jeudi 28 avril 2011

En passant par la Lorraine ... et la Chine

442_detailA l’origine, c’est du bois lorrain. Au final, il est vendu en Lorraine sous forme de parquet ou d’ameublement. Sauf qu’entretemps, ce même bois a été transformé… en Chine. Pas besoin d’être un observateur aguerri du marché pour constater que ce n’est pas vraiment le chemin le plus court. Et pourtant… « L’an dernier, environ 60 % des grumes de chênes d’Alsace et de Lorraine sont partis en Chine », détaille Didier Daclin, acheteur pour le compte des Chênes de l’Est à Hambach. Sachant que 13 % du marché part aussi en Allemagne ou en Italie, friande de nos peupliers. Premier producteur mondial dans l’ameublement, l’Empire du milieu est devenu le plus grand importateur mondial de bois. Les deux tiers sont transformés et re-exportés vers les Etats-Unis, l’Europe et le Japon. La situation inquiète très sérieusement l’économie locale. « Beaucoup de scieries sont menacées. Les fabricants de parquet ont divisé par deux leur production », assène Jean-Michel Bach, patron de la même entreprise. « Un savoir-faire est en passe de disparaître », ajoute son confrère Bert Rutten, PDG de la scierie du Rupt-de-Mad à Bayonville-sur-Mad (54). Tous deux rencontrent aujourd’hui les pires difficultés pour mettre la main sur la matière première devenue beaucoup plus chère depuis que la Chine fait main basse sur les ventes aux enchères descendantes de l’ONF. « Les prix à l’achat ont augmenté de 30 % en 2009, et d’autant en 2010 », soupire Jean-Michel Bach. Une aubaine pour les producteurs. Une catastrophe pour les scieurs. Son confrère meurthe-et-mosellan ne parvient toujours pas à comprendre la stratégie chinoise : « Ce schéma ne répond à aucune réalité économique. Si on prend en compte le prix d’achat élevé de la matière première et le coût du transport, même avec une main-d’œuvre peu coûteuse, ils vendent à perte. À part casser notre outil pour prendre définitivement la main sur le marché lorrain, je ne vois pas quelle peut être leur stratégie. » Jean-Michel Bach a une autre analyse : « Ils viennent en France pour acheter du bois certifié, porteur de la norme PEFC, garantissant qu‘il est issu de forêts qui sont gérées durablement. Un label qu’ils ne peuvent obtenir dans leurs propres forêts ou en Russie. En gros, ils viennent s’acheter une virginité, sans que nous n’ayons la certitude que ce soit le même bois qui nous revienne transformé. »

Un pays sous-développé... 

La situation inquiète aussi les collectivités territoriales. « On se comporte comme un pays sous-développé, qui exporte sa matière première », résume Christian Franqueville, vice-président du conseil régional en charge de la forêt. Pour sauver les meubles, la collectivité aide un dispositif visant à favoriser l’exportation en Chine de bois déjà scié ou avivé. « Cela a au moins le mérite de rapatrier sur la région de la valeur ajoutée », explique l’élu. Les entreprises qui y souscrivent bénéficient de contrats d’approvisionnement. Mais s’engagent en contrepartie à ne vendre aucune grume à la Chine : « En 2010, les trois entreprises partenaires ont ainsi exporté 3 000 m³. Pour 2011, nous espérons doubler ce chiffre, avec huit entreprises partenaires », détaille Didier Daclin. Pour information, selon les propriétaires forestiers, les 445 000 m³ de bois lorrain exportés pourraient générer d’un bout à l’autre de la chaîne 2 200 emplois s’ils restaient à domicile. Philippe MARQUE. ("Est Républicain" du 25/04/2011)

Posté par jl boehler à 00:03 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
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