Canalblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
Publicité
Différences : le blog de Jean-Louis BOEHLER
18 septembre 2022

« Afghanistan, le prix de la paix »

Un documentaire argumenté mais déconcertant de Claire Billet décrit le retour des islamistes comme – finalement – la moins mauvaise solution d’un destin national marqué par la guerre.

afghanistanLe retour des talibans, le 15 août 2021, à la tête de l’Afghanistan a donné lieu à la publication de nombreux ouvrages. Cette fois-ci, c’est un documentaire télévisé, Afghanistan. Le prix de la paix, réalisé par Claire Billet, qui s’essaie à l’exercice du droit d’inventaire.

Le documentaire rappelle que le mouvement islamiste afghan, né en 1994, des décombres de l’occupation soviétique et d’une guerre civile meurtrière, conquiert Kaboul, en 1996, au nom du rétablissement de l’ordre et de la charia. En 2021, les talibans reprennent la capitale d’un pays qui n’a pas su se reconstruire ni conjurer la violence. D’où le titre Afghanistan. Le prix de la paix, une manière de dire, avec dépit, que les islamistes seraient les seuls capables de garantir la sécurité et d’ouvrir l’ère de la reconstruction. Et ce, même si les femmes sont privées de leurs droits.

La description réaliste de la présence occidentale entre 2001 et 2021 peut conforter cette thèse. Le recours, par les Etats-Unis, aux « seigneurs » de guerre a interdit toute forme de construction d’un Etat souverain. La pauvreté est restée endémique. La corruption du régime s’est accrue, les campagnes laissées à l’écart d’une aide concentrée sur les villes. L'Afghanistan serait quasi devenu un narco-Etat. Et la première armée du monde a perdu la guerre face à un mouvement taliban présenté comme organisé et efficace. De quoi faire dire à un témoin : « S’ils reconstruisent et servent le pays, alors je suis prêt à leur pardonner. »

Conclusion contestable

Si les faits sont justes, l’espace existe, pourtant, pour en contester la conclusion. Cette analyse n’est pas neuve. Elle fait écho aux dires de l'universitaire Gilles Dorronsoro, par ailleurs conseiller historique du documentaire. Auteur du Gouvernement transnational de l’Afghanistan. Une si prévisible défaite (Karthala, 2021), il estimait que, au cours de l’histoire afghane, seuls les talibans avaient su amorcer une « véritable construction nationale ».

Or, leur première année de gouvernance a montré leur incapacité à gérer le pays, faute d’avoir su troquer la gestion administrative de villages pour celle d’un territoire entier. La corruption a refait son apparition. Enfin, pourquoi les Afghans seraient-ils condamnés à sacrifier leurs libertés au nom de la paix ? N’y aurait-il qu’un Etat autoritaire capable de bâtir un pays ? (selon FRANCE 5 – DIMANCHE 11 SEPTEMBRE À 20 H 55 – DOCUMENTAIRE)

Publicité
Commentaires
Publicité
Différences : le blog de Jean-Louis BOEHLER
Derniers commentaires
Archives
Différences : le blog de Jean-Louis BOEHLER
Visiteurs
Depuis la création 2 241 676
Publicité