Un binôme fantôme et une vallée ignorée

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Les DNA viennent de publier l'interview d'un des deux conseillers départementaux de notre canton de Mutzig-Villé, à savoir Frédéric Bierry. Quant à l'autre membre du binôme, elle passe presque inaperçue (juste citée pour le Champ du Feu et ses navettes, son dada depuis 2011). Le grand oublié de cet interview reste le Val de Villé : pas un mot sur la friche de l'ancienne usine FTV, pas un mot sur l'ancienne gendarmerie ou la maison de services publics et leur démantèlement, pas un mot sur les transports, par un mot sur les nouvelles technologies dans nos coins reculés, pas un mot sur les zones d'activité désespérément vides, pas un mot sur l'exode des jeunes... Bref, on peut se demander si le binôme existe encore, ou s'il estime que le Val de Villé ne fait plus partie de leur canton.

INTERVIEW

DNA : En se recentrant sur les questions sociales le conseil départemental reste-il un partenaire privilégié des communes ?

FB : Longtemps les maires étaient dans une démarche d’équipement et ont pendant des années perçu le conseil général comme un guichet, un tiroir-caisse. Ce n’est pas une critique, j’ai été dans ce rôle-là aussi. Aujourd’hui l’enjeu majeur tourne autour de ce qu’on pourrait appeler le rôle social du maire, la façon dont il construit le lien avec les habitants : cela concerne la manière dont on intègre les jeunes, comment on accompagne les personnes âgées pour donner en plus des années de vie de la vie aux années, comment enfin on arrive, nous élus, à lutter contre le sentiment de relégation et à réconcilier les habitants entre eux, jeunes et vieux, élus et citoyens… le conseil départemental est au cœur de ces questions. « Quand dans la Meuse des collègues nous disent qu’ils sont sous-équipés, c’est une toute autre réalité qu’ici ».

DNA : Le sentiment de relégation est à la base d’une partie des votes extrêmes des derniers scrutins notamment dans certains villages de la vallée.

FB : Effectivement mais il y a aussi un décalage entre le sentiment d’une partie des gens, leur perception et le niveau de service réel. Par exemple, nous avons une clinique avec un service d’urgence : c’est un million que l’Etat ajoute chaque année pour que ça fonctionne. Autour de Schirmeck on recense 40 offres de services publics, il y a un niveau d’équipement qui est plutôt bon. Quand dans la Meuse nos collègues nous disent qu’ils sont sous-équipés c’est une tout autre réalité qu’ici. Ce n’est pas simple d’ancrer sur le territoire des entreprises qui doivent faire face à un fort dumping social.

Les habitants sont inquiets quand à l’avenir économique du territoire avec certaines entreprises fragilisées, comme Federal Mogul ou Delpierre. Même si le conseil départemental n’a plus la compétence « aide économique » le conseiller doit être un facilitateur pour aider les entreprises et les salariés à faire face aux difficultés, c’est aussi pour cela que j’ai pris la tête de l’ADIRA.

Chez Federal Mogul c’est effectivement difficile. On demande toujours plus d’efforts aux salariés et ce n’est pas simple d’ancrer sur le territoire des entreprises qui doivent faire face à un fort dumping social (NDLR : de leurs concurrents). On l’a pourtant vu avec Delpierre où toutes les collectivités ont apporté leur concours au projet d’atelier relais, il existe des moyens d’action. Autre exemple : Mecatherm avait un impérieux besoin d’être raccordée au haut débit. Avec l’aide de la Région, du Département, de la commune, ils le seront en début d’année. Le haut débit est d’ailleurs un enjeu majeur pour l’attractivité du territoire. Je pense notamment à des solutions comme le centre de télétravail. On a environ 2 000 salariés de la vallée qui vont chaque jour travailler au-delà de Molsheim. Si une partie de ces personnes pouvaient ne pas faire systématiquement la navette ce serait bon pour elles, pour l’attractivité du territoire, pour le commerce local, pour l’environnement… D’autres projets de résidences seniors sont à l’étude à Saâles, Russ ou Niederhaslach.

DNA : D’autres pistes ?

FB : Il y a un autre sujet sur lequel on travaille avec les élus ; il concerne la promotion des produits agricoles et la nécessité de retrouver une politique agricole forte. Il y a aussi tout un travail autour du Champ du Feu qui est un élément d’attractivité de la vallée de la Bruche. Cette année on travaille sur la sécurisation de l’entrée des pistes de ski de fond, c’est Frédérique Mozziconacci qui porte ce dossier. De nouvelles navettes ont aussi été mises en place depuis Strasbourg.

Des craintes se font jour également concernant le secteur de la santé et du troisième âge : la fermeture de la maison de retraite de Rothau et l’avenir des centres de l’Ugecam avec une concentration des activités sur Schirmeck…

Pour le centre de Saâles, il y a deux pistes sur lesquelles on travaille aujourd’hui, c’est le traitement de la tuberculose, maladie qui revient et pour laquelle il existe très peu de structures. L’autre piste concerne des lits de suite de chirurgie en lien avec les hôpitaux de Strasbourg, mais nous n’en sommes qu’au stade des réflexions.

Concernant Rothau je regrette que le projet initial n’ait pu aboutir mais la solution trouvée avec Lutzelhouse et l’Abrapa est pertinente. On poursuit aussi avec la Sibar les projets de résidences sénior qui répondent également à un vrai besoin. Outre ceux de Rothau et Dorlisheim, d’autres projets sont à l’étude à Saâles, Niederhaslach ou Russ.

Malgré les coupes budgétaires (lire encadré) le conseil départemental reste en charge des routes. Sur le canton, il y a deux projets principaux : à Mutzig, la descente vers la zone Atrium et à Rothau, le contournement.

Pour Mutzig, il ne peut y avoir d’engagement nouveau dans les trois ans. Tous les dossiers sont étudiés en fonction de trois critères : l’opportunité à réaliser, l’équité entre les territoires et l’engagement du territoire. Sur le premier point c’est un projet qui n’est pas très cher au regard de l’effet que ça peut avoir sur la circulation et le développement de la zone. Concernant l’équité, il faut savoir que le conseil général a beaucoup investi sur le territoire (contournement de Molsheim, tunnel de Schirmeck). Pour ce qui est de l’engagement du territoire, s’il y a un coportage avec Mutzig, Dorlisheim et la com’com on pourrait aller plus vite.

Concernant Rothau, c’est un projet sur dix ans. L’idée est de débuter le contournement au niveau de l’Eglise et de ressortir le plus loin possible après le cimetière. La priorité est de définir ce tracé (les études sont en cours) pour qu’ensuite la commune et la com’com puissent, elles, commencer à travailler sur un aménagement urbain.

(publié dans les DNA du 3/1/2016 - édition de Molsheim/Schirmeck)