Avec un taux de chômage de 3,0%, l’Ortenau atteint techniquement le plein emploi. Impressionnant, mais le taux de chômage ne dit pas tout…

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3,0% ! Au mois de Mai, le taux de chômage a encore une fois baissé de 0,2% dans l’Ortenau voisine pour atteindre cette marque mythique des 3,0%, taux considéré comme le seuil du plein emploi. Et l’Ortenau ne fait pas office d’exception – le taux de chômage dans le Bade-Wurtemberg se situe à 3,4% – enviable, pourrait-on penser. Une catastrophe, disent les employeurs qui cherchent des collaborateurs qualifiés qu’ils ne trouvent pas.

L’Ortenau, cette région située juste en face de Strasbourg et de l’Alsace, compte aujourd’hui 7479 personnes qui seraient à la recherche d’un emploi. Parmi ces personnes, certaines sont simplement inscrites comme chercheurs d’emploi pour pouvoir toucher des allocations. Donc, tout le monde est content, plus ou moins. Tout le monde ?

Deux catégories de personnes ne sont pas contentes du tout avec cette évolution. D’une part, les employeurs qui ont de plus en plus de mal à trouver des collaborateurs qualifiés, au point où certaines entreprises réfléchissent à une délocalisation, et d’autre part, les personnes considérées comme « difficiles à placer » et que l’on sort des statistiques officiels pour les prendre en charge dans un autre organisme, la « Kommunale Arbeitsförderung », une sorte d’antichambre de la précarité du troisième âge.

C’est vrai, les chiffres sont mirobolants et cette notion du plein emploi fait rêver certains. Mais force est de constater que ce « plein emploi » est assez trompeur. Dans un pays comme l’Allemagne qui se paye de « luxe » d’accepter que presque 20% de sa population vit en-dessous du seuil de la pauvreté, les chiffres valent ce qu’ils valent.

Oui, les apparences sont formidables. A un moment où le destin de gouvernements dépend du taux de chômage, ce « plein emploi » en Allemagne peut impressionner. Et l’Allemagne est si fière de ses chiffres. Champion à l’exportation, champion au niveau de l’emploi, champion tout court. La précarité d’un cinquième de la population, les 6 millions d’enfants vivant dans la précarité, les retraités dont les retraites se situent au niveau du RMI – tout cela fait désordre et on préfère ne pas trop en parler.

Le « modèle allemand » constitue l’incarnation du capitalisme libéral qui lui, profite un maximum à ceux qui réussissent à bien s’en accommoder, tout en laissant en rade les éléments plus faibles de la société. Quand on accepte un capitalisme qui marche sur des cadavres, le « modèle allemand » est parfait. Par contre, quand on aspire à une société qui met en avant le vivre-ensemble et la solidarité, ce même « modèle allemand » est à proscrire.

3,0%. Le « plein emploi ». Pendant que le champagne coule dans les étages des administrations, les plus démunis de la société allemande rient jaune.(Selon "euro-journaliste")