europe, les différentes apparitions de salaires minimum n’avaient pas entrainé ce genre de contrôle précis. Visiblement, l’Allemagne en entend autrement.

La France aussi est confrontée à des revendications salariales de la part des routiers, qui appuyés par les syndicats CGT et CFDT, réclament une augmentation de 5%, là où le patronat n’offre que 1% pour les cadres et 2% pour les petits salariés. Les négociations apparaissaient longues et difficiles, alors que les chauffeurs bloquent les sites logistiques et pétroliers du pays depuis plusieurs jours. L’instauration du salaire minimum outre-Rhin va-t-il changer la donne ? (extrait de "la gazette de Berlin")

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lundi 2 février 2015

Festival Décibulles - Tremplin 2015

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 The Wooden Wolf "Fuck me tender"

 

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dimanche 1 février 2015

Après l'UMP, l'UDI

Il fallait s'y attendre, le ticket UMP n'allait pas rester longtemps seul en lice. Voici arrivé le tandem Alice Morel - Alain Meyer qui s'annonce UDI.

 

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Alice Morel, conseillère générale sans étiquette, se présente maintenant avec le soutien de l'UDI. Connue surtout comme maire de Bellefosse, qui candidate aux sénatoriales avec Daniel Hoeffel, avait déposé un recours qui l'a désignée définitivement comme personna non grata auprès de l'UMP. Connue aussi à travers l'AMV (association des élus de montagne) et l'ANEM (association nationale des élus de montagne), il faudra qu'elle s'explique sur l'échec de l'axe économique et routier est-ouest, le contournement de Châtenois et le tunnel de Ste-Marie-aux-Mines, sujets pour lesquels elle n'a fait que suivre les pas d'un certain François Tacquard, qui ne raisonnait qu'en terme de RN 66. Il faudra aussi qu'elle s'explique sur la non-mise en application de nombreux aspects de la loi-montagne où le Massif Vosgien a été laissé pour compte au profit des Alpes du Nord et des Pyrénées.

 

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Alain Meyer, nouveau en politique depuis mars 2014 où il a été élu maire de Saint-Pierre-Bois, est responsable du secteur associatif à la Comcom du Val de Villé, où il met en oeuvre son expérience acquise comme dirigeant de feu le spectacle du Saint-Gilles. Sa déclaration lors de sa première cérémonie des voeux va en laisser sceptique plus d'un. Ainsi il a regretté le redécoupage des régions et surtout celui du canton, après l'échec de la création d'un conseil d'Alsace unique. Pas sûr que sa coéquipière soit sur la même ligne. Espérons que le tandem s'explique sur ces sujets pendant la campagne.

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samedi 31 janvier 2015

Non à la répression des militants syndicaux !

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Yann Le Merrer, secrétaire départemental adjoint de SUD PTT des Hauts-de-Seine vient de recevoir sa notification de révocation.

Les faits qui lui sont reprochés sont exclusivement en lien avec son activité syndicale (participation active à un conflit du travail, information aux collègues non grévistes, interpellation des directions…). Il faut remonter à 1951 pour retrouver une sanction du même type, la plus lourde pour un fonctionnaire. Elle concernait deux responsables de la CGT.

Cette décision exceptionnelle n'a pas été prise à la légère et ne tombe pas au hasard. Elle émane de la direction d'une entreprise contrôlée à 100% par l’Etat où la liberté syndicale est bafouée au quotidien, où son président et sa DRH nous vendent un pacte social dans la poursuite des 80 000 suppressions d’emplois depuis une décennie. Aucun texte d’ailleurs ne régit l’exercice du droit syndical depuis 2009, c’est le fait du prince. Vouloir rentrer dans un établissement peut être considéré comme délictueux.

La liberté d’expression que La Poste a mis en avant pour soutenir Charlie Hebdo n’aurait donc pas lieu d’être dans l’entreprise pour la défense des personnels.

La fédération SUD PTT est mobilisée pour la réintégration de Yann, elle appelle à la solidarité avec cette pétition.

Elle demande à l’ensemble des organisations syndicales, associatives et politiques de soutenir la campagne pour exiger la réintégration de Yann.

Il s'agit d'une véritable attaque contre la liberté syndicale, contre les libertés fondamentales.

http://reintegrationyann.sudptt.org/

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vendredi 30 janvier 2015

Alsace - Moselle : attention chasse !

Claude Plonka, un habitant de Gumbrechtshoffen dans le Bas-Rhin, a mis en ligne un site Internet recensant la présence des chasseurs dans les forêts d'Alsace et de Moselle.

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Claude Plonka est amateur de VTT et profite des forêts environnantes. Une passion à laquelle il peut s'adonner si les bois ne sont pas l'objet de battues aux gibiers. Mais comment savoir si la voie est libre avant de quitter son domicile ? C'est pour répondre à cette question qu'il a eu l'idée de créer ce site.

Sur place, des panneaux "Chasse en cours" préviennent les promeneurs. Bien entendu, les chasseurs n'ont pas le droit de tirer en direction d'un chemin. Mais comment savoir de façon certaine qu'on est sur le bon chemin...

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Le site créé par Michel Plonka tire ses données de l'obligation de la part des chasseurs de déclarer leurs battues en mairie une semaine avant la date prévue. Les informations lui parviennent d'une cinquantaine de communes qui "jouent le jeu" avec quelque 500 mails envoyés, c'est un petit 10% de rendement. Pour étoffer le site, il a donc fait appel à des contributeurs pour compléter les zones de chasses. Il suffit d'ouvrir un compte pour renseigner les événements à venir.

Les informations sont systématiquement vérifiées et six correspondants (un particulier, trois chasseurs et deux mairies) se sont déjà portés volontaires pour alimenter la plateforme, mise en ligne en décembre dernier.

Voir le site : www.vigilance-chasse.fr. (publié par e-alsace.net)

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mercredi 28 janvier 2015

UMP à géométrie variable

Les élections départementales auront lieu dans deux mois et on commence à peine à connaître des candidats ! Les premiers à se mettre sur les rangs ont été le tandem Bierry-Mozziconacci  de l'UMP, paraît-il, car l'historique de ces deux personnages prouve qu'ils ont surtout comme conviction l'ambition personnelle par la valse des étiquettes.

Rappelons leur CV : 

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- Frédéric Bierry : entre en politique en 1993, où il parcourt la circonscription législative Molsheim - Villé avec son maître à penser Alain Ferry, candidat sans étiquette, mais qui avait déjà passé par les cases "Fédération des Elus Socialistes et Républicains" du Bas-Rhin et "Mouvement des Réformateurs" où la voie était bouchée par le sortant Jean-Marie Caro. C'est sur cette ligne tortueuse que Frédéric Bierry est devenu l'attaché parlementaire d'Alain Ferry, puis maire de Schirmeck, puis conseiller général. Une voie si tortueuse qu'il a glissé comme tous les "sans étiquette" vers l'aspirateur UMP.

 

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- Frédérique Mozziconacci : entre en politique au conseil municipal de Villé en 2008, pour être élue conseillère générale en 2011.Elle se dit alors centriste sans étiquette, plutôt de droite, comme son suppléant Roland Mangin, ancienne figure de proue de l'UDF. Mais la donne va vite changer, surtout au referendum pour le conseil unique d'Alsace, où notre conseillère au sens politique très aigu se rapproche du conseiller d'extrême-droite, provisoirement rallié à l'UMP pour motif de réélection, Christian Chaton (si, si, elle a même ses commentaires sur la page facebook de ce dernier), pour exiger la fusion des cantons de Sainte-Marie-aux-Mines et Villé. Hélas trois fois hélas pour ces deux-là, l'électeur alsacien n'a pas voulu de cette fusion. Et voilà que pour sauver son poste, après avoir en vain réclamé le rattachement du canton de Villé à Sélestat, cette chère Frédérique se raccroche au canton de Mutzig et surtout à la pieuvre UMP pour s'opposer à la grande région Alsace - Lorraine - Champagne - Ardennes.

Voilà un tandem de sortants dont tous les électeurs attendent de connaître le bilan, peu visible pour l'instant. Les tracts et surtout les réunions publiques nous éclaireront à coup sûr.

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mardi 27 janvier 2015

Adieu, Demis Roussos

 "Mourir auprès de mon amour" - Archive INA

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dimanche 25 janvier 2015

Conséquences de PEGIDA ? Assassinat raciste à Dresde.

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Dresde, la ville où tous les ans ont lieu des marches néo-nazies ! Dresde, la ville aussi où ont commencé tous les lundis les rassemblements anti-islamiques PEGIDA !  Alors faut-il s'étonner que c'est dans cette ville que se perpètrent des assassinats de musulmans par des extrémistes, comme celui du jeune érythréen de 20 ans, demandeur d'asile, Khaled Idris Bahray, dont les funérailles ont eu lieu hier à Berlin. Car à Dresde, l'enterrement aurait pu provoquer de nouvelles manifestations racistes ?

Un vent froid soufflait ce dimanche après-midi au cimetière de Gatow. La police veillait à l'entrée pour éviter d'éventuels débordements. Car plus d'un millier de personnes était attendu à l'enterrement de Khaled Idris Bahray. 250 personnes de la communauté erythréenne d'Allemagne, d'Italie, de Suède avaient aussi fait le déplacement. Une femme pleurait. C'était la tante du mort, elle était venue de  Essen. "Il a perdu très tôt son père. L'Allemagne était pour lui une terre d'espoir.", dit-elle. Khaled avait traversé tous les dangers de désert et risqué sa vie lors de la traversée de la Méditerranée. Et le voilà victime de la haine et du racisme.

Khaled a été assassiné le 12 janvier à Dresde en Saxe, victime d'extrémistes du mouvement PEGIDA. Malgré les coups de couteau à la gorge et la partie supérieure du corps, la police avait d'abord conclu à une mort naturelle. Mais finalement, un jeune allemand de 26 ans a été arrêté pour ce meurtre.

C'est à midi que le cercueil est arrivé au cimetière, porté par des amis d'exil de Khaled jusqu'à la tombe du carré musulman du cimetière. Un imam a lu les prières traditionnelles. La municipalité de Dresde était représentée par la maire (Oberbürgermeisterin) Helma Orosz et la déléguée à l'intégration des immigrés, Kristina Winckler. "Je suis là pour marquer la compassion de toute la municipalité de Dresde et notre solidarité avec tous les réfugiés forcés de quitter leur pays." La cérémonie a duré 45 minutes, trois gerbes de fleurs et deux tulipes blanches garnissent la tombe. Des amis de Khaled sont restés longtemps, les larmes à l'oeil.

C'est la mère de Khaled qui a demandé que son fils soit enterré en Allemagne, la dictature érythréenne ne tolérant pas le retour au pays des fuyards, même morts. Cette maman vit à l'heure actuelle au Soudan. Un autre de ses fils, fuyant vers l'Europe, était déjà mort noyé dans la Méditerranée.

Une triste histoire comme il y en a malheureusement beaucoup.

L'Erythrée, dictature la plus sanglante d'Afrique.

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- Un homme, à la tête de son clan, a réduit sa population en esclavage. Ce pays de 5 millions d'habitants est devenu un immense camp de travail forcé. Un bagne. Le quotidien de l'Erythrée est fait de rafles, de torture, d'effroi, de milliers de situations terrorisantes : si un Erythréen est confronté à un chef de service, s'il n'a pas tous ses papiers en règle, si un membre de sa famille a pensé à fuir ou si un cousin a été vu aux Etats-Unis dans une manifestation... le système répressif et oppressif, très élaboré, lui rend la vie infernale. Dictature "inconnue" ? Oui, parce qu'il n'y a pas d'enjeux autour de ce pays, pas de pétrole, pas de têtes nucléaires.

Un tyran, Issayas Afeworki

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- Une personnalité très particulière. Son régime n'a pas l'extravagance de celui du Coréen Kim Jong-un, ni la corruption légendaire de celui d'Amin Dada en Ouganda, c'est un gangster contrôlant un système mafieux. Il assume ouvertement sa brutalité face aux instances internationales, se pose comme invincible, obsédé par la survie, considère que l'Erythrée est sa propriété, sa vie, sa chose. Sa guérilla contre l'Ethiopie a duré trente ans, de 1961 à 1991. Imaginez un parti qui prendrait le pouvoir après trente ans de Vercors sous occupation allemande.

Il a organisé un pays parallèle, créant des poches de résistance, des écoles, des hôpitaux, des exploitations agricoles et une économie fermée. Il a résisté et vaincu l'Ethiopie de Hailé Sélassié, appuyée par les Etats-Unis, et celle de Mengistu, soutenue et armée par les Soviétiques et les Cubains. Issayas Afeworki est un leader des hauts plateaux, issu d'une classe populaire, qui a conçu et réalisé un projet national qualifié d'impossible. Formé en Chine où il a tout appris pendant la Révolution culturelle, c'est un combattant en sandales, un héros mythique venu tout droit des années 1960-70, un leader, un chef militaire, un survivant en guerre.

1993 : le chef de guérilla devient dictateur

- Très vite, le régime se transforme en dictature. Dès la chute de Mengistu et l'accession à l'indépendance. En 1993, quand ses soldats manifestent pour leurs droits, la répression est impitoyable. En 1998, la guerre des frontières éclate avec l'Ethiopie. C'est une épouvantable boucherie. Pour rien : entre 70.000 et 90.000 morts des deux côtés, et une défaite militaire et politique pour l'Erythrée. Les anciens frères d'armes du président Afeworki renâclent, veulent réformer le système de l'intérieur, créent un groupe de quinze opposants historiques, le G15... Il les casse. 
Commencent alors les arrestations, les disparitions forcées, les assassinats d'opposants à l'étranger. Le 18 septembre 2001, profitant de la formidable diversion de l'attentat contre le World Trade Center, Afeworki lance une immense rafle : membres du G15, opposants, journalistes, artistes, intellectuels, tous sont jetés en prison.

Et aujourd'hui ?

- Le service militaire est obligatoire pour tous les jeunes, garçons et filles : enrôlés à l'âge de 17 ans jusqu'à... la quarantaine ! D'abord, dix-huit mois de camp disciplinaire, avec viols des jeunes femmes, brutalités des supérieurs, cachot et torture comme sanctions. Ensuite, on est affecté à un grand chantier du président, à une ferme, à une fabrique. Un contact avec "l'étranger", avec un passeur, un mot malheureux dans un café et c'est la prison. Il existe 314 camps de détention dans le pays. Des centres de tri à la sortie des villes, des containers métalliques de cargos en plein désert, des camps de haute sécurité pour les politiques, comme celui d'Eiraeiro, à 50 kilomètres d'Asmara. Cellules, isolement, pas de visites, interrogatoires et torture à mort. On pratique la technique de l'hélicoptère : le prisonnier, suspendu pieds et mains au plafond, tourne, les autres frappent : "Avoue !"

La fuite à l'étranger ou la prison

- Sur 5 millions d'Erythréens, 1 million se sont évadés depuis 2004. L'ONU a recensé 3.000 passages par mois vers le Soudan et l'Ethiopie... pour ceux qui réussissent à déjouer les patrouilles. Les autres sont jetés en prison. Ou condamnés à vivre dans un pays sans système judiciaire, dans une capitale en panne d'électricité, avec le peu d'argent envoyé par les Erythréens de la diaspora, eux-mêmes frappés d'une taxe "révolutionnaire" qui ponctionne d'office 2% de leurs revenus à l'étranger.

Le silence international !

- Il permet à Afeworki de fournir armes et entraînement aux shebabs islamistes de Somalie et de déstabiliser la Corne de l'Afrique. La Chine est très présente en Erythrée, le Qatar fournit de l'argent frais, la mafia italienne exploite des hôtels sur la mer Rouge et l'Union européenne... a fourni en 2007 une enveloppe de 122 millions d'euros pour cinq ans. Issayas est devenu alcoolique, diabétique mais il fait toujours peur. Sa dictature est la plus sanglante du continent africain, un foyer de déstabilisation potentiel et un camp de concentration que les jeunes fuient en allant mourir dans des barques de clandestins aux portes de l'Europe.

Selon Léonard Vincent, chercheur, journaliste, écrivain, dans sa publication "Les Erythréens" aux Editions Rivage.

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