lundi 14 mars 2022

Crise alimentaire en Colombie

Alors que le pays affiche un croissance à deux chiffres, une partie du pays vit sous la menace d'une crise alimentaire.

colombieA Bogota, l'infographie a fait bondir : une "carte de la faim" dans le monde avec l'Afghanistan, Haïti, la Centrafrique, le Soudan du Sud... et la Colombie !

Selon ce rapport du Programme alimentaire mondial (PAM) et de l'Organisation des Nations unis pour l'agriculture (FAO), paru fin janvier, 7,3 millions de Colombiens seront en "situation d'insécurité alimentaire" en 2022 et nécessiteront de l'aide pour manger à leur faim.

Si le gouvernement a exigé que les deux agences onusiennes "rectifient" le tir et retirent le pays de cette carte bien gênante, l'épineuse question de la faim, conséquence de la pauvreté, s'est depuis invitée dans le débat politique.

Ceci alors que le pays, l'un des plus inégalitaires au monde, semble avoir retrouvé sa vigueur économique après le choc de la pandémie, avec 10,6% de croissance pour 2021.

Sur le banc des accusés, le gouvernement conservateur d'Ivan Duque se défend, mettant en avant "les multiples programmes sociaux mis en oeuvre depuis deux ans pour faire face à la pandémie", et qui ont bénéficié à 10,3 millions de ménages.

L'Etat, qui a décidé d'une récente augmentation du salaire minimum, dit travailler à "augmenter la production de produits alimentaires", à "améliorer les revenus des familles les plus pauvres", et assure avoir "tout fait pour que personne ne souffre de la faim en Colombie".

Mais pour l'Association des banques alimentaires de Colombie (ABACO), "la situation est critique".

21 millions de Colombiens (sur 50 millions) vivent dans la pauvreté, avec un revenu mensuel de 331.000 pesos (73 euros), qui "ne suffit pas à acheter un panier alimentaire de base".

Pire, "5 millions de Colombiens -dont 500.000 enfants de moins de cinq ans- souffrent ou ont souffert de malnutrition chronique", avec les séquelles que cela entraîne.

"Il est important de mettre le problème sur la table, d'en saisir l'ampleur et de se réunir pour travailler sur des solutions globales" à ce fléau "aux multiples causes", plaide Juan Carlos Buitrago, directeur exécutif de l'ABACO.

- Pays d'abondance -

"Tout le territoire est concerné. Ce n'est pas qu'un problème des régions lointaines, isolées ou touchées par la violence (...) C'est tout près de nous, dans les grandes villes, ici à Bogota", renchérit le père Daniel Saldarriaga Molina, à la tête des Banques alimentaires de Bogota.

"Pour beaucoup de gens aujourd'hui, manger trois fois par jour est un luxe (...) alors que la Colombie est un pays d'abondance", s'insurge-t-il.

Il blâme le gâchis : "9,7 millions de tonnes de nourritures jetées chaque années à la poubelle en Colombie !". Mais aussi "les multiples intermédiaires qui se font de l'argent sur les petits producteurs agricoles".

La "solution passe par l'emploi et la stabilité économique", souligne-t-il.

Dans les 16.000 m2 de l'entrepôt de la Banque alimentaire de Bogota, l'activité est incessante. Près de 18.000 tonnes de denrées y ont été distribuées en 2020 à 600.000 bénéficiaires dans la capitale. "Sans aucune aide de l'Etat", et "grâce aux dons d'entreprises et de particuliers", souligne-t-on.

La croissance à deux chiffres pour 2021 a été accueillie "dans un enthousiasme débordant", observe le quotidien El Espectador. Mais il ne doit pas masquer les sujets, beaucoup plus préoccupants, de "l'inflation et du chomâge", fait remarquer le journal. 

"Aujourd'hui la question est comment la pauvreté va-t-elle encore s'aggraver du fait de l'inflation", souligne-t-il.

Le panier de la ménagère est passé en un an, de janvier 2021 à 2022, de 600.000 pesos (133 euros) à 729.997 pesos (162 euros), selon le média en ligne Cambio.

Le prix du poulet a augmenté de 26,8%, les oeufs de 22,4%, le lait de 16,7%, les fruits de 28,5%, les pommes de terre de 140%, la viande de 34,8%, l'huile de 48,5%...

Et "le tableau s'aggrave avec la dévaluation du pesos, qui a perdu en 2021 16% de sa valeur rapport au dollar américain", observe Cambio.

"Il y a une crise alimentaire en Colombie", a jugé dans une colonne d'opinion remarquée une figure du journalisme colombien, Mauricio Cabrera. "La faim rôde, malgré les déclarations optimistes officielles. (...) Elle devrait être l'un des principaux thèmes de la campagne pour la présidentielle" du printemps. (selon "RCI Martinique" et AFP)

Posté par jl boehler à 00:31 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
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