Le 11 décembre 1981, devant la montée des aspirations démocratiques impulsées par Solidarność, le gouvernement, impuissant, proclame la loi martiale. La bataille du syndicat de Lech Walesa déclenchera une vague de révolutions pacifiques anti-communistes en Europe de l'Est, aboutissant à la chute du bloc soviétique en 1989.

pologne3La bataille polonaise contre le pouvoir communiste, contrôlé par Moscou, démarre à l'été 1980 par une grève générale initiée par les ouvriers des chantiers navals de Gdansk, qui protestent contre la pénurie de vivres et le manque de démocratie. Le mouvement paralyse le pays.

Accords de Gdansk

Le 31 août 1980, Lech Walesa, leader de cette fronde, à la tête du syndicat ouvrier indépendant Solidarność (Solidarité), signe avec le gouvernement communiste les accords de Gdansk pour mettre fin aux troubles. Ces accords prévoient notamment des augmentations salariales, la semaine de travail de 5 jours, le droit de grève, l'autorisation de création de syndicats indépendants et la reconnaissance officielle du syndicat Solidarność, effective le 24 novembre 1980.

Mais les promesses ne sont pas tenues. Grèves et violences reprennent de plus belle. Devant la montée des aspirations démocratiques, le gouvernement, impuissant, proclame l’état de siège le 13 décembre 1981 : “La Pologne sous la botte polonaise”, titre la une de “Sud Ouest”, le 14 décembre.

pologne4Officiellement le décret se voulait une réaction à la difficile situation économique et à la menace sur la sécurité énergétique du pays. Dans la réalité, le régime communiste polonais redoutait la perte du pouvoir, notamment face au rôle grandissant du syndicat Solidarność et ne voulait pas une répétition de l’invasion de la Tchécoslovaquie par les troupes du Pacte de Varsovie en 1968. 6 000 syndicalistes sont arrêtés, y compris le populaire Lech Walesa, et  Solidarność, fondé dix-huit mois plus tôt est dissous. L’émotion est immense dans le pays comme en Occident. La loi martiale restera en vigueur jusqu’au 22 juillet 1983. Tout au long de cette période, les Polonais souffriront des restrictions des libertés dans leur vie quotidienne. Un certain nombre d’entre eux prendront la douloureuse décision de quitter leur pays, quitte à ne pas pouvoir revoir leur famille et leurs amis durant plusieurs années.

La bataille de Solidarność pour la démocratie durera huit ans, jusqu'aux accords historiques signés le 5 avril 1989 entre les communistes au pouvoir et le syndicat ouvrier.

pologne2Ils prévoient la création d’un véritable poste de Président de la République, la restauration du Sénat, l’instauration d’un Conseil national de la magistrature, la clarification des pouvoirs de la Diète (Chambre des députés) et surtout, une nouvelle loi électorale qui devait permettre plus de pluralisme et de liberté aux électeurs.

Enregistré comme parti légal le 17 avril, Solidarność triomphera aux élections législatives des 4 et 18 juin 1989. Lech Walesa, lauréat du prix Nobel de la Paix en 1983, succèdera au général Wojociech Jaruzelski à la présidence de la Pologne, de 1990 à 1995.

Illégal

Après la chute des régimes communistes en Europe, le parlement polonais a admis en 1992 que la proclamation de l’état de siège en 1981, était illégale. Le 17 avril 2007, les responsables de son instauration en Pologne (les généraux Wojciech Jaruzelski, Czesław Kiszczak et sept autres personnes) ont été officiellement inculpés pour « crime communiste ».